«Plus que problématique»: La polémique autour du F-35 s'accélère
Si cela ne tenait qu'à l'association citoyenne «Non aux F-35», les F-35 commandés ne décolleraient jamais. Elle a lancé une initiative visant à bloquer cette acquisition in extremis par une votation populaire. C'est une course contre la montre, car les premiers avions de combat devraient être livrés dès 2027.
Lors du lancement de l'initiative mardi à Berne, ses auteurs ont convenu qu'elle ne pourrait certes pas empêcher l'arrivée des premiers avions de combat en Suisse, mais qu'elle permettrait au moins d'en réduire le nombre. Sans leur intervention, le risque serait grand que la Confédération n'achète d'autres avions de combat. A long terme, on parle déjà de 55 à 70 appareils.
Tout contrat peut être résilié
D'une certaine manière, l'initiative se veut aussi une occasion de créer une contre-pression politique. L'association citoyenne a jusqu'à fin octobre 2027 au plus tard pour déposer les signatures nécessaires auprès de la Chancellerie fédérale. Justement l'année où les premiers avions de combat doivent être livrés à la Suisse.
C'est pourquoi le lancement d'une initiative leur a semblé judicieux. Ainsi, l'électorat pourra exprimer sa volonté, écrivent Paolo Gilardi et Daniel Künzi dans un communiqué.
Le peuple, tout comme le Conseil fédéral, est à une large majorité contre la poursuite de l'acquisition des F-35, ont poursuivi Paolo Gilardi et Daniel Künzi. Selon eux, le Département fédéral de la défense (DDPS) ne se contente pas de bafouer la volonté populaire en s'obstinant à vouloir le F-35.
Tous deux jugent également «plus que problématique» l'achat d'armes auprès d'acteurs étatiques tels que le gouvernement américain. Ils en sont convaincus: «Tout contrat peut être résilié.»
Un malentendu coûteux
En septembre 2020, le peuple suisse n'a approuvé que de justesse l'achat de 36 avions de combat de type F-35 auprès du constructeur américain Lockheed Martin. Selon le contrat d'achat, le coût devait s'élever à 6,035 milliards de francs.
L'ancienne ministre de la Défense Viola Amherd partait alors du principe que le prix était fixe. En 2025, le gouvernement américain a évoqué un malentendu – et des coûts supplémentaires se chiffrant en milliards. Finalement, la Confédération a cédé: un crédit supplémentaire d'environ 400 millions de francs a été demandé au Parlement, selon un message de l'armée publié fin mars.
Ce crédit est destiné à couvrir les surcoûts invoqués par les Etats-Unis pour une trentaine d'avions de combat F-35. Une centaine de millions de francs supplémentaires seraient aussi nécessaires pour des travaux de construction liés aux nouveaux appareils, ainsi que pour la rénovation d'une installation de commandement.
L'association citoyenne estime avoir de bonnes chances de faire aboutir son texte. Les «informations catastrophiques concernant le F-35» ainsi que la situation géopolitique actuelle favorisent selon elle la collecte de signatures. Compte tenu de la résistance qui règne au sein de la population, «les signatures devraient être rapidement réunies».
Une course effrénée
Selon l'association, l'initiative est soutenue par plus de 220 personnes. Beaucoup d'entre elles ont soutenu la précédente initiative «Stop F-35» avant que celle-ci ne soit retirée avant le scrutin de 2022. Une alliance entre le PS, les Vert-e-s et le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) avait alors voulu empêcher l'achat des avions de combat.
Mais les autorités l'ont devancée. Elles ont signé les contrats d'achat avant que le peuple n'ait pu se prononcer sur une interdiction des F-35 jusqu'en 2040. Les Chambres fédérales avaient insisté en 2022 pour que les contrats soient conclus rapidement.
Aujourd'hui encore, les auteurs de l'initiative craignent que le DDPS ne tentee d'accélérer l'acquisition des F-35. Le lancement d'une initiative populaire à ce stade constitue donc également une occasion pour les électeurs de faire valoir leur point de vue. (mbr/ats)
