L'immensité de la Russie se retourne contre Poutine
La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine ne se déroule depuis longtemps plus uniquement sur le territoire ukrainien. Le pays de Volodymyr Zelensky répond aux attaques russes par des contre-offensives visant le territoire russe, notamment des infrastructures pétrolières et énergétiques. Et la Russie semble régulièrement incapable d’intercepter ces drones qui parcourent parfois plus de 1000 kilomètres au-dessus de son territoire.
Cela pourrait s’expliquer par l’absence d’un «réseau coordonné d’équipes mobiles de tir, de drones intercepteurs et d’aéronefs dédiés à la lutte antidrones», explique le lieutenant-colonel et analyste militaire Andreas Rapp dans le Tagesspiegel.
En effet, le taux de réussite des frappes ukrainiennes est élevé et les informations faisant état d’installations pétrolières en flammes se multiplient. Dans la nuit de samedi, l’Ukraine a, par exemple, incendié un dépôt pétrolier dans la métropole de Novorossiïsk, sur la mer Noire, déjà visée à plusieurs reprises. Selon des témoignages recueillis sur place, il s’agirait de l’un des plus grands dépôts pétroliers du Caucase. Mais l’armée ukrainienne cible aussi régulièrement des bases aériennes militaires et des fabricants d’armes.
En mars 2026, l’Ukraine a envoyé 7000 drones vers la Russie, soit, pour la première fois, davantage que la Russie n’en a lancé contre l’Ukraine, rapporte Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), citant le chercheur français en sources ouvertes Clément Molin. En août 2024, l’Ukraine aurait envoyé environ 1000 drones, puis 3000 en juillet 2025.
La géographie russe désavantage Poutine
John Helin, cofondateur de l’organisation de recherche Black Bird Group, a néanmoins prévenu à RFE/RL: «Je serais prudent avant de tirer des conclusions trop larges à partir des seules données brutes.» Selon lui, la tendance générale reste toutefois indiscutable:
Gustav Gressel, politologue spécialisé dans les questions militaires, insiste lui aussi sur cet aspect dans le Tagesspiegel. La taille géographique du pays constituerait un problème majeur pour la défense antiaérienne:
La Russie serait trop vaste pour protéger efficacement les villes situées loin du front. «La géographie est un facteur que la Russie ne peut pas changer», résume Gressel.
Andreas Rapp souligne également les «lacunes naturellement importantes» de la défense antiaérienne russe. Les systèmes de défense seraient principalement concentrés autour de Moscou – en particulier autour de la résidence de Vladimir Poutine –, le long de la frontière russo-ukrainienne et sur la péninsule ukrainienne de Crimée annexée par la Russie.
Des frappes de drones jusqu’à 1000 km en Russie
Ces dernières semaines, les attaques de drones ont pourtant visé à plusieurs reprises l’industrie pétrolière de la ville russe de Perm, située à environ 1500 kilomètres de la frontière ukrainienne. Fin mars, l’Ukraine a également frappé un terminal pétrolier à Oust-Louga, localité située plus au nord, à environ 900 kilomètres de la frontière ukrainienne près de l’Estonie. Dans la nuit du 17 mai, Kiev a par ailleurs lancé la plus importante attaque de drones contre Moscou depuis plus d’un an. Même dans la capitale, tous les engins n’ont pas été interceptés et l’attaque a fait des morts et des blessés.
Ces frappes ont notamment pour conséquence que la production pétrolière de certaines régions n’est plus pleinement exploitée, voire a dû être partiellement interrompue.
Outre l’immensité du territoire, la défense antiaérienne russe souffrirait également, selon Andreas Rapp citant certains blogueurs militaires russes, d’une mauvaise coordination et de stocks insuffisants de munitions nécessaires.
Les attaques contre les infrastructures pourraient déstabiliser le régime
Gustav Gressel souligne toutefois dans le Tagesspiegel que les attaques ukrainiennes réussies contre l’arrière-pays russe ne suffiront pas, à elles seules, à faire basculer la guerre. Combinées à une évolution défavorable du front pour Moscou, elles pourraient néanmoins jouer un rôle important.
Des vidéos et des témoignages diffusés sur les réseaux sociaux ont confirmé cette analyse dans les jours qui ont suivi l’attaque ukrainienne contre la région de Moscou. Certains Russes y exprimaient notamment leur désarroi face au fait que la guerre les touche désormais directement. (csi/adapt. hun)

