Trump «sabote délibérément» les Etats-Unis, selon cet historien
Timothy Snyder est un historien américain les plus renommés de notre époque. Son domaine de prédilection: les tyrans et les dictatures. C'est donc avec intérêt, mais aussi avec un regard d'expert, qu'il suit l'évolution récente de son pays.
Ce faisant, le professeur d'histoire est parvenu à un constat alarmant: les Etats-Unis seraient sur le point de commettre, estime-t-il, un «Superpower Suicide».
Des décisions et projets qui consternent
Dans le podcast du portail d'information Daily Beast, Timothy Snyder développe sa thèse en ces termes:
Ce phénomène s'explique par la méfiance profonde des Américains envers l'Etat. C'est là une différence fondamentale entre les Etats-Unis sous Donald Trump et l'Allemagne sous Adolf Hitler. L'historien affirme:
Il ajoute qu'en tant qu'historien, il trouve étrange que l'on renonce volontairement à une si grande part d'influence.
De fait, Trump dilapide actuellement son capital politique comme un matelot ivre. Sans cap ni plan, il a déclenché une guerre contre l'Iran. Ce faisant, il n'a pas seulement trahi l'une de ses principales promesses de campagne, il se révèle également incapable de répondre aux attentes de ses électeurs. La hausse des prix de l'essence et des denrées alimentaires aggrave l'inflation et accentue la crise du pouvoir d'achat qui touche actuellement les Etats-Unis.
Le président, lui, s'en moque éperdument. La guerre l'ennuie déjà et il ne voit pas d'issue. Au lieu de s'attaquer aux «kitchen table issues» (les enjeux qui touchent directement ses électeurs), il se consacre à ses projets de prestige, comme la salle de bal et l'arc de triomphe de la Maison-Blanche. Il souhaite désormais aussi rénover le bassin situé devant le Lincoln Memorial voisin.
Une vertigineuse chute de popularité
La facture lui parvient sous la forme des sondages d'opinion publiés régulièrement. Ils montrent que la popularité de Trump s'effondre. Ce n'est guère surprenant. D'anciens disciples aussi fidèles que Tucker Carlson ou Megyn Kelly ont vraisemblablement rompu définitivement avec lui. L'ancienne groupie Marjorie Taylor Greene et Alex Jones, un influenceur d'extrême droite, réclament même qu'on le chasse de la Maison-Blanche en recourant au 25e amendement de la Constitution.
Trump est en passe de démanteler la coalition qui lui a valu sa victoire électorale. Il s'aliène les catholiques avec sa querelle contre le pape, et choque les évangéliques avec ses mèmes le mettant en scène dans le rôle de Jésus. Il s'en prend désormais aussi au mouvement MAHA.
Calqué sur MAGA, cet acronyme signifie «Make America Healthy Again». Ce mouvement est dirigé par Robert F. Kennedy Jr., qui souhaitait initialement se présenter comme candidat démocrate à la présidence. Voyant qu'il n'avait aucune chance, il s'est rallié à Trump, lequel l'a récompensé en lui confiant le poste de secrétaire à la santé.
Mais l'entente entre MAGA et MAHA bat actuellement aussi de l'aile. Kennedy est allé trop loin dans sa croisade contre la vaccination et a dû être rappelé à l'ordre. Casey Means, figure de proue de la médecine alternative et importante porte-étendard du mouvement MAHA, peine à obtenir la confirmation du Sénat pour le poste de Surgeon General, soit celui de directeur en chef de la santé publique des Etats-Unis.
La question des élections de mi-mandat
Ce qui frustre avant tout les partisans de Kennedy, c'est le fait que l'administration Trump semble manifestement peu disposée à retirer du marché le pesticide glyphosate, connu également sous le nom de marque Roundup. Alex Clark, militante du mouvement conservateur Turning Point U.S.A., résume la situation en ces termes pour le New York Times:
Bien qu'il se préoccupe de moins en moins de son peuple, Trump, ce roi autoproclamé, veut à tout prix se maintenir au pouvoir. C'est pourquoi on craint qu'il ne laisse rien au hasard lors des prochaines élections de mi-mandat pour empêcher une victoire annoncée des démocrates. Il réfléchit même ouvertement à l'idée d'annuler ces élections, invoquant de prétendues manipulations. Il expliquait en janvier:
On n'en arrivera probablement pas là, à moins que Trump ne déclare l'état d'urgence. Or, il ne peut y recourir que s'il est en mesure de prouver de manière crédible que la souveraineté nationale des Etats-Unis est en danger. Il semble toutefois peu probable qu'il obtienne gain de cause devant les tribunaux.
La crainte d'une fraude électorale
En revanche, il est probable qu'il ne renoncera à aucune manœuvre sordide pour influencer le résultat du scrutin en sa faveur. On spécule qu'il pourrait déployer ses hooligans de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement, la police fédérale de l'immigration) devant les bureaux de vote pour dissuader les Hispaniques d'aller voter.
Avec le SAVE American Act, une loi visant à interdire le vote par correspondance et à exiger des contrôles d'identité plus stricts, il prétend vouloir prévenir une supposée fraude électorale. Jusqu'ici, il s'est cependant heurté à un refus au Sénat.
Il est également envisageable que Trump conteste les résultats après les élections, surtout en cas de victoires serrées des démocrates, et cherche à multiplier les procédures judiciaires. Il l'avait déjà fait après sa défaite face à Joe Biden, mais avec un succès limité. Sa tentative de redécouper les circonscriptions électorales en sa faveur par le biais du gerrymandering se retourne, par ailleurs, contre lui.
Reste à savoir si Trump parviendra à ses finss. La cuisante défaite de Viktor Orban en Hongrie a montré que de telles manœuvres peuvent s'avérer contre-productives et produire l'effet exactement inverse. Le président a déjà causé de graves dommages à la démocratie de son pays. Selon l'Economist, seuls 25% des Américains font encore confiance au bon déroulement des élections de mi-mandat.
