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La guerre en Iran sème le doute parmi les électeurs de Trump

Le président américain Donald Trump, vendredi lors d'un événement en Floride.
Le président américain Donald Trump, vendredi lors d'un événement en Floride.Image: AP

«Tout est scandaleusement cher»: Trump agace jusque dans son camp

A six mois des élections législatives, le mécontentement des républicains à l'égard du président américain Donald Trump se fait de plus en plus sentir. Notre correspondant est allé prendre le pouls de la base du parti.
10.05.2026, 16:1310.05.2026, 17:26
Renzo Ruf, Jonesville

Jesse Green est un électeur de Trump au sens premier du terme. Ce juriste conservateur travaille pour la Family Foundation, qui se consacre, selon le site internet de cette organisation à but non lucratif, à «des familles du Kentucky et aux valeurs de la Bible». Green a voté deux fois pour Donald Trump, et si le jeune homme de 26 ans avait été un peu plus âgé, il aurait également soutenu l'actuel président en 2016.

Mais aujourd'hui, le jeune homme est déçu, à la fois de la situation économique et du Parti républicain, qui aurait trahi ses promesses électorales. «Je veux posséder une maison. Je veux fonder une famille», dit-il. Mais pour l'instant, c'est financièrement hors de portée. Il déplore:

«Tout est scandaleusement cher»

Des critiques là où on ne les attend pas

Green tient également le président responsable de cette évolution. Durant la campagne de 2024, se souvient-il, Trump avait promis de se concentrer, lors de son prochain mandat, sur la politique intérieure et de renoncer aux aventures militaires à l'étranger. Une promesse qui avait enthousiasmé de nombreux jeunes électeurs.

Jesse Green est un militant conservateur originaire du Kentucky.
Jesse Green est un militant conservateur originaire du Kentucky.Image: dr

Puis, à peine investi, «son gouvernement a commencé une nouvelle guerre et bombardé un nouveau pays», l'Iran. Comme les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre financièrement de telles interventions, la guerre contre l'Iran se fait sur le dos des jeunes Américains, estime Green. Il ajoute:

«L'avenir des jeunes ne s'annonce pas bien en ce moment»

Green formule ces critiques étonnamment franches à l'égard du président dans un lieu où Trump est encore célébré comme un héros populaire: lors d'une fête d'une section locale du Parti républicain, dans les douces collines du Kentucky, loin de toute grande ville. On est ici entre soi; dans le petit district administratif d'Owen County, Trump a obtenu le soutien de plus de 80% des électeurs en novembre 2024.

Mais les républicains pur sang savent aussi lire les sondages. Et ceux-ci brossent un tableau sombre. A six mois des élections législatives, le parti de Trump risque le désastre. De nombreux électeurs sont mécontents du président. Depuis le début de la guerre contre l'Iran, le taux d'approbation de Trump est tombé sous la barre des 40% à l'échelle nationale. Jamais les Américains n'avaient évalué aussi négativement le président durant son second mandat.

Des sujets inconfortables

Lors de la fête des républicains dans une grange réaménagée, entrecoupée de prières, de musique patriotique, de discours politiques et de barbecue, des critiques à l'égard du président se font entendre ça et là dans des discussions animées.

Cela dit, «critiques» est un mot un peu fort: Trump compte encore de nombreux partisans dans sa base électorale. Green lui-même soutient toujours le président. «Réserves» conviendrait peut-être mieux. Et même ces réserves ne s'expriment souvent qu'à mots couverts. Un homme évoque un ami sans étiquette politique qui s'est récemment plaint de la hausse des prix de l'essence, et hoche la tête en signe d'approbation. Une femme parle d'un voisin qui se serait plaint qu'une sortie au restaurant lui coûte chaque fois les yeux de la tête. C'est vrai, admet-elle.

Felicia Rabourn, une élue locale conservatrice, a les choses plus faciles. Cette femme de 35 ans souligne d'emblée qu'elle ne fait que rapporter des réserves à l'égard de Trump «que j'ai reçues directement de mes électeurs». Elle ne veut pas s'exposer.

Felicia Rabourn est une députée républicaine du Kentucky.
Felicia Rabourn est une députée républicaine du Kentucky.Image: dr

La liste que dresse Rabourn est néanmoins étonnamment longue. Certaines personnes de sa circonscription rurale estiment que le président «pourrait faire plus», une allusion aux promesses économiques non tenues. D'autres en auraient assez de voir l'argent des contribuables américains partir à l'étranger. Il y a aussi eu récemment une image sur les réseaux sociaux représentant le président comme s'il se moquait de Jésus-Christ, précise Rabourn:

«Parmi les personnes religieuses que je représente, cela a suscité beaucoup de mécontentement.»

Son opinion personnelle sur cette controverse, et sur toutes les autres polémiques que Trump suscite presque quotidiennement, elle ne la révèle pas pour autant. La politicienne locale veut être réélue. Rabourn préfère lâcher:

«A quoi bon s'en prendre à Donald Trump?»

Du soutien malgré les attaques de Trump

Au Kentucky, ce n'est pas une question rhétorique. Le représentant qui siège à la Chambre des représentants à Washington pour Owen County s'appelle Thomas Massie. Il est l'un des derniers élus républicains de la capitale à s'opposer publiquement au président avec une certaine régularité. Massie critique notamment la guerre contre l'Iran en des termes virulents.

👉 L'actu en direct sur la guerre en Iran, c'est ici

Depuis des mois, il réclame également la publication de l'intégralité des dossiers d'enquête sur le délinquant sexuel Jeffrey Epstein, décédé. Il a notamment coutume de dire:

«Je ne peux pas approuver le président lorsque son gouvernement protège des pédophiles»

A la fête du Parti républicain, Massie est l'un des invités d'honneur et prononce un discours plein de verve. Cet homme de 55 ans va jusqu'à plaisanter sur Trump, qui l'insulte souvent en ligne. Après avoir présenté son épouse, Massie déclare en riant:

«Je ne suis pas le seul à être attaqué par le président. Elle a déjà été attaquée deux fois.»

Mais, lorsque nous l'abordons, il devient vite clair que Massie, lui aussi, s'impose une ligne rouge à ne pas franchir. Il évite donc toute critique directe à l'encontre de la personne de Donald Trump. Le président jouit d'une grande popularité dans sa circonscription, souligne le représentant. Il précise également qu'il soutient Trump dans neuf votes sur dix à la Chambre des représentants.

Le député Thomas Massie à la Chambre des représentants à Washington.
Le député Thomas Massie à la Chambre des représentants, à Washington.Image: AP

Vers des élections à l'issue incertaine

Cependant, cette ferveur ne suffit pas au président. C'est pourquoi il entend envoyer Massie à la retraite anticipée: dans les primaires prévues pour mi-mai, Trump soutient un rival interne au parti. Les sondages prévoient un duel serré.

A ce sujet, Massie déclare que sa candidature pour un huitième mandat n'est pas dirigée contre Trump. Il critique plutôt «l'ensemble du gouvernement», qui aurait balayé toutes les positions importantes par lesquelles les républicains sont revenus au pouvoir en 2025. Ces promesses électorales sont populaires parmi ses électeurs. Et comme il ne travaille pas pour le président en tant que représentant, il s'engage désormais à ce que ces engagements soient tenus.

«Nous verrons si ça fonctionne», dit Massie. Il ne semble pas tout à fait certain du résultat. Mais, lors de la fête du parti à Owen County, son message fait mouche, peut-être aussi parce que Massie montre à ses camarades républicains comment s'émanciper d'une figure aussi puissante que Trump. Les membres du parti présents lui réservent en tout cas de chaleureux applaudissements. Son rival dans les primaires, Ed Gallrein, a fait excuser son absence.

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source: corbis news / view press
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