Cette Suissesse révèle comment faire de votre chien une star de cinéma
Dans Mon ami Barry, le film Markus Welter qui retrace l’histoire du plus célèbre chien de sauvetage suisse, on voit un Saint-Bernard sauver des personnes, faire face à un loup, ou encore glissé le long d'un tunnel de glace.
Originaire de la région de Zurich, la dresseuse d'animaux pour le cinéma Alexandra Lovisi nous explique comment elle s'y est pris pour préparer deux chiennes à ce rôle. L'occasion de prendre quelques conseils pour faire de notre animal de compagnie une future star du grand écran.
La bande-annonce de Mon ami Barry 👇🏼
Comme tous les amoureux de chiens, je trouve que le mien est le plus intelligent. Comment pourrait-il faire son apparition sur grand écran?
Alexandra Lovisi: Vous pouvez envisager de le faire former, à condition que votre chien soit curieux, ouvert aux inconnus et qu’il ne stresse pas dans des situations nouvelles.
Comment puis-je l’encourager pour que ça marche, avec des jeux de balle, des lancers de bâton?
Non, ça ne sert pas à grand-chose.
De manière générale, fréquenter une école canine est toujours une bonne idée. Les bases doivent être acquises. Par exemple, si le chien ne s’assoit que lorsque la friandise est juste devant son museau, ce n’est pas suffisant. Sur un plateau de cinéma, le maître ne peut pas apparaître à l’image. Les ordres doivent donc être donnés de loin, c’est ce que on appelle le «travail à distance».
Existe-t-il une école pour chiens de cinéma?
Oui, tout à fait.
Nous transmettons aux propriétaires les compétences nécessaires pour que leur animal puisse faire son travail devant la caméra. Nous avons aussi rédigé un guide du chien de cinéma, dans lequel tout cela est expliqué.
Quelles techniques mon chien doit-il maîtriser devant la caméra?
Pour des séances photo ou de la publicité, savoir s’asseoir, se coucher, rester debout ou poser calmement la tête au sol pendant un certain temps suffit. Pour un film, l’essentiel, c’est surtout la confiance que l’animal a en son maître. Dans Mon ami Barry, le chien devait glisser dans un long tunnel de glace, que nous n’avons vu que le jour du tournage. Il s’agissait d'un tunnel creusé au col du Simplon et reproduit en studio à Cologne.
Mais pour elle, ce n’était pas un problème, elle s’est tellement amusée qu’une fois arrivée en bas, elle est remontée… à l’envers!
Un chien dans un tunnel de glace de plusieurs centaines de mètres? Est-ce respectueux de l’animal?
Chaque chien a besoin d’une occupation, d’un «travail». Bien sûr, il y a des limites. Lorsque je lis un scénario, je vérifie toujours si les propositions sont réalisables et conformes à la protection des animaux. Chaque tournage doit être annoncé au service vétérinaire et approuvé par celui-ci. Dans ce cas, ça ne posait pas de problème.
Il y a du travail pour les chiens de cinéma. Mais en tant que dresseuse, est-ce que ça rapporte de l’argent?
En Suisse, on ne peut pas en vivre. Le travail avec des animaux de cinéma est un hobby rémunéré, qui permet tout au plus de couvrir une partie des frais de nourriture. Gagner davantage grâce à cette activité irait à l’encontre de mes principes.
Derrière chaque chien de cinéma, y a-t-il un propriétaire ambitieux, ou existe-t-il des animaux qui aiment naturellement être devant la caméra?
Oui, absolument! Il y a de vrais caractères, qui adorent se montrer devant la caméra, du genre «Salut, me voilà!». Des animaux qui savent jouer de leur regard, qui sont d’excellents acteurs et que le public adore.
Pourquoi avons-nous tant d’affection pour les animaux au cinéma, qu’il s’agisse de Lassie, du chien policier Rex, du Saint-Bernard Beethoven ou de Hutsch?
Les animaux touchent le cœur des gens, ce sont des chouchous du public. Beaucoup de spectateurs ont eux-mêmes des animaux et peuvent s’identifier. Lors d’une avant-première de Barry, des spectateurs m’ont même dit: «Je ne suis pas spécialement un ami des chiens, mais j’avais les larmes aux yeux.»
Parlons de Barry. Y a-t-il eu un casting pour elle?
Comme les Saints-Bernards sont rares, il n’y a pas eu de casting. J’ai cherché Barry spécialement pour le film et je l’ai trouvée dans un élevage en Allemagne. La condition était qu’elle ait neuf ou dix mois au moment du tournage principal, en montagne. Elle n’avait que quatre semaines quand nous avons commencé l’entraînement.
Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans la collaboration avec elle?
Elle était en pleine puberté… dans la neige! Quiconque a déjà eu un chien adolescent sait ce que cela signifie. Des choses qui fonctionnaient parfaitement ne marchaient plus. Les Saint-Bernards ont un caractère bien trempé. Ils sont bien plus têtus que ce que leur réputation laisse croire...
Le temple du Saint-Bernard se trouve en Suisse romande 👇🏼
On imagine le Saint-Bernard toujours en train de se prélasser...
Eh bien, sachez que ce ne sont absolument pas des chiens de canapé! On me demande souvent si Barry est un croisement, car on connaît aujourd’hui peu de Saint-Bernards à poil court, grands et sportifs comme elle. Dans la rue, la plupart des chiens que l’on croise sont des modèles à poil long, façonnés par la mode. C’est regrettable, car le Saint-Bernard est avant tout un chien de travail. Barry, elle, déborde d’énergie et, dans la vie réelle, c’est également un chien de sauvetage: nous participons activement à la recherche de personnes disparues.
Qu’est-il arrivé au Saint-Bernard, chien national suisse, pour qu’il s’éloigne autant de ses origines?
Qu’il s’agisse du Saint-Bernard ou d’une autre race, aujourd’hui, les chiens sont souvent élevés pour plaire à l’humain, suivre la mode et qu'ils nécessitent peu d’efforts. Ce mode d’élevage est bien loin de ce qu’un chien serait dans son environnement naturel, et ce n’est pas une bonne évolution. Barry, elle, reste très proche de l’«original», ce qui en fait un partenaire idéal pour le travail. Elle adore ça!
Sur le plateau, vous dites «Action!», et Barry se lance?
Quand je dis «Attention» (elle claque des doigts), le chien est attentif et finit par faire son travail. Quand je dis «Pause», il déconnecte. Il redevient un chien, il renifle. C’est impressionnant à voir, les chiens qui ont intégré cela ont la capacité à changer instantanément de posture corporelle.
Dans le film, on voit un loup. C’était un vrai loup ou un chien-loup?
C’était un vrai loup. Il vient de chez une amie en Allemagne, qui entraîne des loups pour le cinéma et vit avec eux.
La rencontre physique entre le loup et Barry, telle qu’on la voit dans le film, a-t-elle vraiment eu lieu?
Oui, et elle s’est déroulée de manière très paisible. Le loup est un vrai «loup câlin» et il était complètement amoureux de la chienne. Il ne faisait pas un pas sans elle. Nous avons même dû l’accompagner jusqu’à la voiture avec Barry car sans elle, il n’aurait pas avancé.
Peut-on entraîner un loup comme un chien?
Le principe de l’entraînement est le même, que ce soit pour un chien, un chat ou un tigre.
Par exemple, l’exercice consistant à faire rapporter un objet peut être délicat, car le loup a tendance à défendre l’objet plutôt que de le rapporter. Avec lui, il faut fonctionner par échange.
Que sait faire Barry aujourd’hui qu’elle ne savait pas faire avant le tournage?
Je peux la confier à n’importe qui et elle partirait avec cette personne sans hésiter. Sa confiance en moi est quasi totale.
Et qu’avez-vous appris en travaillant avec elle?
A être encore plus précise et cohérente! Avec un chien «normal» à la maison, on peut parfois se permettre quelques erreurs. Au cinéma, non. C’est un vrai travail. Sur un plateau, «reste ici», ça ne veut pas dire trois centimètres plus loin. Barry et ses 60 kilos me l’ont rappelé très clairement.
Mon ami Barry, de Markus Welter. Avec Carlos Leal, Ulrich Tukur, Paco von Wyss. En salles en Suisse depuis le 15 janvier.
Traduit et adapté de l'allemand par Léon Dietrich
