Les Jeux paralympiques d’hiver sont mal programmés
Les Jeux paralympiques de Milan-Cortina se sont achevés dimanche, après dix journées de compétitions disputées dans une relative indifférence.
Seuls certains matchs de para-hockey – comme la finale Etats-Unis-Canada ou les rencontres de l'talie, qui ont fait vibrer le public milanais au son de Tutta l’Italia – et les épreuves de para-ski sur la Tofane de Cortina ont réellement attiré les foules. Sans doute que les gradins auraient été moins clairsemés ailleurs si les compétitions n’avaient pas été dispersées sur trois sites.
Sur le plan médiatique, la chaîne NBC a été critiquée aux Etats-Unis pour sa couverture jugée décevante, tandis qu'en Italie, la ministre chargée du handicap, Alessandra Locatelli, a exprimé sa déception envers la presse transalpine.
Finalement, ces Jeux paralympiques de Milan-Cortina 2026 ont calqué leur rythme sur celui d’une cérémonie d’ouverture ratée. Certes, la soirée a été saluée à l’international pour son audace artistique et son engagement en faveur de l’inclusion. Mais elle a également été extrêmement courte et marquée par l’absence des principaux protagonistes. Entre les boycotts et les contraintes liées au calendrier, à peine une quarantaine de para-athlètes issus de 28 comités ont défilé à Vérone. Ridicule.
Il est bien sûr impossible de comparer les Jeux d’hiver, intimistes, avec ceux d’été, plus puissants. Cependant, on ne peut s’empêcher de se souvenir de l’édition de Paris 2024, qui avait débuté en fête sur la place de la Concorde par un joyeux défilé, devant des volontaires dansant au rythme d’anciens tubes. La délégation suisse était apparue, sourire aux lèvres, sur Spacer de Sheila.
Le ton avait été donné, et Paris avait ensuite largement réussi ses Jeux. Les sessions de para-athlétisme en soirée, dans l'imposant Stade de France, affichaient presque toutes complet, à l'instar de celles de para-natation. Les rues de la capitale française étaient également noires de monde lors des épreuves de para-triathlon, tandis que le stade de cécifoot, installé au pied de la Tour Eiffel, était «the place to be».
Le fait que les Jeux paralympiques de Paris se soient déroulés quinze jours après les Jeux olympiques, comme le veut la tradition, avait été bénéfique pour le handisport. A l’époque, les Parisiens ne demandaient qu’à prolonger, durant la rentrée de septembre, la magie olympique qui avait imprégné la ville pendant l’été. Ils tenaient à réentendre l’hymne Parade de Victor Le Masne et le fameux Que je t’aime qui avait rythmé leur été.
Ceux qui n’avaient pas obtenu de billets pour les JO souhaitaient également découvrir les sites de compétition avant que tout ne s’arrête. Certes, l’engouement avait surtout été national plutôt qu’international. Mais qu’importe, puisque, de l’aveu de beaucoup, ces Jeux paralympiques ont été les meilleurs de l’histoire.
Difficile d’en dire autant pour ceux de Milan-Cortina, et le calendrier en est l’une des raisons.
Quand le point d'orgue de l'hiver, à savoir les Jeux olympiques ou les Championnats du monde les autres années, se termine, c'est toute une saison qui s'achève. Bien sûr, il reste encore quelques courses de Coupe du monde à disputer, mais elles ont souvent lieu dans des contrées atypiques. Le ski alpin s'en va ainsi à Kvitfjell, tandis que le biathlon s'exile parfois en Amérique du Nord. Adieu les grandes classiques, hormis celle d'Holmenkollen.
La plupart du temps, le suspense pour les globes s’est aussi déjà envolé, tandis que les conditions de neige ne sont plus au rendez-vous. Les courses de biathlon du week-end à Otepää, en Estonie, ont laissé transparaître un pas de tir totalement vert. Les skieurs alpins, eux, essuient régulièrement des annulations de fin de saison.
Bref, le printemps s’installe, les terrasses se remplissent, et le Cirque blanc n’occupe plus les esprits. Pendant ce temps, d’autres sports prennent progressivement le relais, encore plus en Italie, terre de cyclisme, de sports mécaniques et de football.
La Botte a vibré ces derniers jours pour Tirreno-Adriatico, les Strade Bianche, son écurie Ferrari en embuscade derrière Mercedes en ce début de saison de Formule 1, ainsi que pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions. Dans ce contexte, les Jeux paralympiques ont été largement relégués au second plan.
Sans doute auraient-ils eu plus d’impact s’ils avaient eu lieu avant les Jeux olympiques, c'est-à-dire en janvier, au cœur de l’hiver, quand le ski bat son plein et suscite le plus d’intérêt. C'est à cette période qu'ils devraient toujours se tenir.
Une telle programmation aurait d'ailleurs évité aux para-fondeurs de se mesurer sur un ruban de neige abîmé, serpentant au milieu des prairies vertes. Bref, une piste indigne des Jeux paralympiques, mais tellement normale pour les conditions printanières de la mi-mars.
