Grosse surprise pour l'économie américaine
Les Etats-Unis ont carburé au 3e trimestre, avec une croissance économique en accélération à 4,3% en rythme annualisé, selon la publication mardi d'un rapport retardé par la longue paralysie budgétaire.
Les analystes s'attendaient au contraire à un ralentissement de l'activité, avec une progression du produit intérieur brut (PIB) autour de 3,2%, contre 3,8% le trimestre précédent, selon les consensus publiés par MarketWatch et Trading Economics. Le service statistique du ministère américain du Commerce (BEA) met en avant le rythme annualisé, qui projette sur l'ensemble de l'année l'évolution observée pendant le trimestre.
Par rapport au deuxième trimestre, cela représente une hausse de 1,1%, tirée en particulier par une «accélération de la consommation». Les investissements ont légèrement reculé sur la période.
Ces données – une estimation préliminaire – sont publiées avec près de deux mois de retard en raison du «shutdown» (du 1er octobre au 12 novembre) qui a suspendu le travail des agences statistiques. La publication, très bonne de prime abord, a refroidi les marchés financiers américains, qui devraient ouvrir la séance dans le rouge.
Or les marchés financiers espéraient encore une baisse des taux d'intérêt de la Fed le 28 janvier, pour doper davantage la croissance et les bénéfices.
Jusqu'ici, le PIB a évolué en dents de scie. Une contraction surprise (-0,6%) avait été mesurée en début d'année, en raison d'une ruée sur les importations pour prendre de vitesse les droits de douane que le président Donald Trump était en train de mettre en place.
Le deuxième trimestre avait surpris dans l'autre sens. Un reflux des importations et une consommation soutenue avaient donné un coup de fouet à l'économie.
Pieds d'argile
Au-delà de ces à-coups trimestriels, les responsables de la Fed s'attendaient récemment à ce que les Etats-Unis terminent 2025 avec une croissance de 1,7% par rapport à la même période en 2024. Le PIB était en progression de 2,8% sur un an fin 2024, soit avant le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
L'exécutif américain soutient que sa politique, qu'il qualifie de «procroissance» (droits de douane, baisses d'impôts, dérégulation), est en train de porter ses fruits. Face à des sondages qui montrent un dépit grandissant des électeurs, échaudés par le coût de la vie, le gouvernement met notamment en avant les crédits d'impôts supplémentaires qu'ils devraient recevoir l'an prochain.
Pantheon Macroeconomics estime que ces crédits d'impôts auront un «impact modéré» sur la croissance en 2026, le «niveau relativement bas de la confiance des consommateurs tendant à faire penser que de nombreux ménages vont en épargner une grande part».
Des économistes considèrent par ailleurs que la croissance est peu équilibrée, car surtout tirée par les investissements dans l'intelligence artificielle (IA) et la construction de centres de données, alors que des secteurs plus traditionnels patinent.
«Le socle de la croissance est étroit», estimait récemment Paul Gruenwald, économiste de S&P.
Trump se félicite
«L'âge d'or économique de Trump est lancé à toute vapeur», a réagi le président américain Donald Trump sur sa plateforme Truth Social, en parlant de lui à la troisième personne. Les économistes «se sont trompés mais Trump et quelques autres génies avaient raison», s'est encore félicité le chef d'Etat.
Dans un autre message, il a attribué ces «chiffres économiques géniaux» aux droits de douane mis en place depuis son retour au pouvoir, qui ont provoqué un vaste chamboule-tout du commerce international et causé des casse-tête aux industriels. Donald Trump a aussi répété son mantra selon lequel il n'y a «pas d'inflation». (mbr/ats)
