Qui est Karyna Shuliak, la mystérieuse héritière d'Epstein?
Les «dossiers Epstein» ont provoqué une indignation mondiale. Les quelque 3,5 millions de documents publiés par le département américain de la Justice montrent l'étendue du réseau de Jeffrey Epstein.
Pendant des années, il a abusé de femmes et de mineures, construit un réseau de traite sexuelle et entretenu des liens étroits avec des scientifiques renommés, des politiciens de haut rang et de nombreuses célébrités.
Une figure méconnue qui attire l'attention
Malgré la publication, l’affaire reste non élucidée. Les courriels, procès-verbaux, images et documents du FBI contenus dans ces dossiers soulèvent de nouvelles questions. Ghislaine Maxwell, ancienne complice d’Epstein condamnée à 20 ans de prison et actuellement questionnée par une commission du Congrès américain, refuse de répondre.
Plusieurs personnalités publiques citées dans les dossiers, dont Bill Gates et le président américain Donald Trump, nient avoir eu connaissance des agissements criminels d'Epstein ou y avoir participé.
Une femme de l’entourage proche d’Epstein attire désormais l’attention: Karyna Shuliak, une compagne de longue date. Cette dentiste biélorusse était en contact avec lui jusque peu avant sa mort et est considérée comme sa dernière partenaire. Selon son testament, elle devait hériter de la majeure partie de sa fortune. Le rôle joué par Shuliak dans le système d’Epstein et sa connaissance éventuelle de ses crimes restent flous.
Shuliak, aujourd’hui âgée de 36 ans et vivant à New York selon les médias, serait la dernière personne avec laquelle Epstein a communiqué par téléphone. Cet échange aurait eu lieu le soir précédant son suicide présumé du 10 août 2019, dans une prison new-yorkaise, et n’aurait, d'après les autorités, pas été enregistré.
Une dépendance affective
Les courriels publiés montrent de nombreux échanges entre Epstein et Shuliak, où tous deux s’affirment leur amour sur plusieurs années ou évoquent leurs problèmes relationnels. En 2012, Shuliak écrivait:
Un an plus tard:
Epstein, de son côté, lui exprimait une tendresse inhabituelle. Dans un message, il la qualifiait de «meilleure personne [qu’il ait] jamais rencontrée» ou lui déclarait: «Je t’aime et je suis très heureux.» Dans d’autres courriels, il la réprimandait pour sa jalousie envers d’autres femmes:
Cette correspondance dessine le portrait d’une relation étroite, marquée par des dépendances financières et émotionnelles. Shuliak exprimait aussi ses doutes et son insécurité, mais lui réaffirmait régulièrement son amour et sa loyauté, même après ses condamnations.
Comment Epstein et Shuliak se sont connus
Lorsqu’elle est arrivée aux Etats-Unis, Shuliak avait un peu plus de 20 ans et avait presque terminé ses études de médecine dentaire dans son pays natal, la Biélorussie. Epstein, lui, avait alors 60 ans. Les courriels publiés révèlent que Shuliak et Epstein se sont rencontrés pour la première fois au printemps 2011, après avoir été présentés l’un à l’autre par une Russe.
Cette intermédiaire anonyme, qui apparaît fréquemment dans les dossiers entre 2009 et 2012, avait régulièrement présenté à Epstein des jeunes femmes d’Europe de l’Est, notamment pour des postes d’assistante. Selon Epstein, ces femmes ne devaient jamais avoir plus de 24 ans.
Peu avant son entrée aux Etats-Unis, il a conseillé à Shuliak de se présenter aux autorités d'immigration comme «femme de ménage».
Une fois aux Etats-Unis, Shuliak souhaitait poursuivre sa formation à l’Université Columbia de New York, mais sa candidature à la faculté de médecine dentaire fut d’abord rejetée. Ce n’est qu’après l’intervention personnelle d’Epstein que la situation changea, comme le montrent les documents du ministère américain de la Justice.
Plusieurs hauts responsables de l’Université Columbia finirent par soutenir la candidature de Shuliak. Le doyen de la faculté de médecine dentaire de l’époque contacta directement son ancienne école en Biélorussie pour obtenir ses dossiers. Après son admission à Columbia, Epstein fit des dons financiers à l’université, comme l’a révélé une enquête du New York Times.
La méthode d’Epstein
Les documents contenus dans les «dossiers Epstein» prouvent qu'il a tenté à plusieurs reprises d'utiliser des places à l'université et des bourses comme moyen de séduire des jeunes femmes.
Des employés d’universités, dont Columbia, la New York University et d’autres établissements, lui auraient promis leur soutien, y compris après sa condamnation en 2008, toujours selon le New York Times. Les courriels montrent qu’Epstein avait promis à plusieurs femmes de financer leurs études.
Cependant, Shuliak semblait bénéficier d’une attention particulière de sa part. De son vivant, Epstein ne se contenta pas de payer ses frais de scolarité. Selon un registre financier du ministère de la Justice, il lui versa 631 000 dollars. Il envoya également d’importantes sommes d’argent à ses parents en 2013 et 2014. Il finança aussi les voyages de ses parents de Minsk aux Etats-Unis.
Par ailleurs, Epstein engagea un avocat spécialisé en immigration à New York pour aider Shuliak à obtenir une «green card», puis la citoyenneté américaine, qu’elle reçut en 2018.
Par la suite, Shuliak a apparemment travaillé comme dentiste dans son propre cabinet à St. Thomas, l’une des îles Vierges américaines. St. Thomas est voisine de Little St. James, l’île privée d’Epstein à l’époque.
Elle a également occupé le poste d’assistante de direction pour la «Southern Trust Company», une société enregistrée aux îles Vierges et appartenant à Epstein. Cette entreprise a servi de structure pour des conseils financiers et fiscaux à ses clients fortunés entre 1999 et 2018.
Le testament d’Epstein est dans les dossiers
A sa mort, la fortune d’Epstein s’élevait à environ 450 millions de dollars américains (soit 344 millions de francs). Elle avait déjà considérablement diminué les années précédentes, en raison des indemnités versées à ses victimes et de frais d’avocats exorbitants.
Dans son testament, signé seulement deux jours avant sa mort, il désigna finalement Shuliak comme principale bénéficiaire, lui léguant 100 millions de dollars américains ainsi qu’une bague en diamant de 33 carats.
Son ranch nommé Zorro au Nouveau-Mexique, les îles Little et Great St. James, ainsi que des biens immobiliers à Paris, Palm Beach et Manhattan lui étaient également destinés.
Au total, 43 personnes étaient nommées dans son dernier testament, dont sa complice de longue date, Ghislaine Maxwell, et son frère cadet, Mark. Tous deux devaient recevoir 10 millions de dollars chacun, soit bien moins que Shuliak.
Cependant, il est peu probable que Shuliak ou d’autres héritiers touchent effectivement ces sommes. Après sa mort, la fortune d’Epstein a été gelée. Son île, Little Saint James, a déjà été vendue en 2023 pour environ 54 millions de francs à un investisseur. Une partie de l'argent a également été versée à un fonds d’indemnisation pour les victimes d’Epstein. Il ne resterait aujourd’hui que 100 à 120 millions de dollars de sa fortune.
Karyna Shuliak évite toute apparition publique. A ce jour, elle n’a pas réagi aux demandes des médias américains concernant ses liens avec Epstein.

