«La guerre est un désastre économique» pour Poutine
La guerre en Ukraine continuera de peser massivement sur l'économie russe cette année. C'est la conclusion à laquelle sont parvenus les experts de l'Institut de Vienne pour les études économiques internationales (WIIW) dans une nouvelle étude, dont le «Handelsblatt» se fait l'écho. Le document précise toutefois que cette situation ne forcera pas le Kremlin à mettre fin à la guerre.
Les auteurs de l'étude prévoient une croissance économique de 1,2% pour l'année en cours, alors qu'elle était de 0,7% l'année dernière. «C'est très peu pour les standards russes. L'économie russe se trouve dans une phase de stagnation», a déclaré l'économiste du WIIW Vasily Astrov au «Handelsblatt». Selon lui, le boom des premières années de guerre est terminé.
Les dépenses de guerre stagnent
En raison de l'augmentation des dépenses publiques dans le secteur de l'armement, l'économie russe avait initialement progressé de 4% par an. Ces dépenses ont entraîné une hausse de l'emploi et des salaires, ce qui a stimulé la demande intérieure. Le Kremlin attire par ailleurs les recrues avec une prime unique élevée et une solde relativement importante, équivalente à 1835 francs par mois. Selon Vasily Astrov, ces seuls paiements représentent 2% de la performance économique russe.
Cette année, les dépenses de défense russes devraient toutefois stagner, affirme le chercheur. De même, la solde des militaires n'a pas été augmentée depuis longtemps et cela se répercute directement sur la croissance économique. Les sanctions occidentales montreraient également leur efficacité.
Les exportateurs russes sont fortement touchés, le contournement des sanctions signifiant des coûts supplémentaires, indique Vasily Astrov au «Handelsblatt». Suite aux récentes sanctions américaines contre les groupes pétroliers russes Lukoil et Rosneft, le prix du pétrole russe a fortement chuté et, avec lui, les recettes de l'Etat.
Aucun avantage économique pour la Russie
Le Kremlin tente de compenser les pertes de revenus du secteur pétrolier par des augmentations d'impôts. Récemment, la TVA a été relevée de 20 à 22%, ce qui devrait toutefois alimenter l'inflation et freiner la croissance. Grâce à un faible déficit budgétaire de 2,6% du produit intérieur brut, la Russie ne devrait cependant pas se retrouver de sitôt en difficulté de paiement, estime l'expert économique. Malgré des taux d'intérêt élevés, la guerre reste donc finançable pour Poutine.
L'économie de guerre et l'isolement imposé par l'Occident font toutefois prendre du retard aux entreprises russes par rapport à la concurrence internationale, établit Vasily Astrov. «La guerre n'a aucun avantage économique pour la Russie. Poutine utilise ses ressources pour produire des armes», explique quant à elle Olga Pindyuk, qui a également travaillé sur l'étude du WIIW. Elle va même plus loin:
Une meilleure croissance pour l'Ukraine
Pour l'économie russe, un arrêt de la guerre par le Kremlin serait une bonne nouvelle, affirme également Vasily Astrov. La Russie est dépendante de la technologie occidentale, par exemple pour l'entretien de sa flotte d'avions vieillissante. Toutefois, les considérations économiques ne semblent pas être déterminantes pour Poutine. «Il doit afficher des succès en Ukraine. Et pour l'instant, de son point de vue, ils ne sont pas suffisants».
En revanche, les auteurs de l'étude prévoient de meilleures perspectives économiques pour l'Ukraine. Certes, le WIIW a abaissé sa prévision de croissance de 3,0 à 2,5% pour l'année en cours en raison des attaques russes persistantes contre les infrastructures. A long terme, les spécialistes voient cependant un grand potentiel de croissance dans l'économie ukrainienne, principalement grâce au secteur de l'armement. Aujourd'hui déjà, l'industrie de la défense serait la seule branche industrielle qui ne stagne pas.
Les start-up jouent un rôle essentiel dans ce secteur, selon le «Handelsblatt». Il existe plus de 2 000 entreprises d'armement dans le pays, dont un quart sont des fabricants de drones.
(trad. btr)

