Les entrepreneurs iraniens privés de cet outil indispensable
«J'ai dû vendre des biens de valeur et de l'or, juste pour payer mes employés»: Mahla (55 ans), décoratrice d'intérieur à Téhéran, raconte ses difficultés face à la coupure d'internet imposée par les autorités, qui accable l'économie.
Malgré le cessez-le-feu entre l'Iran et les Etats-Unis, des millions d'Iraniens restent numériquement coupés du monde. Seul le réseau national fonctionne, insuffisant pour permettre une activité normale dans un pays dont l'économie était déjà depuis longtemps plombée par les lourdes sanctions internationales.
Au moins 50 jours de coupure
Pour l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks, qui a recensé 50 jours de coupure, du jamais vu à l'échelle d'un pays tout entier, «la connectivité internationale demeure faible, à environ 2% des niveaux habituels». Mahla déplore d'être privée «d'un accès correct aux outils d'intelligence artificielle, à Google ou même à ses mails».
Les mois d'hiver précédant Norouz, le nouvel an iranien célébré en mars, permettent en principe d'engranger des revenus permettant de financer une grande partie de l'exercice annuel.
Mais depuis les manifestations de janvier, où internet avait déjà été coupé, «et surtout pendant la guerre, la situation est restée instable», explique la quinquagénaire, qui a fini par ne conserver qu'un seul employé.
Difficile de travailler
Les restrictions pèsent à la longue sur le moral des entrepreneurs. En fulminant contre ceux qui «profitent de la situation pour vendre de faux VPN et arnaquer les gens», Mahla constate:
«La situation de l'emploi était déjà mauvaise, maintenant elle est pire encore», s'agace de son côté Mahdi (49 ans) comptable à Téhéran.
30 millions de pertes
La réalité des chiffres est complexe à établir dans un pays où toute communication est verrouillée, mais la coupure d'internet, clairement, «a infligé des dommages considérables à l'économie numérique», assurait cette semaine l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA).
Le ministre des Télécommunications Sattar Hashemi évalue les pertes à près de 30 millions d'euros par jour. Des chiffres corroborés par le site de fact-checking Fact Nameh qui a publié des extraits du discours le 13 avril d'Afshin Kolahi, patron de Rahnama, un groupe d'ingénierie, d'informatique et d'énergie. Le patron évoquait un impact direct de 30 à 40 millions de dollars par jour et notait:
«J'ai perdu le contact»
Les entrepreneurs basés à l'étranger le savent mieux que quiconque. Maryam (38 ans), propriétaire d'une société en ligne installée à Paris, emploie trois salariés à Téhéran, auxquels s'ajoutent 40 personnes liées à des projets spécifiques. Elle détaille:
«Nous avons un site web avec un nom de domaine en .com ainsi que Telegram, WhatsApp et Instagram, et aucun de ces services n'est facilement accessible» en Iran, ajoute-t-elle.
De temps à autre, des rumeurs font état d'un retour imminent du réseau. Mais même après la vague de contestation de janvier, il n'a été que partiellement rétabli avant d'être de nouveau coupé totalement avec le conflit. Alors l'espoir est ténu. Amir (40 ans) n'y croit plus. Jour après jour, sa colère demeure contre la République islamique:
(btr/afp)
