«Oh nooon, Justin, pourquoi t'as fait çaaa?», me suis-je dit, le cœur dans les chaussettes, en juin dernier. Le 18, précisément, lorsque les tabloïds américains m'apprennent que l'idole de mon adolescence a été arrêtée «sous influence» au volant. «PAS JUSTE QUAND J'ACHETE DES BILLETS!!» Lors de son interpellation, il aurait lui-même dit:
Finalement, sa tournée européenne aura bien lieu. Ouf. Je compte les jours jusqu'à son concert à Lyon le 7 septembre, dernière date sur le Vieux Continent.
Avec toutefois quelques appréhensions. Son dernier album, Everything I Thought It Was, sorti en début d'année, n'est ni nul, ni bon. Le précédent, Man of the Woods? Pas dingue. En fait, depuis 2013 et The 20/20 Experience, avec des tubes comme Mirrors, l'Américain nous laisse sur notre faim... D'où mes doutes: n'aurais-je pas trop attendu pour voir Justin Timberlake sur scène?
Après un trajet depuis Genève un TER dégueulasse, ma pote Pauline et moi arrivons à Lyon. Nous croisons beaucoup d'autres fans suisses, la tournée ne faisant pas escale sur sol helvétique.
Nous sommes en fosse, la première partie est censée commencer à 19 heures 30 et on espère ne pas être trop mal placées. En marchant au pas de course, une femme, venue de Marseille, nous aborde.
Dans la foule, on constate effectivement que plusieurs générations se mélangent. Il y a quelques ados, mais surtout des trentenaires, des quadras, des quinquas. En fait, les ados sont là... avec leurs parents. Petit coup de vieux. C'est vrai qu'à y réfléchir, j'avais à peine 11 ans quand son premier album solo, Justified, est sorti, et je n'ai pas vraiment connu sa période boys band avec les NSYNC.
Dans la fosse, on se place près d'une allée. «Il va passer ici», nous assure un spectateur. Parfait, on sera à 20 centimètres. Mais d'abord, un dj assure la première partie. Il balance presque uniquement des tubes des années 2000. C'est fantastique et ça annonce la couleur: on est tous là pour revivre notre jeunesse. La foule trépigne et danse...
.. Et se lasse. Une heure de mix, c'est sympa, mais ON VEUT JUSTIN, nous! Ahhh, ça y est, le dj prend congé, les lumières s'éteignent. La tension est palpable, l'attente interminable.
L'écran géant, plus grand encore que la scène, s'illumine. Dans un décor de désert au coucher du soleil, qui rappelle l'esthétique de son dernier album, Justin apparaît enfin, dans un costume noir sur un t-shirt blanc. Simple, redoutablement efficace. Il démarre le show avec No Angels, issu du dernier disque. A part les fans qui ont payé une blinde pour être devant, le public ne connaît pas les paroles. Zut, on est là pour tes tubes iconiques! Ouf, il enchaîne avec LoveStoned/I Think She Knows, puis... Like I Love You. J'ai 12 ans et demi, je fonds. C'est merveilleux.
Dans une sorte de désert aux accents cette fois post apocalyptiques, la star vient nous cueillir avec My Love. Et force est de constater que oui, Mesdames et Messieurs, Justin Timberlake est toujours dans le coup. La choré est similaire à celle du clip sorti en 2006, et son déhanché nous donne toujours des coups de chauds. Clip que j'avais enregistré d'MTV sur une cassette vidéo pour apprendre les pas; bim, encore un coup de vieux.
Même si on ne connaît pas tous la chanson suivante, Infinity Sex, l'ambiance est folle: une partie de l'écran, une sorte de gros bloc, s'est détachée et sublime la prestation. C'est franchement spectaculaire, je n'ai jamais rien vu de tel en concert. Les détails des vidéos diffusées sur l'écran et ce bloc indépendant sont fous. Oh wow. Ça part sur FutureSex/LoveSound, une de mes chansons préférées.
L'atmosphère est carrément devenue érotique. Sa façon de danser avec le pied du micro, les images des corps enlacés dans des positions plus que suggestives sur le bloc juste au-dessus de lui... Il fait chaud d'un coup, non? D'ailleurs, des spectateurs s'évanouissent pour de vrai et sont évacués. Si je tombe, laissez-moi par terre, merci bien.
Les morceaux s'enchaînent, notamment avec Drown, «se noyer» en français. Le bloc, derrière la star, diffuse une vidéo de lui, comme prisonnier de cette boîte, tandis que l'eau monte. C'est extrêmement bien fait, l'image soutient le propos. C'est sublime, spectaculaire. La mise en scène de ce concert, après l'immersion dans le désert, est dingue.
D'ailleurs, la transition est parfaite: de Justin enfermé dans un aquarium remplie d'eau, voici... Cry Me A River. La scène est comme prise au milieu d'un orage. D'abord la pluie, le tonnerre, puis de puissantes vagues. Le bloc, tenu par des câbles, se penche dangereusement sur l'artiste, les eaux déchaînées deviennent un magma en fusion. C'est magnifique, je l'ai dit déjà ou pas?
Il pourrait ne pas chanter et nous laisser poursuivre le concert à sa place. Les voilà, les tubes des années 2000! Justement, on reconnaît les premières notes de Señorita. Dans le passage de la chanson où il dit habituellement aux hommes ce qu'ils doivent répéter, puis la même chose pour les femmes, il remplace les paroles par...
En effet, on sait toutes et tous très bien quel est notre job. Idem sur Summer Love. Dans notre coin du public, ça chante, ça danse. Mais pas autant que Justin, qui nous démontre une nouvelle fois qu'à 43 ans, son déhanché nous provoque toujours des gloussements puérils.
Sur la chanson suivante, les sécus devant nous s'agitent, s'assurent que cette allée, délimitée uniquement par des scotchs au sol, au milieu du public, est bien dégagée, que rien ne traîne. Les agents déploient une simple corde pour maintenir les fans à leur place, sans barrière.
Il passe effectivement... à quelques centimètres de nous. Provoque une hystérie collective. Et poursuit ensuite gentiment son concert sur une scène plus petite, à l'arrière du public, avec Suit and Tie. Il reste là durant plusieurs titres, notamment Say Something, Until The End Of Time et What Goes Around Comes Around, qu'il chante et joue à la guitare (cet homme sait décidément tout faire). Et dire qu'on avait peur que le golden boy soit devenu une sorte de daron ringard... D'ailleurs, il en profite pour nous dire à quel point il est chanceux d'être là.
Visiblement ému, Justin s'essuie une larme et nous raconte qu'il reconnaît certains visages. «Ça fait 20 ans, 25 ans, on a grandi ensemble...», sourit-il. C'est vraiment très, très vrai. Ma jeunesse est littéralement en train de chanter et de danser à quelques mètres de moi. (Je répète, si je m'évanouis, laissez-moi par terre, merci.) «J'en rêvais depuis que j'étais gosse», assure-t-il. Tout pareil, Justin.
Alors qu'on est nous aussi au bord des larmes, Justin a la bonne idée de reprendre le show. Ouf, ça commençait à devenir émotionnellement difficile à supporter. Avec Can't Stop The Feeling, il relance une ambiance joyeuse. Qui monte encore d'un cran sur Rock Your Body, l'un de ses plus gros - et plus anciens - tubes. Dans le clip, sorti en 2003, il arbore un bouc affreux et de gros diamants aux oreilles. Il y a quand même du bon à vieillir - ou grandir, comme il dit.
En voilà, un morceau qui n'a pas pris une ride: SexyBack. La LDLC Arena va exploser. Encore une fois, l'utilisation du bloc est folle: dans des nuances de rouge, le visage de Justin flotte d'un air presque menaçant au-dessus de la scène.
La réalisation est magistrale, on a vraiment l'impression qu'il est en relief, en 3D. «Il va terminer avec Mirrors», dis-je (ou plutôt hurle-je) à l'oreille de Pauline. Pincement au cœur, ce sont justement les premières notes de cette chanson qui retentissent. Bon, voilà presque deux heures que le concert a commencé, c'est vrai. Le temps passe beaucoup plus vite ici que dans le TER soviétique décrépi.
Retenu par des câbles, l'artiste chante sur le bloc, qui se déplace au-dessus de la foule. Tout est beau, tout est parfait. Au point que l'émotion prend le dessus et me tire finalement aussi une larme. Et dire qu'on avait peur que Justin ne soit plus dans le coup... Au contraire. Le show, à l'américaine, est calé, calibré, spectaculaire, esthétique, sans pour autant sacrifier les émotions qu'il partage avec le public. Sur les dernières notes de Mirrors, le bloc emporte Justin, qui nous salue d'un cœur avec les mains derrière la scène. Soupire. Que c'était bien.
Evidemment. Et cette fois, on n'attendra pas 20 ans. «Ou sinon, on va le 4 octobre, à Montréal, pour mon anniversaire!», réponds-je à mon amie. C'est sur cette idée parfaitement irréaliste, mais suffisamment forte pour affronter les trombes d'eau qui s'abattent sur Lyon, qu'on s'en va. Bye Bye Bye, Justin!