Comment l'Ukraine a ruiné le défilé préféré de Poutine
Selon le ministère russe de la Défense, aucun véhicule blindé ni système de missiles ne défilera sur la place Rouge le 9 mai prochain, en raison de «la situation opérationnelle actuelle», comme le relaie The Guardian. Les cadets d’écoles militaires et d’institutions de jeunesse ne participeront pas non plus aux festivités du Jour de la Victoire.
Le Kremlin a justifié ces changements par «l’activité terroriste ukrainienne». Plusieurs analystes et blogueurs militaires estiment que Moscou redoute des attaques visant les équipements, notamment lors des répétitions, souvent organisées en terrain ouvert autour de la capitale.
L'expert relève aussi qu’il serait plus difficile de viser des soldats en plein centre-ville.
Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, les célébrations de la journée de la Victoire ont été réduites, avec moins de démonstrations militaires et d’invités étrangers. L’édition précédente, marquant les 80 ans de la victoire sur l’Allemagne nazie, avait toutefois fait exception, avec une large présence internationale et un défilé complet de chars et de lance-roquettes.
Une date clef pour le récit national de Poutine
Sous Vladimir Poutine, cette commémoration est devenue plus centrale encore dans le récit national russe. Et, depuis le début de la guerre, elle est allègrement utilisée pour légitimer le conflit en Ukraine.
Pour Constantin Sigov, professeur à l'Académie Mohyla de Kiev, cité par le quotidien français Ouest-France, cette «mythification a été grossièrement renforcée par le régime» de Vladimir Poutine dans les années 2010, en «excluant» tous les autres pays «qui se sont battus contre le fascisme», au moment où il «enlève à la Géorgie et à l'Ukraine des territoires qui leur appartiennent».
Dans le même temps, les drones ukrainiens frappent désormais presque quotidiennement le territoire russe, ciblant surtout des infrastructures industrielles et militaires, notamment pétrolières. Dans la ville de Touapsé, des attaques répétées contre une raffinerie ont provoqué d’importants incendies, une «pluie noire», et contraint les autorités à appeler la population à rester chez elle.
D’autres frappes ont visé une station de pompage dans la région de Perm, plus de 1500 kilomètres plus loin. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a salué la «précision» de ces opérations, affirmant vouloir encore en étendre la portée pour affaiblir l’industrie militaire et les exportations énergétiques russes.
Des analystes relativisent toutefois leur impact économique: la hausse des prix du pétrole, liée aux tensions au Moyen-Orient, permet à Moscou de maintenir des revenus élevés malgré ces attaques.
(dag)
