L'attaque massive de missiles russes sur l'Ukraine, lundi, qui a notamment touché un hôpital pédiatrique, a suscité l'effroi au sein de la communauté internationale. Au moins 38 personnes ont perdu la vie à Kiev et dans d'autres villes, et environ 170 autres ont été blessées. Et ce n'est pas seulement le nombre de victimes qui est terrifant, mais aussi le choix des cibles qui montre clairement les intentions de la Russie. L'Ukraine tire désormais la sonnette d'alarme: Moscou aurait modifié sa tactique aérienne afin de maximiser les dégâts.
L'ancien porte-parole de l'armée de l'air ukrainienne, Youri Ignat, a expliqué, lundi, que l'ennemi améliorait continuellement les capacités de ses drones de reconnaissance et d'attaque ainsi que d'autres systèmes d'armes. Parmi elles: des missiles de croisière et balistiques, à l'image de ceux qui sont tombés sur l'Ukraine lundi.
Les missiles de croisière, en particulier, ont volé à une altitude «extrêmement basse», à seulement 50 mètres au-dessus du sol.
En outre, la Russie a équipé ses missiles et ses missiles de croisière de radars et de pièges thermiques – ce qui les rend beaucoup moins visibles sur les écrans. Selon Ignat, 33 des 44 missiles russes ont atteint leurs cibles. Lors des offensives précédentes, le taux d'interception par la défense antiaérienne ukrainienne était généralement bien plus élevé auparavant.
Selon les experts militaires du groupe de réflexion américain Institute for the Study of War (ISW), les déclarations du porte-parole démontrent que la Russie a soit modifié sa tactique aérienne, soit globalement amélioré sa technologie d'armement - les deux cas de figure étant plausibles. L'objectif? «Infliger un maximum de dommages à l'infrastructure ukrainienne en ne laissant pratiquement aucun temps de réaction à la défense avant que le missile ne soit déjà près du sol». Pour l'Ukraine, ce serait dévastateur.
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En effet, l'armée russe ne se gêne pas de viser des infrastructures civiles. Dans la capitale, la clinique pédiatrique Ohmatdyt, plus grand établissement de ce type dans le pays, en a fait les frais. Au moins deux personnes sont mortes et seize autres ont été blessées. Les débris d'un projectile intercepté ont en outre tué trois personnes près d'une clinique de médecine obstétrique et en a blessé trois autres. Dans la ville industrielle de Kryvyï Rih, dix personnes ont péri, notamment lors d'une attaque contre un bâtiment administratif du groupe sidérurgique Metinvest.
Selon le commandant de l'armée de l'air ukrainienne, Mikolayovytch Olechtchouk, la Russie a utilisé un missile hypersonique Kinjal, des missiles balistiques Iskander, des missiles de croisière de type Kh-101, Kh-22 et Kalibr ainsi que des missiles guidés de type Kh-59/69. Il avance des chiffres légèrement différents de ceux de Youri Ignat: 30 missiles sur un total de 38 auraient été interceptés. «Le monde doit réagir fermement à ce crime», a commenté Mikolayovytch Olechtchouk:
Le ministre ukrainien de la Défense, Rustem Umerov, a également pressé les alliés de son pays de décider rapidement de la livraison de systèmes de défense aérienne. «Nos capacités de défense sont toujours insuffisantes», a-t-il répété lundi sur Telegram. «Nous avons besoin de plus de systèmes de défense antiaérienne». L'Ukraine lorgne surtout sur le modèle américain Patriot.
Jusqu'à présent, elle en a déjà reçu quatre en provenance d'Allemagne et des Etats-Unis – dont trois de Berlin. En outre, la livraison d'un cinquième en provenance de Roumanie a déjà été annoncée. Mais les choses devraient désormais s'accélérer: Kiev espérait que le sommet de l'Otan qui débute mardi à Washington lui apportera un soutien supplémentaire. Le président Volodymyr Zelensky y participe.
Après les attaques aériennes russes, son homologue américain a aussitôt annoncé de «nouvelles mesures» pour renforcer la défense aérienne ukrainienne. Les Etats-Unis et leurs alliés détailleront cela lors de la rencontre, selon Joe Biden. Six systèmes Patriot en provenance d'Israël, pourraient ainsi être révisés aux Etats-Unis avant d'arriver en Ukraine.
Mais ce système peut-il vraiment intercepter efficacement les armes russes? Oui, si l'on se base sur les expériences passées. L'Ukraine affirme avoir déjà intercepté plusieurs missiles hypersoniques Kinjal, l'une des armes les plus puissantes de l'arsenal russe. Les missiles balistiques Iskander sont également régulièrement repoussés par le bouclier de protection ukrainien. Il en va de même pour les missiles de croisière déployés lundi.
Kiev dispose, en outre, déjà d'autres moyens de défense: le système antimissile Iris-T et le char antiaérien allemand Gepard, tous deux reçus de l'Allemagne. Mais leur efficacité contre les projectiles russes n'est pas totale. C'est ce qu'expliquait l'expert Markus Schiller l'année dernière à la MDR allemande: «Il faut que le système se trouve très près de la cible de l'attaque et, même comme ça, il faut aussi beaucoup de chance, il a donc des limites». Le missile de croisière Kh-22, en particulier, aurait une approche trop rapide.
Ainsi donc, c'est surtout la proximité des systèmes de défense antiaérienne par rapport à des cibles potentielles qui pose un problème considérable à l'Ukraine. Il s'agit probablement de son principal point faible: elle ne dispose tout simplement pas d'assez de systèmes de ce type pour protéger ses villes et ses soldats sur le front. Si elle recevait les six dispositifs promis, ses capacités seraient d'un seul coup plus que doublées – pour la population civile et les soldats dans les tranchées, cela rimerait avec survie.
Pour l'heure, il reste difficile d'évaluer l'impact sur le taux d'interception des modifications techniques russes évoquées par Youri Ignat. Les pièges thermiques et les leurres peuvent tout autant déjouer les systèmes comme le Patriot. Toutefois, l'efficacité des capacités russes dans ce domaine reste toutefois à démontrer.
En dehors de cela, le Kremlin travaille également à l'augmentation de la puissance de ses projectiles. Selon le site The War Zone, le fabricant russe MKB Raduga équipe désormais le missile de croisière Kh-101, fréquemment utilisé en Ukraine, d'une deuxième ogive.
Celle-ci contiendrait des éclats d'acier qui devraient permettre d'augmenter encore la puissance et le rayon de destruction. La première ogive pourrait ainsi détruire un bunker, tandis que la seconde exploserait dans un deuxième temps à l'intérieur du bunker. Voilà le genre de missile de croisière qui s'est probablement abattu lundi lundi sur l'hôpital pédiatrique Ohmatdyt.
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)