Il faudra sans doute attendre encore quelques années avant de vivre sur la lune. Il serait même plus approprié de parler d'un «avenir lointain». Toutefois, ce ne serait pas chose impossible. En effet, selon des scientifiques, il existe des grottes lunaires dans lesquelles on pourrait construire des bases pour accueillir des personnes.
La lune est hostile à la vie humaine. Sa surface est exposée à des rayons cosmiques jusqu'à 150 fois plus puissants que ceux de la Terre. De plus, des météorites s'y écrasent régulièrement et il y règne des températures extrêmes, allant de 127 °C à -173 °C.
Mais alors que la surface de la Lune est bien étudiée, on ne sait actuellement pratiquement rien sur le monde souterrain du satellite de la Terre. Les chercheurs supposent depuis 50 ans l'existence d'un système de tunnels ramifié sous la surface lunaire. Jusqu'à l'étude qui vient de paraître, il n'avait pas été prouvé que ce système de tunnels existait réellement, mais des calculs ont montré qu'il régnerait dans un tel système de tunnels une température moyenne d'environ 17 °C. En bref, un environnement idéal pour que des chercheurs s’y installent.
Actuellement, on connaît plus de 200 cratères qui pourraient servir d'entrée à un tel système de grottes - la plupart d'entre eux sont circulaires, mesurent jusqu'à 100 mètres de diamètre et se trouvent dans ce que l'on appelle les mers lunaires, c'est-à-dire des plafonds de lave solidifiés.
Dans l'article publié mardi dans Nature Astronomy, les auteurs de l'étude ne cherchent pas à déterminer à partir de quand il serait possible de vivre dans les grottes. Il s'agit plutôt de trouver quels cratères pourraient mener au système de grottes en question. Et ils ont tout de suite trouvé ce qu'ils cherchaient.
Pour leur étude, les chercheurs se sont concentrés sur un seul cratère: celui de la Mare Tranquillitatis (MTP).
C'est dans la Mare Tranquillitatis que la mission Apollo 11 s'est posée le 20 juillet 1969, et que l'Homme a marché sur la Lune pour la première fois. Le cratère étudié a des parois verticales et un fond de fosse incliné qui semble s'étendre plus loin sous terre. L'étude présentée a commencé avec une image prise par le mini-radar RF du Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA en 2010:
Sur l'image, on peut voir une bande claire qui s'étend vers l'ouest depuis le cratère de la Mare Tranquillitatis – il y a ici une réflexion plus importante du rayonnement radar. L'équipe de Leonardo Carrer, de l'Université de Trente en Italie, a analysé la réflexion des rayons radar sur différentes grottes à l'aide de technologies complexes de traitement de signal. Elle est arrivée à la conclusion suivante: la bande claire s'expliquerait par une cavité située à une profondeur de 130 à 170 mètres, large de 45 mètres et s'étendant peut-être jusqu'à 80 mètres sous la surface lunaire à partir de l'entrée du cratère.
«L'analyse des données nous a permis de créer des modèles représentant la première partie du tunnel», explique Leonardo Carrer dans le communiqué de presse de l'université. Selon le modèle, l'entrée de la grotte serait alors plus ou moins abrupte:
Ainsi, les planétologues ont prouvé pour la première fois l'existence d'un tunnel dans le sous-sol lunaire.
Les scientifiques soulignent toutefois que le radar du Lunar Reconnaissance Orbiter n'était pas spécialisé dans la détection de telles cavités, car la résolution était trop faible pour pouvoir examiner d'autres cratères. Le chercheur principal du Johns Hopkins Applied Physics Laboratory, déclare néanmoins dans le communiqué de presse de l'université:
D'une part, l'étude a permis de poser les bases pour planifier l'exploration des grottes par des missions avec des robots. D'autre part, le cratère de la Mare Tranquillitatis serait un site prometteur pour une base lunaire.
La NASA prévoit de construire dans les prochaines années une base scientifique lunaire dans le cadre du programme Artemis, afin «d'établir la première présence à long terme sur la Lune», comme on peut le lire sur le site de la NASA. La base prévue devrait comprendre plusieurs éléments d'habitation et de travail ainsi qu'un rover. Cette base devrait servir de tremplin pour des missions vers Mars. De plus, il serait plus facile de poursuivre les recherches sur les grottes lunaires à partir de cette base.
Si l'on pousse cette idée vraiment, on peut entrevoir la colonisation de la Lune. Et ce n'est pas tout: «Nos méthodes peuvent également être appliquées à Mars», soulignent les scientifiques.
traduit de l'allemand par Anne Castella