Navalny a probablement été tué par une toxine synthétique
Des spécialistes équatoriens et colombiens d'amphibiens ont estimé lundi que la toxine susceptible d'être responsable de la mort en 2024 de l'opposant russe Alexeï Navalny a été produite en laboratoire et non pas récupérée sur des grenouilles.
Le Royaume-Uni, la Suède, la France, l'Allemagne et les Pays-Bas ont rendu publics samedi les résultats d'une enquête sur la mort de M. Navalny, concluant qu'il avait été «empoisonné» avec une «toxine létale», l'épibatidine, présente dans la peau des grenouilles-dards d'Equateur, et qui aurait «très probablement entraîné sa mort».
«Il n'est pas difficile d'en trouver [des grenouilles dards, ndlr] sur n'importe quel marché», affirme Andrea Teran, du centre de recherche Jambatu, en Equateur. Au cours des dix dernières années, plus de 800 spécimens d'Epipedobates anthonyi ont été exportés légalement d'Equateur, selon les données officielles.
Mais, selon M. Teran, «il est plus facile d'acheter la toxine ou de l'obtenir auprès de laboratoires qui la produisent».
Quantité «énorme de grenouilles»
Ivan Lozano, directeur du centre de conservation Tesoros de Colombia, qui détient des permis pour faire le commerce de cette espèce et d'autres pour des usages scientifiques et pharmaceutiques, a expliqué à l'AFP qu'un «nombre énorme de grenouilles» – chacune mesurant environ deux à trois centimètres – serait nécessaire pour produire une dose létale pour un humain. Selon lui, seule une «version synthétique» produite en laboratoire peut arriver à cette fin.
Devin Edmonds, de l'université de l'Illinois, souligne quant à lui la difficulté de récupérer la toxine, car elle est liée au régime d'insectes des grenouilles à l'état sauvage.
«Les alcaloïdes présents dans la peau des grenouilles élevées en captivité diffèrent beaucoup de ceux des grenouilles sauvages», a-t-il indiqué à l'AFP.
«Accusations dénuées de fondement»
«Seul l'Etat russe avait les moyens, le mobile et l'opportunité de recourir à cette toxine mortelle pour viser Navalny pendant son emprisonnement dans une colonie pénitentiaire russe en Sibérie», estiment les cinq pays européens dans leur rapport, disant tenir Moscou «pour responsable de sa mort».
«Nous n'acceptons pas de telles accusations. Nous ne sommes pas d'accord avec cela. Nous les considérons comme biaisées et dénuées de fondement», leur a répondu le porte-parole du Kremlin Dmitry Peskov.
Charismatique militant anticorruption, farouche opposant au président russe Vladimir Poutine et à l'offensive à grande échelle contre l'Ukraine lancée en 2022, Alexeï Navalny est mort en prison le 16 février 2024, à 47 ans alors qu'il purgeait une peine de 19 ans d'emprisonnement pour des accusations qu'il dénonçait comme politiques. (ats)
