Patrick Fischer ne doit pas être réintégré
Le licenciement de Patrick Fischer a suscité une vive indignation ces derniers jours. Une pétition a même été lancée pour demander sa réintégration. Plus de 250 000 personnes l’ont signée en un temps très rapide.
Bon nombre des signataires se montraient, à l’époque, sceptiques à l’égard de la politique sanitaire de la Confédération et de la vaccination contre le Covid. Ils jugent aujourd’hui la décision de la Fédération suisse de hockey sur glace excessive et injustifiée. Un aspect essentiel est toutefois oublié.
Patrick Fischer n’a pas été écarté pour avoir été réticent ou opposé à la vaccination. Personne ne l’obligeait à recevoir le vaccin. Aucune obligation n’existait, et il aurait pu participer aux Jeux olympiques de 2022 même sans être vacciné, comme l’a montré la snowboardeuse suisse Patrizia Kummer. Celle-ci avait accepté volontairement une quarantaine de trois semaines et a récemment déclaré qu’elle referait le même choix.
Fischer a surtout menti à son équipe, à ses adversaires, au public et même à la Chine, pays hôte qui appliquait alors une politique Covid particulièrement stricte, cela alors qu’il ne cessait d’exiger de ses joueurs qu’ils subordonnent tout à l’équipe et qu’ils forment une véritable famille. Fischer avait d'ailleurs sanctionné Lian Bichsel, estimant que le défenseur n’avait pas respecté ce principe. Bichsel avait refusé en 2023 une convocation pour le Championnat du monde U20 afin de se concentrer sur sa situation en club après un changement d’équipe. Cela lui a valu une longue suspension.
Le désormais ex-sélectionneur a imposé des règles alors qu’il n’a pas respecté celles qu'il devait suivre. S’il s’y était conformé, il se serait soit fait vacciner, soit soumis à une quarantaine. Or il a choisi de tricher. Et c’est précisément parce qu’il donnait l’impression de se sentir moralement supérieur qu’il a perdu toute crédibilité. Quiconque impose des règles aux joueurs sans en respecter lui-même n’est pas apte à diriger. Patrick Fischer est apparu comme un hypocrite. Et même s’il reçoit encore le soutien des stars suisses de la NHL, il n’est pas dit que tout le groupe le suive encore.
La situation a été aggravée par les circonstances de ses aveux. Il aurait pu être pardonné s’il avait reconnu de lui-même son erreur et exprimé des regrets sincères. Or il ne l’a fait que parce que la SRF s’apprêtait à révéler l’affaire avant lui.
De plus, le mensonge ne s’est pas limité aux faits. Lorsqu’il a évoqué son certificat Covid falsifié, Fischer a tenu une autre contre-vérité. «En dehors de cet incident, j’ai toujours respecté le droit en vigueur», a-t-il déclaré, alors même que l’ordonnance pénale relative à son infraction liée au Covid indique qu’il se trouvait alors en sursis.
En 2020, Patrick Fischer avait été condamné à une peine pécuniaire avec sursis (25 jours-amende à 440 francs) pour une infraction routière. Il aurait dû s’attendre à ce que cette information finisse par être rendue publique. Pourtant, il a de nouveau menti. Il semble avoir sous-estimé les conséquences, comme lorsqu’il a évoqué spontanément son mensonge lié au Covid devant deux journalistes de la SRF lors d’un déjeuner.
Fischer a également trompé les personnes qui, comme lui, avaient choisi de ne pas se faire vacciner et qui ne pouvaient pas participer pleinement à la vie publique.
Le soutien de nombreux opposants à la vaccination, exprimé au moyen de cette pétition, peut sembler logique au premier abord. Pourtant, Patrick Fischer les a également trompés. Alors que beaucoup d’entre eux souffraient de ne pas pouvoir prendre pleinement part à la vie publique, lui a choisi la solution de facilité. Le fait qu’une personnalité estime ne pas devoir respecter les règles suscite habituellement l’indignation. Or ici, cela provoque des applaudissements. Cela est difficilement compréhensible.
Les signataires doivent reconnaître que Patrick Fischer, qui jouissait jusqu’ici d’une grande sympathie en Suisse, a agi dans cette affaire de manière tout sauf sincère. Cela est incompatible avec la fonction de sélectionneur national.
