Avec l'expérience, Christian Constantin a appris à soigner ses entrées aussi bien que les sorties de ses entraîneurs. Il est déjà apparu au gala du FC Sion sur une Harley-Davidson (2013) ou sur un pur-sang, déguisé en Napoléon (2015). Cette fois, «CC» a fait encore plus fort puisqu'il a carrément posé son hélico sur le terrain d'un adversaire, et sur une pelouse que le club recevant avait pourtant bichonnée: d’importants travaux avaient en effet été réalisés par Delémont au printemps dernier. Pour ce match de Coupe, le jardinier avait même pris soin de tondre à 2,8 cm, de sorte à ce que les footballeurs bénéficient de conditions de jeu idéales.
Au final, c’est donc «CC» qui a profité du billard jurassien en premier samedi soir. Le président a voyagé en hélico du Valais jusqu’à Delémont. Il s’est ensuite posé comme une fleur sur la pelouse de la Blancherie, mais pas n'importe quand: il est arrivé au moment même où les joueurs jurassiens prenaient leurs repères sur le gazon comme ils en ont l’habitude (les footballeurs des deux équipes se rendent sur la pelouse avant chaque partie pour inspecter le terrain et trouver leurs marques).
Il faut donc imaginer des joueurs de 3e division surmotivés à l’idée de renverser un adversaire de Super League bien plus fort sur le papier, et qui soudain voient le président adverse poser sa machine dans le plus grand des calmes sur leur propre terrain.
Il n’est pas question ici de reprocher quoi que ce soit à Christian Constantin. S’il a posé son appareil dans le stade, c’est que le patron du FC Sion en a eu le droit, et il est peu probable que son pilote ait calculé l’heure d’atterrissage de sorte à ce que celle-ci coïncide avec l’apparition des joueurs jurassiens sur la pelouse. Mais cette arrivée n’est pas à sous-estimer non plus.
La première chose en effet que les professionnels des sports collectifs voient de leurs adversaires, c’est le moyen de transport avec lequel ils voyagent. Bien avant de croiser leurs regards, bien avant de les défier sur le terrain, un match se joue sur le parking, et c’est à quelle équipe en imposera le plus (pour caricaturer, imaginez l’effet que le Real Madrid produirait sur ses rivaux si ses joueurs se rendaient au stade en trottinette électrique).
Cette première impression ne donne certes aucun avantage au tableau d’affichage, mais elle est le marqueur d’un statut et, en ce sens, permet d’envoyer un message aux adversaires, de prendre un ascendant psychologique (c’est aussi pour cette raison que les clubs de football impriment leur palmarès sur la carrosserie).
En 2017, on avait assisté à ce phénomène en direct: les stars de Voléro Zurich avaient dû garer leur bus près d’une station service, le véhicule étant bien trop imposant pour le parking de la salle de sport qui les accueillait. Tout le monde avait compris ce jour-là que le club star du volley féminin était, au sens propre du terme, plus grand que le championnat dans lequel il évoluait. Voléro s’était d'ailleurs imposé 3-0 face à des adversaires médusées.
Si l'on revient au football, on peut penser que les footballeurs de Delémont n’ont pas été déstabilisés par l’apparition théâtrale de «CC» samedi. Mais il est tout aussi certain que cette manière de procéder leur a fait bizarre (comme à nous), et qu'ils auraient préféré rester maîtres de leur terrain avant un rendez-vous aussi important, qu'ils ont fini par perdre aux tirs au but (1-1, 1-4).