Pourquoi les studios de cinéma recyclent ces vieux succès
Héros d’une sitcom à succès du début des années 2000, Malcolm et sa famille dysfonctionnelle reprennent du service le 10 avril sur Disney+. Une stratégie éprouvée pour les chaînes et les plateformes, qui minimisent les risques financiers en misant sur la nostalgie du public.
De la guerre de Troie à Superman, de la littérature au cinéma, «cela fait très longtemps que nous réutilisons des personnages et des univers», rappelle Robert Thompson, professeur en médias et culture populaire à l’université américaine de Syracuse. Mais le phénomène a pris une ampleur inédite avec la multiplication des plateformes de streaming, pour lesquelles «revenir à des franchises bien établies est une façon de se prémunir de beaucoup de risques potentiels», ajoute-t-il.
En effet, des millions de dollars ont déjà été dépensés pour le marketing, la promotion et l’établissement de la marque. Ainsi, outre Malcolm in the Middle (2000-2006), la sitcom hospitalière Scrubs (2001-2010) a été ressuscitée par la chaîne américaine ABC et la plateforme Hulu en début d’année. Prime Video consacrera cet été une série aux années lycée d’Elle Woods, l’héroïne du film La revanche d’une blonde (2001).
Et si Hulu a abandonné son projet de suite de Buffy contre les vampires (1997-2003), Fox prépare une nouvelle version d’Alerte à Malibu (1989-2001). En parallèle, des séries lancées dans les années 2000 et encore en production (Grey’s Anatomy, NCIS) figurent toujours parmi les contenus les plus streamés chaque année.
Un sentiment de «réconfort»
Ce qui fait leur attrait? «La nostalgie», répond Sohni Kaur, qui s’est penchée sur le phénomène en 2021, alors qu’elle était étudiante en psychologie et études des médias au Scripps College, aux Etats-Unis. «C’est un mécanisme de défense assez courant», analyse celle qui a trouvé du réconfort pendant la pandémie de COVID-19 dans les films de vampires pour adolescents Twilight (sortis entre 2008 et 2012) et des succès de Bollywood datant des années 1990.
A l’instar de Gilmore Girls (2000-2007) ou Friends (1994–2004), certaines séries semblent plus propices à la nostalgie car elles mettent en scène «des familles ou des familles choisies», avance Sohni Kaur. Mais même les films d’horreur Scream, lancés en 1996, continuent de faire recette, avec un 7e long métrage en salles début 2026.
La nostalgie semble «fonctionner par cycles d’une vingtaine d’années», observe Robert Thompson. Le temps pour une génération de s’installer dans l’âge adulte et de se retourner vers les œuvres qui ont accompagné son adolescence. Avec désormais du pouvoir d’achat et, parfois, des enfants en âge de consommer aussi ces contenus.
Il est donc logique que les productions des années 2020 regardent vers celles des années 2000. Mais ce n’est pas tout, selon les experts. «C’était juste avant qu’on ne bascule dans cette phase de croissance technologique exponentielle», remarque Sohni Kaur. «Y revenir donne un sentiment de sécurité.»
Les programmes télévisés étaient alors encore des rendez-vous collectifs majeurs. Leurs «remakes» témoignent de la «place centrale qu’occupait la télévision dans la culture au tournant du XXIe siècle», affirme Robert Thompson.
Autre marque d’un retour en arrière, les plateformes adoptent de plus en plus la diffusion hebdomadaire des épisodes, plutôt que des saisons en une fois. C’est notamment le cas de The Pitt (HBO Max), série hospitalière dans la droite ligne d’un autre succès du tournant du XXIe siècle: Urgences (1994–2009).
