Voici pourquoi le Guide suprême iranien ne peut pas apparaître en public
Le politicien iranien Said Djalili est considéré comme un extrémiste, y compris parmi les partisans de la ligne dure. Candidat malheureux à plusieurs reprises à la présidence, il rejette catégoriquement tout dialogue avec les Etats-Unis. Lors de récentes manifestations de rue, ses partisans ont exigé un message vidéo du nouveau guide révolutionnaire, Mojtaba Khamenei. Dans cette intervention, le «guide suprême» devrait approuver personnellement les négociations de cessez-le-feu actuellement suspendues avec le «grand Satan». Ce n’est qu’alors qu’ils accepteraient de le suivre.
Les fidèles de Said Djalili devront toutefois sans doute patienter longtemps. Mojtaba Khamenei a été grièvement blessé le matin du 28 février lors d’un bombardement israélien massif visant le siège officiel de son père, dans le sud de Téhéran.
S’appuyant sur sept hauts responsables et religieux iraniens ainsi que sur deux membres des Gardiens de la révolution, le New York Times décrit pour la première fois en détail l’état de santé réel du guide suprême iranien.
Selon les informations du journal, Mojtaba Khamenei a dû être amputé d’une jambe. Désigné le 8 mars comme successeur de son père tué, ce religieux attend actuellement l’adaptation d’une prothèse. Sa main droite a également dû être opérée. L’homme de 57 ans, qui a perdu son épouse Zahra et son fils Mohammed Bagher lors des frappes israéliennes, retrouverait lentement l’usage de sa main.
De graves brûlures lui rendent la parole difficile
Si ces blessures avaient été les seules, Khamenei serait probablement déjà réapparu en public. Mais de graves brûlures au visage et aux lèvres l’empêchent de parler correctement, rapporte le journal américain. Une connaissance du religieux, souhaitant rester anonyme, indique:
Le lieu où se trouve actuellement le guide suprême demeure inconnu. Les messages qui lui sont adressés seraient rédigés à la main, placés dans des enveloppes scellées et transmis de personne à personne par une chaîne de messagers de confiance jusqu’à atteindre sa cachette.
Selon le journal, Mojtaba Khamenei resterait malgré ses blessures «lucide et mentalement apte». Il ne disposerait toutefois pas de l’ensemble des pouvoirs de commandement ou de contrôle, explique Sanam Vakil, spécialiste de l’Iran au centre de réflexion londonien Chatham House.
Mais il ferait toujours partie de la «structure décisionnelle» en Iran. Pour l’heure, il se contenterait de prendre connaissance de «faits déjà accomplis». Les observateurs en Iran estiment que cette situation ne devrait pas évoluer fondamentalement à court terme.
«Mojtaba est peut-être officiellement le dirigeant de l’Iran. Mais il ne sera jamais un guide suprême comme son père», souligne Ali Vaez, de l’International Crisis Group. Même en cas de rétablissement – loin d’être garanti –, il resterait probablement une marionnette des Gardiens de la révolution. Il leur devrait non seulement sa survie physique, mais aussi la survie provisoire de la République islamique en tant qu’Etat indépendant.
Des sources à Téhéran jugent plausible que Mojtaba Khamenei renonce de lui-même à ses fonctions de guide révolutionnaire en raison de la gravité de ses blessures. Tant que le conflit avec les Etats-Unis se poursuit, il devrait toutefois rester «un fantôme» en arrière-plan. (trad. hun
