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Le Conseil fédéral alerte sur le risque russe dès 2028

epa09793295 An anti-war mural showing Lord Voldemort, the main villain character and antagonist in the 'Harry Potter' novel series by J. K. Rowling, with the face of Russian President Vladim ...
Un graffiti de Vladimir Poutine sous les traits de Lord Voldemort.Image: keystone

Même le Conseil fédéral alerte sur le risque russe dès 2028

A partir de 2028, l’Europe serait particulièrement vulnérable à une attaque russe au-delà de l’Ukraine. Et la Suisse n’échapperait pas à ce risque. À Berne, les autorités auraient identifié plusieurs scénarios possibles.
15.02.2026, 18:4515.02.2026, 18:45
Stefan Bühler, Remo Hess, Brüssel / ch media

La déclaration de Kaja Kallas est presque passée inaperçue:

«Beaucoup de nos services de renseignement nationaux nous indiquent que la Russie pourrait tester la capacité de défense de l’Union européenne dans trois à cinq ans»

La haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères a tenu ces propos en janvier 2025. Trois ans plus tard, cela nous mène donc à 2028.

Avant elle encore, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, alertait déjà le Bundestag en juin.

«Nous devons être prêts pour la guerre d’ici 2029»

Il a précisé son analyse en novembre: le risque d’une offensive russe contre un pays de l’Est membre de l’Otan serait «envisageable à partir de 2028». En Europe, plus personne ne semble par ailleurs contester cette lecture.

Inquiétude réelle?

Le Conseil fédéral évoque également cette année charnière: «A partir de 2028, une fenêtre défavorable pourrait s’ouvrir pour l’Europe», écrit-il dans sa stratégie de politique de sécurité, présentée en décembre.

«Afin de se prémunir contre ces menaces et ces dangers, y compris contre le risque accru d’un conflit armé en Europe, voire en Suisse, des mesures et des investissements en matière de sécurité s'imposent»

En d’autres termes, la menace se rapprocherait. Il faudrait donc se réarmer immédiatement. A coup de milliards de francs pour Berne, et de milliers de milliards d'euros pour l'UE.

Une question reste toutefois légitime: que valent réellement ces mises en garde? Quelle est vraiment la probabilité d’une attaque russe contre l’Europe au-delà de l’Ukraine?

Sur quels scénarios reposent ces avertissements?

Interrogé par la Schweiz am Wochenende, le Secrétariat d’État à la politique de sécurité (Sepos) explique que l’analyse s’appuie sur les évaluations de situation des «services compétents» de la Confédération, notamment le Service de renseignement (SRC), l’Office fédéral de la police (Fedpol) et le Département fédéral des affaires étrangères. Elle intègre également «les perspectives d’États partenaires».

Le Sepos précise en outre que la référence à 2028 ne doit pas être comprise comme une date exacte. Il s’agirait plutôt d’une fenêtre de plusieurs années durant laquelle l’Europe serait particulièrement vulnérable face à Moscou sur le plan militaire.

Ces craintes reposent sur des scénarios à la probabilité variable. En voici quelques-uns:

  • La guerre en Ukraine s’enlise. Vladimir Poutine peut alors reconstituer ses forces. Selon des analyses de l’Otan, si la Russie garde un rythme constant de production d’armement, il lui faudrait trois à cinq ans pour compenser ses pertes matérielles. Peut-être moins. Le pays produit déjà davantage qu’il ne consomme, de ce côté-là. Il parvient ainsi à stocker une partie du matériel neuf. Le reste est envoyé au front. Et, tout comme les Ukrainiens, les Russes disposent probablement des compétences les plus avancées au monde en matière de drones.
  • Les États-Unis se retirent. Sur le plan militaire, Washington déplace depuis des années son centre de gravité vers la Chine et l’Indopacifique. 2028 sera par ailleurs empreinte d'incertitude politique pour les Américains, pour cause d’élection présidentielle. Les tensions entre le mouvement MAGA de Donald Trump et les démocrates pourraient-elles encore s’aggraver? Un an avant cela, c'est la France qui élira sa nouvelle présidence — des forces favorables à Moscou pourraient-elles accéder au pouvoir? En Allemagne également, le peuple devra choisir son nouveau chef en 2027. Et, d'après certains sondages, l’AfD, parti d'extrême droite réputé proche du Kremlin, pourrait avoir ses chances d'accéder au pouvoir.
  • L’année 2027 revêt également une importance symbolique pour la Chine: elle marquera le centenaire de l’Armée populaire de libération. Le président Xi Jinping lui aurait donné pour mission d’être prête d’ici là à envahir l’île dissidente qu'est Taïwan, d'après le directeur de la CIA, William Burns. La déclaration a fait grand bruit, tout autant que les propos tenus par Xi à Poutine lors de sa visite à Moscou: «Nous allons provoquer ensemble des changements comme le monde n’en a pas connu depuis cent ans».

A quoi pourrait ressembler une attaque contre l’Europe?

On peut évoquer ici le livre Wenn Russland gewinnt de Carlo Masala. Le texte décrit une occupation russe de la ville frontalière estonienne de Narva, où vit une importante minorité russe. Selon ce scénario, Poutine chercherait à tester la solidarité de l’Otan et à vérifier si l’Estonie peut réellement compter sur l’appui de ses alliés.

Plus largement, les pays baltes sont particulièrement exposés. L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ne sont reliées au reste du territoire de l’Otan que par le corridor de Suwalki – une bande de terre de 65 kilomètres entre l’enclave russe de Kaliningrad et la Biélorussie.

La Géorgie et la Moldavie, ex-républiques soviétiques, pourraient être d'autres théâtres d’opérations potentiels. Toutes deux se confrontent déjà à des formes de guerre hybride.

En Géorgie, le Kremlin stationne des troupes dans les provinces sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. En Moldavie, il s'est implanté dans la région séparatiste de Transnistrie. Autant de foyers géopolitiques explosifs, susceptibles de s’embraser à tout moment. Et de mettre l'Otan à rude épreuve. Car ces deux pays ne font pas partie de l’Alliance, mais gravitent dans l’orbite européenne.

Et si la Suisse était visée?

La Suisse évolue elle aussi dans cette orbite. Comme l’avait formulé l’ancien ambassadeur américain à Berne, elle se situe «au milieu du donut de l’Otan». Pour les chantres de la neutralité, l’absence d’adhésion à l’Alliance constitue un atout: les parties en guerre auraient intérêt à préserver un médiateur impartial. La neutralité inscrite dans le droit international protégerait ainsi le pays.

Mais une autre analyse circulerait, y compris parmi des proches des services de renseignement. Selon eux, Moscou pourrait choisir la Suisse pour frapper au cœur de l’Europe. Pourquoi ne pas tester la réaction des Européens face à une action dirigée contre un pays neutre? Quel Etat viendrait en aide à un non membre de l'UE? Dans cette optique, la neutralité devient aussi un facteur de risque.

Reste à savoir quelle forme prendrait une attaque. La stratégie de politique de sécurité mentionne «de nombreuses cibles en Suisse». En raison de sa position géographique, un sabotage des infrastructures pourrait avoir de lourdes conséquences pour les pays voisins. Sont cités les flux «énergétiques, de transport, financiers et de données» transitant par le territoire.

Exemple: «l'étoile de Laufenburg», vaste installation électrique à la frontière allemande. Swissgrid indique que le site contribue «à la sécurité d’approvisionnement du pays et de toute l’Europe centrale». En clair, une mise hors service de cette plaque tournante affecterait non seulement la Suisse, mais aussi le sud de l’Allemagne et le nord de l’Italie – deux des régions les plus dynamiques de l’UE.

Le SRC évoque lui aussi ces risques dans son rapport de l’été 2025. Moscou aurait ainsi «intensifié en 2024 déjà ses activités de sabotage à l’encontre de l'UE». Le rapport précise encore: «Une telle conduite du conflit pourrait à l’avenir viser aussi ces pays en s’attaquant à des infrastructures situées en Suisse et d’importance critique pour eux».

Où en est la Suisse?

Sur le plan militaire, la menace aérienne est au premier plan: drones lancés depuis le territoire suisse visant des cibles nationales, ou missiles de croisière et roquettes tirés à distance. Ces derniers devraient toutefois survoler plusieurs Etats européens avant de nous atteindre. La Suisse bénéficierait donc, dans une certaine mesure, du parapluie des pays de l’Otan qui l’entourent.

Heureusement. Car le pays n’est pas prêt à faire face à des frappes aériennes. Après la chute de plusieurs drones en Pologne, le ministre de la Défense Martin Pfister a reconnu en septembre dans nos colonnes: «Nous n'aurions pas pu les abattre».

Cette semaine encore, son département a indiqué que Berne attendait toujours une livraison des systèmes de défense Patriot, offrant la meilleure protection contre les missiles. Mais aucune date précise ne serait pour l'heure donnée. Ainsi, le département fédéral de la Défense, de la Protection de la population et des Sports songerait à mandater d’autres fournisseurs.

Fin janvier, le chef de l’armement, Urs Loher a admis que la Suisse «n’est pas prioritaire» pour les grands groupes d’armement. Et sans paiement anticipé, l’attente peut se prolonger plusieurs années: «Les commandes pour 2028 et 2029 ne seront en réalité honorées qu'en 2030».

Pendant ce temps, à Berne, on continue de débattre du meilleur modèle pour l'armée. Et des modalités de financement du réarmement.

(Traduit et adapté par Valentine Zenker)

- Interview De Léa Et Ambre Dans Quotidien
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