Le guide Fodor's est connu notamment pour sa liste des destinations à éviter. Elle vise à mettre en lumière les lieux qui souffrent d’une popularité intenable. «Ces endroits sont populaires pour de bonnes raisons: ils sont magnifiques, intrigants et culturellement importants. Cependant, certaines de ces destinations touristiques très convoitées s’effondrent sous le poids de leur propre popularité», justifie le guide, qui a remis ça pour 2025.
Fodor's n'appelle pas pour autant au boycott, «qui nuit aux économies locales et n'apporte pas de changement significatif».
Des lieux où le tourisme de masse est en passe de rendre tout voyage intenable en passant par les destinations où les locaux ne veulent plus voir de touristes, aperçu des recommandations en 2025.
Comme le dit le guide, le surtourisme y entraîne une dégradation environnementale et culturelle majeure. L'île, qui a accueilli 5,3 millions de visiteurs internationaux en 2023, voit son infrastructure surchargée, ses plages recouvertes de déchets et ses écosystèmes fragilisés.
Les experts préviennent que, sans intervention rapide, des espaces naturels emblématiques pourraient disparaître. Par ailleurs, le surtourisme affecte aussi le quotidien des habitants. Flambée des prix, embouteillages, bruit... Les tensions grandissent face au manque de respect des touristes pour la culture locale.
Le guide consacre une liste dans la liste aux destinations européennes où vous risquez de vous prendre un coup de pistolet à eau (entre autres). Le surtourisme en Europe, relancé par un afflux de visiteurs en 2024 (+7,2% par rapport à 2019), suscite une vive opposition des habitants. Ce phénomène aggrave le coût de la vie, met sous pression les infrastructures et homogénéise la culture locale.
Face à cette situation, des manifestations éclatent un peu partout sur le Vieux Continent. A Barcelone, les habitants ont arrosé les touristes d'eau, tandis qu'aux Canaries et à Majorque, des pancartes affichaient «Votre luxe, notre misère».
Et le prix des logements explose, comme à Lisbonne, où 60% des habitations servent désormais à la location touristique. Barcelone, avec plus de 10 000 appartements touristiques, a vu ses loyers augmenter de 68% en dix ans. La ville s'est engagée à révoquer toutes les licences de locations touristiques d'ici 2028, «insuffisant» pour les habitants.
Lisbonne et Barcelone ne sont pas des cas isolés: Amsterdam a interdit l'amarrage des paquebots de croisière, réduisant les croisières fluviales de 50% d'ici 2028 et interdisant la construction de nouveaux hôtels.
L'île thaïlandaise est au bord de l'implosion touristique. Déjà revenue à son niveau de fréquentation pré-pandémique avec 3,4 millions de touristes en 2023, l'île s'attend à une hausse de 10 à 20% en 2024. L’arrivée de la série The White Lotus en 2025 pourrait accentuer cet afflux, comme ce fut le cas pour la Sicile.
Les déchets et les eaux usées sont les principaux points de blocage. Chaque jour, l’île produit 200 tonnes de déchets, mais ne parvient à en exporter que 60 tonnes vers le continent. Par ailleurs, les eaux usées sont directement rejetées dans la mer, ce qui pollue gravement les écosystèmes marins, et l’urbanisation non contrôlée aggrave la situation.
Citons encore les flancs des montagnes, déboisés pour construire des villas illégales et des complexes hôteliers. Les autorités locales peinent à contrôler ces constructions à cause de l’ingérence politique. La déforestation augmente les risques de glissements de terrain et met en danger la faune et la flore locales.
Le mont Everest est au cœur d’une crise de surtourisme. Autrefois réservée aux alpinistes expérimentés, l'ascension est désormais accessible à quiconque peut payer un porteur local, même sans expérience de la montagne. Cette accessibilité a entraîné un afflux massif de touristes, qui ont doublé en 25 ans pour atteindre 58 000 visiteurs par an. Les villages le long du trek du camp de base se sont transformés en hôtels et maisons d'hôtes, modifiant radicalement le paysage et la culture locale.
Le principal problème reste la gestion des déchets. Les visiteurs et les travailleurs produisent environ 800 kg de déchets par jour en haute saison. Sur les pentes, 30 tonnes de détritus et d'excréments humains stagnent. Les infrastructures de traitement des déchets et des eaux usées sont inexistantes, poussant les autorités et les locaux à brûler les déchets ou à les enterrer. Les sources d'eau potable se retrouvent contaminées, et les heures de survol en hélicoptère augmentent les nuisances pour les villages.
Face à cette crise, les ONG locales appellent le gouvernement népalais à limiter les visiteurs. Le Département du Tourisme s’oppose à cette idée, préférant maximiser les recettes touristiques. En 2023, un record de 487 permis d'ascension de l’Everest a été délivré.
La ville d'Agrigente, en Sicile, fait face à une grave crise de l'eau alors qu'elle se prépare à devenir la Capitale italienne de la culture en 2025. Le réseau d'aqueducs vétustes, combiné à la sécheresse la plus intense depuis 30 ans, a conduit les autorités à déclarer l'état d'urgence hydrique jusqu'à la fin de l'année. Un manque qui aussi les hôtels, qui doivent parfois limiter leurs réservations faute de pouvoir fournir des douches ou des toilettes fonctionnelles.
Avec la Capitale de la culture 2025, Agrigente espère attirer un afflux de visiteurs, mais les experts craignent que cet afflux exerce une pression supplémentaire sur le réseau d'eau déjà fragile. Certains hôtels ont investi dans des réservoirs d'eau, mais beaucoup de petits établissements n'ont pas les moyens de suivre.
Le boom des croisières post-pandémie a fait exploser le nombre de visiteurs aux Iles Vierges britanniques (BVI), atteignant un record de 683 000 touristes au premier semestre 2024 (+17% par rapport à 2023). Mais 72% de ces visiteurs ne restent que quelques heures, dépensant peu sur place, au grand dam des commerçants et restaurateurs locaux.
En parallèle, les infrastructures peinent à suivre. Endommagée par l'ouragan Irma en 2017, la station d'épuration n'a rouvert qu'en 2024, après des années de rejet d'eaux usées dans l'océan. Les récifs coralliens ne sont pas en reste. Fragilisés par le réchauffement climatique, ils subissent l'impact des ancrages de bateaux et des crèmes solaires. Face à l'inaction, les défenseurs de l’environnement tirent la sonnette d’alarme.
Avec plus de 22 millions de visiteurs en 2023, le tourisme pèse lourd dans l'économie locale, mais les conséquences écologiques sont alarmantes. Des glissements de terrain, comme ceux de Mundakkai et Chooralmala qui ont fait plus de 400 morts en 2024, sont exacerbés par un développement anarchique dans des zones sensibles.
@r.rptravels i can’t tell what’s better…kerala’s food or its nature 💚#india #kerala #travel #travelindia #mallu ♬
Le lac Vembanad, joyau des backwaters, illustre la dérive. Ce site Ramsar, victime de constructions illégales et de la prolifération des houseboats, subit une pollution massive due aux rejets d’eaux usées et de carburant. La biodiversité s'effondre, mettant en danger la subsistance de huit millions de riverains. Malgré des lois imposant des bio-toilettes sur les houseboats, le manque de contrôle laisse la pollution se poursuivre.
Malgré sa gestion chaotique, le Kerala reste une destination recommandée par les guides touristiques. Pour preuve, la région figure dans le top 10 des lieux à voir en 2025 selon Le Routard.
Le Japon fait face au «Kankō kōgai» (pollution touristique) avec des sites emblématiques de Kyoto et Tokyo pris d'assaut par des foules record de visiteurs étrangers, attirés par un yen faible. Malgré des mesures comme des caméras de congestion, des hausses tarifaires et des arrêts de bus séparés pour touristes, la surfréquentation persiste, étouffant l’expérience des visiteurs et des locaux. Sans parler du manque criant de respect de certains touristes.
Les prix explosent, des hôtels aux marchés emblématiques comme Nishiki à Kyoto ou Tsukiji à Tokyo, où les étals s'adaptent aux goûts des touristes au détriment des locaux. Face à cette pression, le Japon tente de rediriger les visiteurs vers des destinations moins populaires, comme Hokkaido ou Yamagata, mais l'équilibre entre tourisme et qualité de vie locale reste fragile.