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Trump se ridiculise en Iran mais il compte sur son propre pétrole

Trump rêve d'imposer son pétrole
Les Etats-Unis sont le premier producteur de pétrole au monde et Trump le sait.
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Trump dégaine son arme pétrolière

Après le coup de massue des droits de douane, le président américain fantasme désormais sur une «domination énergétique mondiale» qui pourrait venir de l'or noir américain.
13.04.2026, 05:3113.04.2026, 05:31
Niklaus Vontobel

Donald Trump accumule les revers en Iran. Il s’attendait à une victoire rapide et, des semaines plus tard, il cherche une porte de sortie qui lui permette de sauver la face. Il avait promis un cessez-le-feu.

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Les armes ne se sont jamais tues. Il a annoncé la réouverture du détroit d’Ormuz. Dans les faits, presque aucun tanker ne parvient encore à passer. Le prix du pétrole livrable immédiatement a, lui, grimpé à son plus haut niveau depuis près de quarante ans.

Au milieu de ces échecs, Donald Trump se rapproche toutefois d’un objectif majeur, par hasard ou par calcul. Après le choc tarifaire, le président américain entend désormais brandir une arme énergétique. Dans sa stratégie de sécurité nationale, il parle de «domination énergétique mondiale de l’Amérique». L’objectif est de permettre aux Etats-Unis de «démontrer leur puissance si nécessaire».

S’il ne s’est jamais lui-même proclamé «roi du pétrole» comme il l’a fait avec les droits de douane, l’énergie semble tout aussi centrale à ses yeux. Lors de son discours d’investiture, il affirmait:

«Nous redeviendrons une nation riche, et cet or liquide sous nos pieds nous y aidera»

Les Etats-Unis produisent déjà d’importantes quantités de pétrole et de gaz de schiste, au point d’être une superpuissance des énergies fossiles. Ils sont de loin le premier producteur mondial de pétrole, presque à égalité avec la Russie et l’Arabie saoudite réunies.

Mais cela ne suffit visiblement pas à Donald Trump. Il vise une domination énergétique «comme personne n’en a jamais vu», selon ses propres termes. A peine entré en fonction, il a créé un «Conseil national pour la domination énergétique» et poursuit une politique résumée par un slogan: «Drill, baby, drill» (fore, bébé, fore)

Une entreprise américaine fait de la pub avec un jeu de mot de Trump
Une entreprise américaine fait de la pub avec un jeu de mot issu d'un slogan de Trump: «Fore, bébé», ou «perce, bébé».

Il faut «lécher le cul» de Trump

Comme en témoignent plusieurs de ses déclarations, le pétrole est également au cœur de ses ambitions d’expansion territoriale. A propos de la guerre en Irak de 2003, Donald Trump avait regretté:

«Nous aurions dû garder le pétrole»

Au Venezuela, il veut «sécuriser les revenus pétroliers pour le bien du peuple américain et vénézuélien». En Iran, il «prendrait le pétrole, le garderait et gagnerait beaucoup d’argent avec». Quant à la population iranienne, il affirme qu’il s’en occuperait «bien mieux».

A l’image du marché américain, Trump entend manifestement utiliser cette domination énergétique comme un instrument de pression. Ceux qui veulent y vendre leurs produits doivent faire des concessions, investir aux Etats-Unis ou acheter de l’énergie américaine.

A défaut, le marteau douanier s’abattra, et bientôt aussi la massue énergétique. L’économiste Greg Ip, du Wall Street Journal, a mis en garde contre une évolution où les Etats-Unis se comporteraient en acteur intéressé, «qui utilise le contrôle du pétrole pour renforcer sa propre puissance».

Les alliés, eux, ne semblent utiles à Donald Trump que pour leur arracher des concessions. Il a rompu des accords commerciaux et les a soumis à la pression de ses droits de douane. Il a ensuite évoqué l’annexion du Canada, du canal de Panama, du Groenland, ainsi que le pétrole du Venezuela et de l’Iran.

Avant son attaque contre l’Iran, il n’a pas averti ses alliés. Plus tard, lorsqu’il a eu besoin d’eux, il ne les a pas obtenus — et s’est emporté, accusant l’Otan de ne pas avoir été présente lorsqu’il en avait besoin, envisageant désormais un retrait.

Il multiplie enfin les attaques verbales contre ses partenaires. Le président français Emmanuel Macron serait «très mal traité par sa femme». Quant au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, il «ne s’attendait pas à devoir me lécher le cul».

Un «suicide au ralenti»

Tout cela ressemble au «suicide au ralenti d’une grande puissance», selon William Burns, l'ancien directeur de la CIA. Dans un entretien accordé au magazine Foreign Affairs, il estime que Donald Trump mise uniquement sur la force américaine et perd ainsi d’anciens alliés.

L’historien américain Robert Kagan partage ce constat. Dans une interview avec The Bulwark, il a jugé que les Etats-Unis apparaissaient aujourd’hui plus isolés et plus faibles qu’à aucun moment au cours des cent dernières années, allant jusqu’à parler d’un «super-Etat voyou».

Un Donald Trump qui se détourne de ses alliés pourrait également brandir l’arme énergétique contre l’Europe. Avant même la guerre en Iran, des think tanks européens mettaient en garde:

«La dépendance croissante de l’Europe envers les Etats-Unis constitue un risque pour la sécurité énergétique»

Après l’attaque de l’Ukraine par Vladimir Poutine et la réduction des livraisons de gaz à l’Europe, les Etats-Unis ont pris le relais. Mais le continent n’a fait que remplacer un fournisseur dominant par un autre.

Avec la guerre en Iran, les inquiétudes européennes se sont accrues. Le Financial Times évoque désormais une véritable course au pétrole et au gaz américains:

«Une flotte de tankers asiatiques se dirige vers des ports américains»

Pour sécuriser leurs approvisionnements en pétrole et en gaz naturel liquéfié, les Européens devront donc surenchérir. Le quotidien britannique souligne, par ailleurs, que l’industrie pétrolière américaine pourrait bénéficier d’«exportations record».

Trump cherche également à tirer parti de cette domination énergétique dans le cadre de sa rivalité avec la Chine. L’agence Bloomberg, qui cite des proches de l'entourage du président américain, indique que ce dernier envisagerait d’utiliser ce levier.

La Chine dépend en effet largement du pétrole iranien, ainsi que des flux transitant par le détroit d’Ormuz depuis d’autres pays du Moyen-Orient. Si Donald Trump parvenait à «prendre» le pétrole iranien, comme il a désormais annoncé le faire en bloquant lui-même le détroit avec sa flotte, il pourrait interrompre ces livraisons à destination de Pékin.

Le président américain pourrait aussi tenter d’exercer lui-même une influence sur le détroit d’Ormuz, à l’image de l’Iran. Il a déjà laissé entrevoir de telles intentions. Selon le think tank américain Atlantic Council, une situation instable dans cette zone pourrait même servir ses intérêts: les Etats-Unis seraient contraints d’y maintenir durablement des troupes, offrant ainsi à Donald Trump un levier direct sur ce passage stratégique.

La grande menace pour Trump

Dans ce jeu géopolitique complexe, Donald Trump pourrait toutefois se retrouver pris à son propre piège. Un prix élevé du pétrole profite certes à l’industrie américaine, mais il pénalise ses électeurs, contraints de payer plus cher l’essence et le coût de la vie. Les tarifs à la pompe ont déjà fortement augmenté, tout comme l’inflation.

Surtout, le pétrole pourrait cesser d’être cet «or liquide» vanté par Donald Trump si les énergies renouvelables poursuivent leur essor. Dans la production d’électricité, elles surpassent déjà largement les énergies fossiles. Elles permettent en outre une production domestique, moins vulnérable aux chocs géopolitiques au Moyen-Orient ou à d’éventuelles pressions américaines.

La Chine en a pleinement conscience. Elle investit massivement dans les voitures électriques, l’énergie éolienne et solaire, et pourrait devenir le premier Etat entièrement électrifié au monde.

L’Europe suit la même logique: la Banque centrale européenne recommande d’accélérer la transition énergétique. L’administration Trump semble elle aussi en être consciente — raison pour laquelle elle considère les renouvelables comme une menace pour sa domination fondée sur les énergies fossiles et dénonce ce qu’elle qualifie de «culte climatique» en Europe.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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