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«Etre rebelle à mon âge est ridicule»: Stephan Eicher se confie

Stephan Eicher ici en 2019 au Pal
Le chanteur alémanique a réalisé la majeure partie de sa carrière en France, mais il reste très attaché à la Suisse.Keystone

«Etre rebelle à mon âge est ridicule»: Stephan Eicher se confie

Le plus français des chanteurs alémaniques sort Poussière d’Or, un opus qui se veut calme et réconfortant.
29.11.2025, 07:1329.11.2025, 07:13
Stefan Künzli / ch media

A 65 ans, le musicien bernois se dit apaisé et heureux de vivre à notre époque. Dans un entretien, il évoque l'idée de vieillir, et le fait que sa propriété se résume à un garage à Montreux.

Stephan Eicher, vous avez eu 65 ans en août. D’autres commencent à lever le pied à cet âge. Vous, au contraire, êtes plus productif que jamais.
Stephan Eicher: En tant que directeur d’une équipe de 8 à 12 personnes, j’ai une responsabilité pour leur travail et leur avenir. Je ne peux donc pas simplement m’arrêter. Je n’en ai pas envie non plus. J’aime mon travail. Je crois avoir toujours été à peu près aussi productif. Mais tous mes anciens projets ne sont pas sortis sur disque.

Une constante de votre parcours artistique, c'est la collaboration avec les écrivains Philippe Djian et Martin Suter. Cette fois, l’immense majorité des textes de votre nouvel album Poussière d’Or est signée Djian. Comment cela s’est-il fait?
Quand je compose, je ne pense pas en termes d’albums. Mais une tonalité de fond s’est inconsciemment imposée dans les textes de Philippe, et celle-ci m’a plu. Une intimité où je ne chante pas pour un public, mais pour une personne. Chez Martin Suter, je n’ai ressenti cette intimité que dans la chanson Bliib no chli.

De qui viennent les premières impulsions? De vous ou des auteurs?
Cela a changé récemment. Jusqu’à présent, leurs textes m’inspiraient des chansons. Maintenant, je demande de plus en plus: «tu ne pourrais pas…?»

Comment expliquez-vous cela?
Avec l’âge, Philippe devient plus enclin à l’amertume. Cela fait longtemps qu’il n’a pas écrit des textes comme Je n’ai pas d’ami comme toi. Pour la première fois, je lui ai donc donné une liste d’idées possibles et, en écrivant, il s’est davantage tourné vers ma vie que la sienne. J’en suis très heureux.

«Les chansons peuvent bien scintiller un peu, mais elles doivent briller»

Pouvez-vous décrire votre amitié avec Philippe Djian?
Il a quelque chose de calme, de lent et de tranquille, mais sous la surface ça bout. Je ne déclencherais pas une dispute avec lui. Je suis très différent, mais nous aimons simplement être ensemble. Et quand nous ne sommes pas ensemble, nous aimons l’être en pensée. S’il m’appelle, je viens.

Pour les nostalgiques 👇🏼

Vidéo: youtube

Et avec Martin Suter?
Je lui ai même proposé le titre que je souhaitais, Bliib no chli. Nous nous voyons souvent, pourtant pour une histoire d’amitié comme la nôtre, ce n’est encore pas assez.

Martin Suter est contesté par certains critiques littéraires. Pouvez-vous le comprendre?
Il a aussi écrit des livres qui ne m’ont pas captivé. Par exemple, je n’accroche pas aux livres de sport. Mais Martin a du succès et sait tirer les ficelles qu'il faut. Est-ce un défaut? Sa force est de pouvoir rendre digestes des thèmes sensibles sur le plan sociétal. J’aime sa manière d’écrire. Devrait-il écrire de façon plus rugueuse pour plaire aux critiques? Le succès est une solution intelligente au problème que Martin Suter rencontre.

J’ai l’impression que votre son devient plus apaisé, plus doux et plus fragile avec l’âge. Qu’est-ce que cela dit de vous? Est-ce de la sagesse?
Je traverse effectivement une phase qui ressemble à cela. L’idée de l’album est «Viens ici, chérie, viens près de moi. Ne te fais pas tant de souci». Si tu veux vivre longtemps, il y a le vieillissement au programme. Accepte-le, tu ne peux pas le changer. J’essaie moi-même d’aborder un peu plus légèrement le cours des choses et j’espère que ma musique actuelle le laisse entendre.

«Des chansons comme réconfort»

Vos chansons doivent-elles être un antidote à la morosité du monde actuel?
Non, ce n’est pas l’objectif. Nous avons tendance à noircir le présent et à idéaliser le passé. Nous pensons à l’Ukraine, à Gaza et au Soudan, mais il est avéré que nous n’avons jamais connu aussi peu de conflits armés qu’aujourd’hui.

«Je crois que nous vivons dans la meilleure époque»

Je ne voudrais en tout cas pas revenir en arrière.

Vous avez été un musicien rock. Que reste-t-il aujourd’hui du rebelle Eicher?
Je ne me suis jamais vu comme un rebelle. Je n’ai pas quitté l’école à 16 ans par rébellion, mais parce que ce n’était tout simplement plus possible. J’ai une vision personnelle et ludique du monde. En tant qu’artiste, je me l’explique de la façon dont cela me convient. Je me sens régulièrement décalé. Mais je ne suis pas Guillaume Tell, même si j’en ai peu à peu l’allure.

«Être rebelle à mon âge serait ridicule»

Dans vos récents projets avec Roman Nowka et Martin Suter, vous avez misé sur le vinyle pour protester contre le streaming. Poussière d’Or est à nouveau disponible sur Spotify et les autres plateformes. Pourquoi?
Le streaming, c'est l’avenir.

Pardon? Lors de notre dernier entretien il y a 2 ans, vous vouliez encore ouvrir une usine de vinyles avec des musiciens suisses.
Oui, ce serait un beau projet. Mais l’être humain tend à la commodité. Il dit oui au diable parce que c’est plus simple. Je joue le jeu parce que je suis un être humain.

Où vivez-vous actuellement?
À l’hôtel Marktgasse, dans le Niederdorf à Zurich. Dans la bibliothèque d’à côté, j’ai écrit des chansons.

Non, je veux dire où se trouve aujourd’hui votre domicile officiel?
C’est une question difficile, ma compagne se la pose aussi. J’ai de bons amis avec de superbes maisons que je peux utiliser pour mes projets. Poussière d’Or a été enregistré en Lavaux, au bord du Léman. Cette nuit, je dors chez un ami à Genève.

«Bienne serait une ville formidable, j’y atterrirai peut-être. Alors, si quelqu'un a un plan…»

Zurich est trop cher pour moi.

Cela signifie que vous n’avez actuellement pas de domicile fixe?
Si vous souhaitez m’envoyer quelque chose, j’ai une adresse à Lavaux.

«Ma bibliothèque, ma collection de disques et mes instruments sont stockés dans un garage près de la sortie d’autoroute de Montreux»

Mais j’ai une vie formidable, ne vous inquiétez pas pour moi. Si j’ai une machine à café, un piano et du chauffage, tout va bien.

Mais la France, c’est du passé désormais.
Après la pandémie, nous avons quitté la Camargue, après 12 ans. Je viens de passer un mois en tournée en France avec une pièce de théâtre qui n’existe malheureusement pas encore en allemand. La majorité de mon public est francophone, ma maison de disques est à Paris. Mais la situation en France est vraiment très précaire.

«Pas besoin d'être médium pour prévoir que le populisme remportera les prochaines élections, à droite ou à gauche»

Je ne veux pas imposer cela à ma famille.

Vous et votre frère Martin travaillez sur le deuxième album du légendaire groupe Grauzone. Où en est ce projet?
On a fixé le titre de l'album: Leuchtturm ganz nah. Mon frère est le chanteur, l’initiateur et le bâtisseur d’univers. Je n’ajoute que très peu de mon grain de sel. Cela avance lentement. Mais quand on attend quelque chose depuis 40 ans, une année de plus ou de moins, ça ne change rien. Les chansons, en tout cas, sont très éloignées de Grauzone et de Eisbär. J’en suis profondément ému.

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Vidéo: youtube

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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