Cette molécule suisse va «cartonner au niveau mondial»
Federico Luna décroche le téléphone à quelques heures de s'envoler pour New York. L'excitation perce dans le combiné du directeur marketing de Timeline. Deux jours plus tôt, la biotech romande frappait un grand coup en annonçant prendre part à la révolution scientifique de Lancôme, fleuron français des cosmétiques.
L'occasion toute trouvée de nous expliquer en quoi consiste Mitopure, la molécule développée par l'entreprise née dans le canton de Vaud, et les prochaines étapes de la start-up scientifique qui fait désormais partie des grandes.
Vous venez d’annoncer un partenariat avec Lancôme. Un sacré gage de reconnaissance pour votre entreprise.
En effet, et qui survient après un travail de longue haleine sur notre molécule. Nous sommes fiers et ravis. En 25 ans dans le domaine du marketing, j’ai rarement observé un lancement de cette importance.
Pourriez-vous commencer par me raconter l'histoire de Timeline? Votre entreprise est née dans les laboratoires de l’EPFL...
Tout à fait. L’entreprise a été cofondée en 2007 par Patrick Aebischer et le Dr Chris Rinsch, avec l’appui financier d’André Hoffman, Pierre Landolt et d’autres personnalités du monde de la pharma. Après avoir commencé sur le cerveau, notamment en lien des travaux du Pr Aebischer sur la maladie de Parkinson, nous avons orienté nos recherches vers la mobilité et la fonction musculaire, des piliers fondamentaux du vieillissement. Le muscle est l'un des tissus les plus riches en mitochondries, ce qui en fait un terrain particulièrement pertinent pour étudier les mécanismes énergétiques cellulaires. Et nous voilà, 18 ans plus tard, avec 25 essais cliniques derrière nous avec cette molécule-star, la Urolithine A, que nous avons rebaptisé Mitopure.
Qu’est-ce que cette molécule?
Il s’agit d’un recyclant des mitochondries, qui agissent comme les «centrales énergétiques» des cellules de notre corps.
Si je comprends bien, Timeline a donc mis au point une molécule?
Absolument. Je précise que nous n’avons pas inventé la molécule elle-même. Mais nous sommes les premiers à synthétiser cette molécule et à l'amener dans des essais cliniques avec les humains. C’est là que nous avons notamment compris le mécanisme biologique de la mitophagie, un processus de recyclage qui peut être également activé par l’exercice physique ou par un déficit calorique. Quand on dépasse l’âge de 30 ans, on accumule beaucoup de mitochondries endommagées.
L’objectif final est donc de vivre plus longtemps?
Je dirais plutôt de vivre plus longtemps en bonne santé.
On ne se limite donc pas à l’aspect esthétique?
La longévité repose sur un triangle: le côté musculaire, pour la mobilité et d’autres fonctions essentielles, comme la gestion des protéines. Ensuite, le côté immunitaire. Dans un essai clinique récent de quatre semaines, avec une dosse de 1000 mg de Mitopure, nous avons observé des améliorations significatives de certains marqueurs immunitaires. De grands scientifiques du Frankfurt Cancer Institute viennent de lancer un essai clinique avec notre molécule sur des patients en rémission de cancer. Et, enfin, la santé cutanée.
D’où l'intérêt de Lancôme pour votre entreprise?
En effet. Nous avions déjà un partenariat avec Nestlé depuis 2018, puis avec L’Oréal en 2024.
Cette molécule constitue-t-elle une avancée scientifique majeure?
Nous travaillons dessus depuis 18 ans, nous sommes évidemment persuadés que oui. D’un point de vue scientifique, cette molécule est plus intéressante que la vitamine C, car le processus avec les mitochondries est la base de la pyramide. C’est un mécanisme absolument fondamental au niveau biologique.
On voulait éviter de créer du marketing sur ce soi-disant «effet miracle», qu'on nous vend partout désormais – alors qu'on ne sait pas pourquoi, comment, ni même si ça fonctionne. Dans le cas de Mitopure, il s'agit d'une molécule dont on connait très bien les effets.
Le mot «longévité» est très à la mode, notamment dans la bouche de magnats de la tech américaine comme Bryan Johnson. Craignez-vous d'être associé à ces personnes en quête de la «vie éternelle»?
Etant donné que Timeline est une entreprise née en Suisse et à l’EPFL, non. Nous sommes une firme scientifique. Nous comptons 18 ans de recherches, qui nous offrent une certaine avance dans les congrès scientifiques. Un médecin très connu aux Etats-Unis, le cardiologue Eric Topol a d'ailleurs loué Timeline pour étant la première à proposer un supplément alimentaire avec la rigueur de la science.
Le fait d’être né sur un campus universitaire et d’avoir été cofondée par un scientifique reconnu encore très actif chez Timeline, ainsi que de pouvoir compter sur un capital financier très patient, a fait toute la différence. Aux Etats-Unis, nous n’aurions jamais pu faire avec des investisseurs à court terme. La biologie prend du temps.
Est-ce que, après Lancôme, d'autres géants s'intéressent à vous?
De nombreux partenaires potentiels ont montré leur intérêt, notamment sur le plan géographique. En Asie, par exemple, la Chine, la Corée ou le Japon voient des millions et des millions d’individus atteindre et dépasser l’âge de 50 ans. Nous avons pour l'instant beaucoup de chance de compter des entreprises comme Lancôme à nos côtés. Quand on évoque L’Oréal, on songe forcément au groupe de beauté - qui est le plus important du monde - sans se rendre forcément de la qualité de la science qui se trouve derrière. Pourtant, L'Oréal compte des centaines et des centaines de doctorants. On a été impressionné. C’est un partenaire fabuleux.
Au-delà des cosmétiques et de l’alimentation, Timeline intéresse-t-il d’autres secteurs?
Il y a cinq ans, nous n’étions pas encore dans le domaine de la peau. On est constamment en train d’innover. La chance de cette molécule, c’est qu’elle agit non seulement sur ce mécanisme fondamental de la mitophagie, mais elle est aussi très stable. Et contrairement à l’Omega-3, par exemple, qui sent le poisson, elle ne présente pas beaucoup de contraintes ou de complications. Mitopure nous offre énormément de flexibilité au niveau de ses applications et de ses produits éventuels.
Quelle est la prochaine étape pour Timeline?
Continuer à innover, se tenir aux côtés de notre partenaire pour s'assurer un immense succès. On va faire cela pas à pas, mais je pense que c’est la première étape. Nous allons continuer à travailler à la fois avec nos partenaires et à l’interne, sur les produits de Timeline. Je ne peux pas vous en dire davantage, mais nous avons beaucoup d’innovations qui vont arriver très prochainement.
