Ils révèlent le secret des voitures électriques chinoises bon marché
Bruxelles campe sur ses positions protectionnistes. Pour contourner les droits de douane, les constructeurs chinois de voitures électriques devront se plier à la logique des prix minimums. Ceux qui continueront de proposer des modèles électriques à des tarifs jugés trop bas s’exposeront à des sanctions.
En toile de fond, il y a la crainte de la Commission européenne que des aides massives venues de Pékin permettent aux voitures chinoises d'être vendues à des prix bien trop avantageux par rapport à la concurrence.
Mais certains experts jugent ce raisonnement fallacieux, surtout si on se penche sur les prix réels de ces véhicules et qu'on les compare à ceux pratiqués en Chine.
Le bluff de la voiture bon marché
Ferdinand Dudenhöffer, le directeur du Center Automotive Research (CAR), tranche:
Bien au contraire, des marques chinoises comme BYD ou MG vendent leurs modèles chez nous comme des produits quasi premium.
Dans une étude, Dudenhöffer a mis en lumière l’ampleur du décalage. Les 13 modèles analysés coûtent en Chine, hors taxes, 14 936 euros en moyenne. En Europe, les concessionnaires réclament pour les mêmes voitures 32 573 euros en moyenne hors TVA, soit 118%: plus de deux fois plus cher.
Jusqu'à 154% plus cher en Suisse
Un constat similaire ressortait d’une comparaison de prix réalisée par la SRF. En octobre 2025, la chaîne helvétique écrivait:
La petite voiture électrique chinoise Leapmotor T03 est vendue l’équivalent de 6700 francs en Chine, contre 16 990 francs en Suisse (+154%), soit deux fois et demie son prix initial. Et ce, alors même que la Suisse, contrairement à l’UE, n’applique pas d'importants droits de douane sur les voitures électriques produites en Chine.
Pour Ferdinand Dudenhöffer, le mythe du dumping ne tient donc pas:
Les constructeurs chinois pourraient ainsi continuer d'exporter vers l'Europe, tout en réduisant drastiquement leurs prix actuels, et rester bien au-dessus des seuils minimaux envisagés par l’UE. Cette situation confortable serait aussi la raison pour laquelle Pékin accueille favorablement ces nouvelles lignes directrices.
Pourquoi est-ce si cher en Europe?
Il n'est toutefois pas prévu que des quantités astronomiques de voitures à bas prix déferlent en Europe. Pour l'instant, les groupes automobiles chinois s’abstiennent, notamment en raison des coûts élevés pour s'implanter sur le marché européen. L'expert explique:
Les vendeurs européens soulagés
Pour de nombreux concessionnaires européens, les marques chinoises sont devenues une véritable stratégie de survie. Les droits de douane appliqués ces dernières années ont durement frappé le secteur. Même des constructeurs européens produisant en Asie et qui importent ensuite leurs voitures électriques en Europe ont été pris dans la tourmente. Résultat, un chaos des prix et des clients déboussolés.
C’est pourquoi la branche automobile allemande voit d’un bon œil la nouvelle ligne directrice européenne sur les prix minimums. Elle y perçoit un instrument de stabilité et de visibilité, sans pour autant éliminer la concurrence.
Reste à savoir si ces prix planchers envisagés par l’UE permettront réellement d’apaiser le marché et de protéger l’industrie automobile européenne contre un dumping fantasmé, ou s’ils ne feront, au final, que maintenir artificiellement des prix élevés pour les automobilistes.
Traduit de l'allemand par Joel Espi

