Une sexologue explique pourquoi les femmes fantasment sur les gays
Sonja Ruess est sexologue et mère de deux filles adolescentes. Elle a publié en février l’ouvrage spécialisé Der Elefant in deinem Bett (L'éléphant dans votre lit, non traduit). Cette jeune quadragénaire revient pour nous sur les dernières tendances en matière de fantasmes, dont la série homoérotique à succès Heated Rivalry.
Heated Rivalry plaît particulièrement aux femmes hétérosexuelles. Selon vous, à quoi cela tient-il?
Sonja Ruess: Je pense que le succès tient surtout au fait que, dans un contexte homosexuel, il n’y a pas d’objectification de la femme. Ensuite, la relation entre les hommes est montrée dans des images très sensuelles et les rôles sont tenus par deux beaux hommes. A cela s’ajoute que l’amour se déroule dans un contexte interdit.
Les scènes érotiques occupent une grande place dans cette série. D’après votre expérience thérapeutique, beaucoup de femmes ont-elles des fantasmes autour d’hommes homosexuels?
Je ne le vois pas si souvent dans mon cabinet. Mais les chiffres du site Pornhub montrent que 30 à 50% des femmes regardent des films pornographiques et que le porno gay figure parmi les trois catégories les plus regardées.
Qu'est-ce qui intéresse les femmes dans ce fantasmes?
Elles y trouvent de beaux corps masculins. Et il n'y a aucune pression. Peut-être peuvent-elles ainsi se laisser aller plus facilement. Il n’y a pas de concurrente, pas de quoi se comparer inconsciemment.
Dans la discussion autour de la série, cette interprétation d’un espace sûr est très présente. La présence d’une autre femme dans une représentation érotique dérange-t-elle autant les femmes?
Oui, dans tous les cas. Chez les femmes, l’idée de performance est très présente, l’idée de devoir toujours répondre à toutes les attentes et que l’on peut observer dans la vie quotidienne se transpose dans la sexualité.
Et dans le porno et les films classiques, nous ne voyons finalement que des corps parfaits.
N’y a-t-il pas aussi une raison pratique? Dans le porno hétérosexuel classique, le regard est façonné par une perspective masculine et les acteurs masculins sont à peine visibles à l’écran.
Oui bien sûr, nous connaissons toutes cela, la femme est beaucoup plus présente à l’image et si, en tant que femme, on est plutôt du type visuel, on préfère voir un homme.
Heated Rivalry ne rencontre guère de succès auprès du public masculin hétérosexuel. Cela est-il typique?
Beaucoup d’hommes hétérosexuels ont des réticences face à l’homosexualité, surtout lorsqu’ils ne sont pas solidement ancrés dans leur sexualité. Souvent, ils s'inquiètent aussi du regard des autres, de l'impression qu'ils pourraient donner d'être homosexuels. A l'inverse, les femmes n'ont généralement aucun problème avec l'homosexualité.
Ce qui distingue cette série du X, c'est également sa narration. Cela est-il important pour les femmes?
Les femmes adorent les histoires. Et l'éveil du désir a fort à voir avec l'émotion si présente dans cette série. Celle-ci crée un lien émotionnel avec les personnages principaux, on peut s'identifier à leur situation et ressentir de l'empathie.
Depuis quelques années, la littérature fantastique érotique est en plein essor. Elle met en scène des femmes vivant des rencontres érotiques avec des minotaures, des loups-garous ou des dinosaures. Que pensez-vous de cette tendance?
Ces romans sont formidables pour explorer ses propres désirs. Je dois toutefois souligner une chose, une fiction reste une fiction.
Je trouve aussi ce genre formidable parce qu’il facilite l’entrée dans la sexualité pour les jeunes. Pour beaucoup d’adolescents aujourd’hui, il est normal de s’intéresser à ces romans et d’en discuter entre eux.
Les adolescents sont aujourd’hui exposés à de nombreux univers visuels, parfois problématiques. Comment gérer cela?
On peut orienter un peu les adolescents dans une direction, mais je ne leur interdirais rien. Avec ma fille, il m’arrive aussi d’aller dans une librairie et de lui proposer un livre. En ce qui concerne les livres, elle a de toute façon un accès illimité. Et à la table familiale, nous parlons ouvertement de tout, il n’y a pas de tabou.
N’y a-t-il pas de fantasmes problématiques dans les «monster romance»?
Je n’en ai par vraiment entendu parler. Ce que je vois plus souvent dans ma pratique, ce sont des femmes qui ont des fantasmes de viol, et que ça excitent. Elles se demandent si quelque chose ne va pas chez elles. Je les rassure alors et souligne que cela ne signifie pas qu’elles souhaitent ce scénario dans la vraie vie. Les fantasmes que l’on a sont liés aux images avec lesquelles on a appris la sexualité.
A propos d'images mentales, chez certaines femmes en couple, une rivalité intense constitue un stimulus érotique. Peut-on également s'en servir de manière positive pour la relation?
Dans sa tête, oui (rires). Dans les couples, beaucoup de femmes ont des fantasmes avec d’autres hommes. Cela leur vient du porno, de films, de séries ou de livres. C’est tout à fait normal et permis.
