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Guerre en Ukraine: la Russie a un problème avec ses drones

Un drone russe Geran-2 endommagé (photo d'archive): ce modèle semble présenter de plus en plus souvent des défauts de conception.
Un drone russe Geran-2 endommagé (photo d'archive): ce modèle semble présenter de plus en plus souvent des défauts de conception.Image: Imago

La Russie a un problème avec ses drones

Les drones russes semblent aux prises avec un problème: certains perdent des pièces en cours de vol, et cela se répercute sur leur taux de précision. Plusieurs éléments permettent d'expliquer cette dégradation.
23.04.2026, 16:5523.04.2026, 16:55
Julian Alexander Fischer / t-online
Un article de
t-online

La Russie se heurte à des problèmes techniques dans sa guerre des drones contre l'Ukraine. Car, bien que le pays du dirigeant Vladimir Poutine développe ces engins en permanence et ait accompli des progrès considérables à cet égard (comme en témoigne récemment la présentation du drone Geran-5), leur qualité semble se dégrader à mesure que leur production augmente.

Il existe, par exemple, des images de drones russes qui perdent des pièces ou se déforment en plein vol, sans aucune intervention ennemie.

Ainsi, leur taux de précision en Ukraine baisse, malgré des chiffres de production en hausse. Ce phénomène s'explique par des raisons variées, allant des attaques ukrainiennes à une pression de production élevée, en passant par un personnel peu qualifié.

De nombreux drones en mauvais état observés

Cette nouvelle évolution a été révélée par une vidéo du fabricant ukrainien de drones Wild Hornets, publiée la semaine dernière. Les images proviennent de drones d'interception Sting, qui s'approchent des drones russes par le dessus et les éliminent par une explosion au contact.

La vidéo révèle des dommages considérables sur les drones russes. On y observe notamment des trappes de maintenance arrachées, des bouts d'ailes tordus et cabossés, et, dans au moins un cas, un carénage avant entièrement décroché.

Il semble peu probable que ces dommages aient été causés par des tirs de l'armée ukrainienne, écrit le portail spécialisé indépendant The Defence Blog. Selon lui, les soldats ukrainiens engagés dans des missions d'interception signalent qu'une partie des drones russes en approche présente déjà des dommages structurels avant le début des efforts d'interception, avec notamment des carénages lâches ou manquants, des surfaces de contrôle déformées ou des composants aérodynamiques détachés.

Il s'agit plus précisément des drones russes Geran-2, la version russe des modèles iraniens Shahed. Ceux-ci sont propulsés par une hélice et volent exclusivement en ligne droite vers leur cible. Ils ne peuvent ni virer de bord ni manœuvrer comme un avion. Leur vitesse maximale est de 185km/h et ils peuvent emporter une ogive de 90kg.

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Des personnes exploitées dans les usines

Ces drones sont principalement produits dans la zone économique spéciale d'Ielabouga, dans la région russe du Tatarstan, où une sorte de Silicon Valley russe est supposée voir le jour depuis 2006. Selon diverses enquêtes, l'usine emploie surtout des apprentis mineurs, des ouvriers nord-coréens ainsi que des jeunes femmes et filles recrutées majoritairement en Afrique.

Ielabouga.
carte: watson

Ces dernières auraient souvent été attirées depuis l'étranger par de fausses promesses. Les frais de logement, de vol et de cours de russe seraient apparemment déduits de leur salaire. Selon The Defence Blog, le manque de formation technique des ouvriers ainsi que les conditions de travail sur place ont une influence déterminante sur la qualité des drones qui y sont fabriqués.

C'est dans la zone économique spéciale d'Alabuga que sont fabriqués les drones russes. (photo d'archive)
C'est dans la zone économique spéciale d'Ielabouga que sont fabriqués les drones russes. (photo d'archive)Image: Nikita Maykovx / Imago

Des composants de mauvaise qualité

S'ajoutent à cela des composants apparemment de mauvaise qualité, livrés pour la plupart depuis la Chine. Entre septembre 2023 et juin 2024 seulement, 34 entreprises chinoises ont signé des contrats d'une valeur de plus de 96 millions de dollars américains pour la fourniture de pièces, de matériaux et d'équipements de production à l'usine d'Ielabouga.

Selon des renseignements ukrainiens, le moteur à hélice chinois du Geran-2 est inférieur à l'original iranien en termes de qualité et de durabilité. Cela tient probablement aussi au fait que la Russie souhaite maintenir ses coûts de production aussi bas que possible. Ceux-ci s'élèvent à environ 48 000 dollars (37 000 francs), soit un quart du prix d'autres modèles comparables.

Selon The Defence Blog, cela a des conséquences sur la procédure de lancement: les préparatifs sont réduits, et les drones doivent décoller plus rapidement. Rien qu'en 2025, la Russie a déployé entre 50 000 et 55 000 drones de type Geran-2 en Ukraine.

Des drones de combat russes de type Geran-2, abattus au-dessus de l'Ukraine, gisent côte à côte sur le sol.
Des drones de combat russes de type Geran-2, abattus au-dessus de l'Ukraine, gisent côte à côte sur le sol.Image: Andreas Stein / dpa

Par ailleurs, les attaques ukrainiennes semblent également affecter la qualité des drones russes. L'armée aurait ainsi ciblé de plus en plus les sites de lancement et de stockage des drones. Conséquence: les préparatifs au lancement s'effectuent sous une menace permanente, ce qui débouche sur des mesures improvisées.

Cela se fait sentir dans la guerre. Ainsi, le taux de précision des drones Geran-2 aurait atteint en mars 2026 son niveau le plus bas des douze derniers mois. Depuis octobre de l'année dernière, les chiffres sont en recul constant, car les drones qui perdent des pièces en cours de vol sont plus difficiles à diriger et présentent des désavantages aérodynamiques.

Un nouveau modèle de drone très rapide

Ces problèmes démontrent que le Geran-2 n'est plus employé par la Russie exclusivement comme une arme d'attaque, mais surtout comme un moyen d'usure. L'objectif serait aussi de gagner du temps pour faire avancer le développement de nouveaux modèles. Cette année, le Geran-5 a été introduit comme successeur.

Celui-ci est, comme ses prédécesseurs directs, propulsé par réaction. Alors que les drones d'interception ukrainiens sont désormais en mesure de rattraper sans peine le Geran-2, le Geran-5 semble être une évolution vers davantage de rapidité. Le nouveau drone serait en effet capable d'atteindre des vitesses allant jusqu'à 600km/h.

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