Cette «diseuse de bonne aventure» secoue le pouvoir en Ukraine
L'importance de l'ancien chef du bureau présidentiel Andriï Iermak ne doit pas être sous-estimée. Le juriste de 54 ans, proche de Volodymyr Zelensky et désormais mis en examen pour soupçons de blanchiment d'argent, exerçait une influence décisive sur la politique de nomination au sein du gouvernement, mais également de facto sur la politique étrangère du pays.
Jusqu'à son départ en novembre 2025, Andriï Iermak a été le principal négociateur ukrainien lors de diverses rencontres. Il ne manquait pas de modestie pour autant: sur la photo de groupe prise lors du sommet pour la paix en Suisse en juin 2024, il se tenait au milieu du premier rang, entre les chefs d'Etat et de gouvernement.
D'étranges objets et influenceurs
Les cercles politiques de Kiev suspectaient depuis longtemps que le deuxième homme le plus puissant d'Ukraine ne s'appuyait pas uniquement sur des considérations rationnelles dans ses décisions. Les bracelets d'aspect singulier que portait Andriï Iermak avaient déjà alimenté les spéculations.
Après son éviction, les indices se sont multipliés. En décembre 2025, Ihor Latchenkov, l'un des blogueurs les plus connus d'Ukraine, a rapporté que les enquêteurs des autorités anticorruption avaient été choqués après une perquisition chez l'ancien chef de cabinet. Ils auraient trouvé une poupée vaudou, plusieurs miroirs, des objets rituels ainsi que de nombreuses icônes et bracelets insolites.
Même si rien de tout cela n'a pu être confirmé officiellement, des sources sérieuses, comme le député d'opposition Iaroslav Cheleznyak, qui s'est forgé au fil des années une réputation de militant anticorruption accompli, ont toutefois laissé entendre que ces rapports correspondent pour l'essentiel à la réalité. Il ressort en outre des documents de l'opération anticorruption «Mida» que plusieurs «influenceurs-magiciens» faisaient partie d'un groupe de blogueurs qui aurait été soutenu par le bureau présidentiel.
Avalanche de mèmes et moqueries
La mise en examen d'Andriï Iermak braque les projecteurs sur un autre aspect de ses supposés «hobbies». Le quinquagénaire aurait entretenu des contacts réguliers avec une astrologue, enregistrée dans son répertoire téléphonique sous le nom de «Veronika Feng-Shui Bureau». Dans les répertoires d'autres personnes, elle figure comme «la diseuse de bonne aventure d'Iermak».
Selon les investigations, il s'agit de Veronika Anikieïevitch, une habitante de Kiev de 51 ans qui anime le canal Telegram «Horloges lunaires». Andriï Iermak l'aurait notamment consultée au sujet de nominations à de hautes fonctions d'Etat. Il lui aurait en outre transmis les dates de naissance de la future première ministre et du ministre de la santé.
Même lorsque l'affaire de corruption qui le visait a pris de l'ampleur l'an dernier, Andriï Iermak aurait sollicité les conseils de Veronika Anikieïevitch. Dans ses publications sur les réseaux sociaux, «Veronika Feng-Shui» a défendu l'ancien chef de cabinet et attaqué vivement les autorités anticorruption.
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En Ukraine, la relation entre Iermak et l'astrologue suscite avant tout des moqueries et un flot de mèmes. Cette dernière est déjà désignée par certains comme la troisième personnalité la plus puissante de la politique ukrainienne.
De fortes inquiétudes sécuritaires
Mais il existe également de sérieuses préoccupations en matière de sécurité. L'influence d'Andriï Iermak dans l'appareil d'Etat était omniprésente, et «Veronika Feng-Shui» apparaît dans ce contexte comme une cible idéale pour des tentatives de recrutement russes.
Ces inquiétudes ne sont pas totalement infondées. D'après ses réseaux sociaux, Veronika Anikieïevitch ne semble guère enthousiaste quant aux développements politiques en Ukraine depuis la révolution de Maïdan de 2014. Son père était en outre élu local d'un parti pro-russe; il vit désormais en Ukraine occupée et pose régulièrement avec des symboles étatiques russes.
Veronika Anikieïevitch ne devrait en tout cas plus connaître la tranquillité de sitôt. Elle a déjà été convoquée devant la commission d'enquête parlementaire, tandis que le député Iaroslav Cheleznyak a demandé au Service de sécurité de l'Ukraine (SBU) de procéder à un contrôle approfondi.
