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En Lituanie, le service militaire attire surtout pour l'argent

Face à la menace russe, la Lituanie renforce sa conscription et appelle davantage de jeunes sous les drapeaux. Mais pour beaucoup de lycéens, l’engagement militaire relève surtout d’un choix pragmatiq ...
Pour 2026, la liste annuelle des conscrits est passée de 3500 à 5000 personnes en Lituanie.Image: montage watson

Des «patriotes»: Ce voisin de la Russie paie des jeunes pour qu'il s'engagent

Face à la menace russe, la Lituanie renforce sa conscription et appelle davantage de jeunes sous les drapeaux. Mais pour beaucoup de lycéens, l’engagement militaire relève surtout d’un choix pragmatique, motivé par la solde ou l’organisation de leur avenir, plus que par le patriotisme.
09.05.2026, 15:4709.05.2026, 17:49
Katarzyna SKIBA, Lituanie / afp

Dans un lycée de Vilnius, Rokas et ses copains discutent de leur avenir – études, travail et... service militaire: la Lituanie, petit pays frontalier de la Russie, recrute de jeunes conscrits par milliers. Volontaires ou contraints, plus par pragmatisme que patriotisme. S'ils partagent l'inquiétude des autorités face à la menace russe depuis l'invasion de l'Ukraine à grande échelle en 2022, la plupart des lycéens rencontrés se déclarent peu enthousiastes à l'idée de passer neuf mois sous les drapeaux.

«Je dirais qu'environ dix pour cent des volontaires sont patriotes, honnêtement», avance Rokas, 18 ans, qui, comme ses camarades de classe, préfère ne pas donner son patronyme. En classe de terminale, ils sont tous concernés par la nouvelle politique de conscription, revue récemment pour toucher tous les hommes en bonne santé de 18 à 22 ans dans cet Etat balte occupé par l'URSS de 1944 à 1990.

Certains ont devancé l'appel en invoquant leur sens du devoir. D'autres disent vouloir en finir le plus vite possible avec leurs obligations militaires, d'autres encore reconnaissent être alléchés par la solde. La Lituanie a réinstauré partiellement la conscription obligatoire en 2014, après l'occupation de la Crimée ukrainienne par la Russie. Et depuis 2022, les modalités de recrutement ne cessent d'évoluer.

Pour 2026, la liste annuelle des conscrits est passée de 3500 à 5000 personnes, dans ce pays de l'UE et de l'Otan de près de 2,9 millions d'habitants. Le nombre des exemptions, notamment pour les étudiants de l'enseignement supérieur, a été réduit. Les jeunes conscrits peuvent choisir de se laisser appeler d'office ou se porter «volontaires» et bénéficier ainsi du droit de décider du moment et du lieu de leur service, et d'être bien mieux rémunérés (jusqu'à 30% de plus).

Il faut «s'en débarrasser»

Le gouvernement veut croire à la ferveur nationale de sa jeunesse. «Nous avons bon espoir que cette année sera peut‑être la première où nous aurons uniquement des 'volontaires'», déclare ainsi à l'AFP le vice‑ministre de la Défense, Karolis Aleksa.

L'an dernier, le nombre de conscrits volontaires avait déjà augmenté de 50% par rapport à 2023. Mais les intéressés avancent des motivations très disparates, quand ils n'y vont pas carrément à reculons. Vykintas s'est porté volontaire, mais se dit «pas vraiment emballé par l'armée». Seulement il estime préférable de faire son service «juste après le lycée, de s'en débarrasser».

Valentinas, lui, avoue qu'il n'a tout simplement pas d'autre projet. «Je ne sais pas quoi faire de mon avenir (...), donc l'armée est une excellente option». Quant à Dominikas, il préfèrerait «ne pas y aller» du tout.

«Cela bouleverserait le cours de mes études»
Valentinas

La Lituanie et les deux autres Etats baltes (Estonie et Lettonie) se sont engagés dès 2014 sur la voie du réarmement. Ils comptent parmi les Etats membres de l'Otan dont les dépenses militaires sont les plus élevées, à hauteur de 5,38% du PIB pour la Lituanie cette année. «L'objectif principal est d'augmenter la taille des forces armées professionnelles et, en particulier, le nombre de réservistes», explique à l'AFP Tomas Janeliunas, professeur à l'Institut des relations internationales et des sciences politiques à l'université de Vilnius.

Hausse de la solde

Selon le vice‑ministre de la Défense, son pays tend «vers une conscription masculine universelle». Un sondage publié en 2024 indiquait qu'une large majorité de Lituaniens (63%) plébiscite un service militaire universel, tandis que l'armée reste l'institution publique la plus respectée, avec une cote de confiance de 80%.

Diverses organisations paramilitaires font elles aussi état d'une forte hausse de l'intérêt de la population pour leurs activités. «En 2021, l'Union des fusiliers lituaniens (LRU, parrainée par l'Etat) comptait un peu plus de 10 000 membres. Actuellement, nous en avons près de 20 000», affirme sa porte-parole, Jurga Chomskyte.

Ces organisations souhaiteraient enseigner le patriotisme aux jeunes Lituaniens, notamment via des stages obligatoires de trois jours organisés en coopération avec le ministère de l'Education. Mais les jeunes conscrits ne partagent pas toujours cette perspective et si le taux de «volontaires» augmente d'année en année, cela s'explique souvent par des raisons prosaïques.

«C'est plutôt à cause (...) de la hausse de la solde», qui peut atteindre 8835 euros sur les neufs mois de service, considère Tomas, lui aussi lycéen. Il est néanmoins de ceux qui acceptent le principe de la conscription obligatoire: «Il n'y aurait pas assez de monde» sinon, selon lui.

La plupart demandent juste que les modalités de leur service soient mieux adaptées aux jeunes, notamment à leurs projets d'études et d'autres aspects de leur vie personnelle.

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