Le dernier allié de Poutine dans l'UE pourrait être à Moscou samedi
Pour justifier son déplacement à Moscou, le premier ministre slovaque ne manque pas d’arguments. Dans un message vidéo, , Robert Fico affirme:
Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les responsables politiques de l’Union européenne boycottent les célébrations de la Victoire à Moscou. Même l'ex-premier ministre hongrois prorusse, Viktor Orbán, s’en était toujours tenu à distance.
Mais Robert Fico est d’un autre tempérament, et a critiqué à plusieurs reprises l’absence d'États occidentaux à la célébration du 9 mai. Il faut commémorer «ceux qui ont enduré des souffrances incommensurables», a dit le premier ministre.
À Moscou, Robert Fico sera, aux côtés du dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko, le seul invité européen présent. Même des partenaires proches de la Russie comme la Chine ou la Corée du Nord n’enveront pas de représentants de haut rang.
Robert Fico souligne certes la dimension historique de l'évènement – il a encore visité jeudi le mémorial du camp de concentration de Dachau –, mais son déplacement répond aussi à des intérêts plus pragmatiques. Après la perte d’influence de son allié Viktor Orbán, Robert Fico se retrouve isolé au sein de l’Union européenne. D’où l’importance accrue qu’il accorde à un rapprochement avec Poutine et Loukachenko.
Les journalistes étrangers ne sont pas les bienvenus
Après des attaques de drones ukrainiens, le Kremlin a par ailleurs réduit de manière significative le défilé de cette année. Les équipements militaires lourds, comme les chars ou les missiles, ne devraient pas être présentés samedi. L'invitation de journalistes accrédités ont également été retirées à la dernière minute, vraisemblablement afin d’éviter toute image qui évoquerait de la faiblesse, en cas de nouvelles attaques.
Les autorités russes ont en effet récemment signalé de nouveaux drones abattus au-dessus de Moscou. La guerre lancée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine, initialement censée être réglée en quelques jours, a depuis longtemps atteint le territoire russe. Des frappes ukrainiennes touchent désormais des objectifs situés loin à l’arrière du front.
Sur internet circulent déjà des vidéos moqueuses représentant Vladimir Poutine sous des filets de protection, voire dans une cage.
Robert Fico réagit avec prudence. Il a annoncé qu’il pourrait ne pas assister au défilé et rencontrer Vladimir Poutine plus tard au Kremlin.
Au centre de son déplacement figurent de toute façon des intérêts économiques. Robert Fico veut discuter de la prolongation des contrats de livraison de pétrole et de gaz russes. Avec la Hongrie, la Slovaquie fait partie des rares États de l’UE ayant très peu réduit leur dépendance énergétique à la Russie.
Alors que Budapest examine désormais d’autres sources d’approvisionnement, Bratislava continue de miser sur Moscou, avec des risques politiques et économiques importants.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
