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Drones: l'armée suisse doit tirer des leçons d'Ukraine et d'Iran

An instructor from the Ukrainian company General Cherry demonstrates the operation of an anti-air interceptor drone designed to destroy Russian attack drones in Kyiv region, Wednesday, March 11, 2026. ...
La guerre en Ukraine, moteur de l'innovation dans le domaine des drones militaires.Image: AP

Il explique les leçons que l'armée suisse doit tirer de la guerre en Ukraine

En quelques années, l'usage des drones par les forces armées s'est décuplé. Aujourd'hui omniprésent sur de nombreux terrains, il impose de nouvelles contraintes. Un chercheur de l'ETH Zurich explique.
04.05.2026, 05:2904.05.2026, 05:29
Nico Lercher

La guerre en Ukraine, tout comme plus récemment le conflit avec l’Iran, illustre le rôle croissant des drones dans les conflits armés. Dans un entretien accordé à watson, Ivo Capaul, chercheur au Center for Security Studies (CSS) de l’ETH Zurich, explique la place particulière des drones dans la conduite de la guerre.

Le président ukrainien a récemment été très sollicité dans le cadre du conflit au Moyen-Orient. Pourquoi les systèmes ukrainiens sont-ils si bien adaptés aux drones iraniens?
Cela tient à la dynamique d’innovation dans le domaine des drones, qui s’est imposée pendant la guerre contre la Russie. L’Ukraine a été exposée des milliers de fois à des attaques nocturnes de drones russes.

«Les engins utilisés sont des copies du drone iranien de type Shahed»

L’Ukraine a donc acquis une grande expérience dans la détection, le suivi et la défense contre ces mêmes drones, que l’Iran utilise désormais pour frapper des pays de la région du Golfe.

Der ukrainische Präsident Wolodymyr Selenskyj zu Besuch bei Scheich Tamim bin Hamad Al Thani, Emir von Katar
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky en visite chez le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, émir du Qatar.Image: X

Les Etats du Golfe ne disposent-ils pas des moyens nécessaires pour les intercepter?
Les Etats du Golfe visés, tout comme les bases militaires étasuniennes dans la région, sont, de manière générale, préparés à contrer des avions de combat et des missiles balistiques. Or, les drones employés ici volent plus bas, plus lentement et souvent en essaims, ce qui rend les systèmes de défense aérienne existants peu adaptés. De plus, un missile Patriot coûte entre deux et trois millions de dollars, tandis qu’un drone Shahed ne coûte que quelques milliers de dollars. D’un point de vue économique, la défense aérienne conventionnelle atteint rapidement ses limites.

«En matière de lutte antidrones, il y aurait donc beaucoup à apprendre de l’Ukraine»
Portrait
Ivo Capaul est chercheur au Center for Security Studies (CSS) de l’ETH Zurich. Ses travaux portent sur la guerre des drones ainsi que sur les conflits hybrides.
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image: dr

Pourquoi les drones sont-ils utilisés dans les conflits?
Je vois trois facteurs principaux qui expliquent leur usage massif dans les conflits actuels:

  1. Premièrement, leur coût d’acquisition est faible. Il est relativement facile de s’en procurer, car il s’agit de biens à double usage, c’est-à-dire pouvant servir à des fins civiles comme militaires.
  2. Deuxièmement, ils sont relativement efficaces en combat, notamment en termes de rapport coût-efficacité. Tous les drones n’atteignent pas leur cible, loin de là. Mais ils sont consommables: peu coûteux, tout en restant assez efficaces.
  3. Le troisième facteur tient aux volumes importants dans lesquels les petits drones peuvent être produits et déployés.

Quels sont, selon vous, les dangers liés à l’usage croissant des drones dans les guerres?
Tout dépend du point de vue. Un premier danger découle de leur large disponibilité. En tant que biens à double usage, ils peuvent être utilisés aussi bien par des acteurs non étatiques que par des groupes terroristes. Un autre risque réside dans l’abaissement du seuil d’engagement: les parties qui utilisent des drones ne risquent pas directement de pertes humaines dans leurs propres rangs.

Comment les drones sont-ils précisément utilisés dans la guerre en Ukraine?
De manière générale, on peut distinguer deux types d’utilisation des aéronefs sans pilote. D’une part, leur emploi tactique le long de la ligne de front. On y trouve une «zone de mort» large de cinq à dix kilomètres, où ni l’infanterie ni les véhicules blindés ne parviennent à progresser.

Pourquoi est-il si difficile d’y avancer?
Parce que les deux camps déploient un grand nombre de drones de reconnaissance et d’attaque le long de la ligne de front.

«Cette saturation en drones à proximité immédiate constitue, selon moi, l’une des raisons pour lesquelles la ligne de front en Ukraine évolue très peu»
Ivo Capaul

Est-ce parce que les deux camps disposent de drones de qualité équivalente?
Evaluer la qualité des systèmes respectifs est une autre question. Ce qui est certain, c’est qu’il existe entre les deux parties un processus constant de compétition entre innovation et contre-innovation. C’est précisément cette dynamique évoquée précédemment qui intéresse les Etats du Golfe.

A quoi ressemble cette dynamique d’innovation dans la guerre en Ukraine? Avez-vous des exemples?
Au départ, on a tenté de brouiller la liaison entre le drone et son opérateur. En réponse, des drones reliés par fibre optique ont été introduits, établissant une connexion physique entre l’appareil et le pilote. Plus récemment, on observe une montée en puissance des drones pilotés par intelligence artificielle, dont la liaison radio ne peut plus être perturbée, car ils se déplacent de manière partiellement autonome durant certaines phases de vol.

epa12875031 A handout photo made available by the press service of the 93rd 'Kholodnyi Yar' Separate Mechanized Brigade of the Ukrainian Armed Forces on 08 April 2026 shows a serviceman of t ...
Les pilotes de drones ne mettent pas directement leur vie en danger.Image: keystone

Et quelle est la seconde forme d’utilisation des drones?
Constatant que la guerre ne pouvait plus se décider sur la ligne de front, les deux camps cherchent à influencer son issue par des frappes stratégiques dans l’arrière-pays adverse. La Russie attaque les villes ukrainiennes avec des drones de longue portée d’inspiration iranienne. L’Ukraine, de son côté, tente d’affaiblir la Russie en visant son industrie d’armement et ses infrastructures énergétiques.

Comment l’Ukraine a-t-elle pu acquérir autant de savoir-faire en si peu de temps? Est-ce lié à la contrainte imposée par la guerre?
Oui, la guerre est le principal moteur de cette rapide innovation dans le domaine des drones militaires. Elle a créé un besoin urgent: l’Ukraine est un pays plus petit, avec une population inférieure à celle de la Russie. Au début du conflit, elle souffrait aussi d’un manque de systèmes d’armes plus conventionnels. Pour compenser ces désavantages, elle a dû chercher des solutions alternatives, à la fois peu coûteuses, efficaces et déployables en grand nombre.

«Aujourd’hui, tout un écosystème autour de la technologie des drones s’est développé en Ukraine»

Pouvez-vous préciser? A quoi ressemble cet écosystème?
Il repose sur une étroite collaboration entre l’Etat ukrainien, le secteur privé et les forces armées. L’Etat fixe le cadre et génère une forte demande. Le secteur privé — souvent de jeunes start-up dans le domaine des drones — répond à ce signal. Par ailleurs, les forces armées et les entreprises sont étroitement liées. Les nouvelles technologies, pas seulement les drones, sont testées sur le terrain. Les retours arrivent très rapidement auprès des fabricants, qui peuvent adapter leurs produits en quelques semaines et livrer des versions améliorées au front. C’est cela que l’on entend par cycles d’innovation rapides.

Que signifient les évolutions récentes de la guerre des drones pour la Suisse? Les systèmes Patriot sont-ils devenus inutiles? Faut-il davantage de drones?
Ils ne sont certainement pas inutiles: même dans le conflit avec l’Iran, des attaques ont été menées avec des avions de combat et des missiles balistiques. Les deux types de capacités restent nécessaires. Ce qui ne fonctionne pas, à mon sens, c’est de croire qu’il serait possible de «sauter des étapes». Autrement dit, d’adopter du jour au lendemain les technologies de drones les plus avancées.

«Le développement des capacités, y compris en matière de défense antidrones, doit être continu»

Pourquoi?
Dans un processus classique d’acquisition d’armement, on passe commande et, quelques années plus tard, l’équipement est livré. Or, avec la dynamique actuelle d’innovation dans les drones, ces systèmes seraient déjà obsolètes au moment de leur mise en service. Compte tenu de cette logique d’innovation et de contre-innovation, il me paraît judicieux de concevoir et de développer conjointement les technologies de drones et les moyens de s’en défendre, en pensant à la fois l’attaque et la défense. (trad. hun)

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source: reddit
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