On a retrouvé le bouc émissaire de Fribourg-Gottéron
Il était l’un des meilleurs gardiens de son époque. Mais le 16 juillet 1950, lors du dernier match de la Coupe du monde, Moacyr Barbosa encaisse deux buts dans le stade du Maracanã à Rio, construit spécialement pour l’événement, devant plus de 200 000 spectateurs. Le Brésil s’incline 1-2 face à l’Uruguay, qui décroche le titre mondial. Le pays sombre alors dans une profonde dépression. Une tragédie nationale.
Le gardien Moacyr Barbosa devient le bouc émissaire. Il confiera un jour:
Une figure de Gottéron rappelle Moacyr Barbosa. Dans les années 90, les Dragons ont perdu la finale des play-offs trois fois de suite (1992, 1993 et 1994). Le bouc émissaire porte un nom: Dino Stecher. L’un des meilleurs gardiens de son époque a lui aussi été condamné à une forme de «perpétuité», une sanction avec laquelle il a depuis longtemps fait la paix. Pour preuve, en cas de 6e match à la BCF Arena le 28 avril prochain, Dino Stecher sera dans les tribunes.
«Je le vois comme ça: c’est grâce à moi que nous avons atteint la finale à trois reprises, et pas à cause de moi que nous l’avons perdue trois fois», dit-il, d'un air détaché.
Dino Stecher reconnaît toutefois qu’à l’époque, il n’avait pas pris les choses de la même manière:
On a rarement vu, dans le hockey moderne, un joueur être ainsi enfermé dans le rôle de bouc émissaire. Dino Stecher se souvient:
C’est ainsi qu’à l’été 1994, il rejoint le ZSC – qui ne s’appelait pas encore les ZSC Lions. Non sans une part de manœuvre habile en coulisses: «Le président m’a dit: "D’accord, on met fin au contrat. Mais il nous faut une bonne raison. Tu dois expliquer que tu pars à cause de l’entraîneur". J’ai refusé de donner cette explication».
Le gardien a ainsi quitté Fribourg par la petite porte, sept ans après une arrivée relativement inattendue. Dino Stecher ne devait pas jouer à Gottéron puisqu'il s’était déjà engagé avec Lugano. Mais le président fribourgeois de l’époque, Jean Martinet, était venu le chercher en hélicoptère pour des négociations. Le jeune homme, impressionné, avait finalement changé ses plans et rejoint le HCFG.
L’entraîneur s’appelait Paul-André Cadieux. Quand Dino Stecher évoque cette période, une chose transparaît clairement: il appréciait son coach. «"Pole" n’était pas un grand psychologue. Mais c’était une autre époque.» Ce qui lui manquait en finesse, il le compensait largement par l’exemple et la passion. «Et il a toujours été honnête et direct.»
«Cadieux ne pouvait pas faire autrement»
Mais comment expliquer qu’un entraîneur ne soit jamais remis en question après trois finales perdues d’affilée? Sans doute parce que Paul-André Cadieux, décédé à l’automne 2024 à l’âge de 77 ans, était une véritable icône du hockey suisse. Sa légende s’était construite à Berne, où il avait remporté quatre titres en tant qu’entraîneur-joueur. A Fribourg, ville épiscopale, un jeu de mots circulait: «On pense Cadieux». Une formule inspirée du «On ne pense qu’à Dieu».
Dino Stecher estime que le problème tenait à une orientation résolument offensive. Une philosophie largement dictée par Slava Bykov et Andrej Khomutov. Ces deux attaquants soviétiques, parmi les meilleurs du monde, ont enflammé la ligue dès l’automne 1990, tournant à leurs meilleures périodes à près de deux points par match. Tous deux ont depuis été naturalisés et vivent dans le canton de Fribourg.
«Paul-André est encore aujourd’hui le seul entraîneur de notre hockey à avoir voulu gagner un titre avec un jeu purement offensif. Ce n’est tout simplement pas possible. Les championnats se gagnent par la défense. Mais il ne pouvait pas faire autrement: nous avions deux des meilleurs attaquants du monde dans l’équipe…», avance Dino Stecher.
Un match résume à lui seul cette folie offensive, et vaut à Stecher un record unique: il reste à ce jour le seul gardien à avoir encaissé huit buts tout en remportant une rencontre de play-offs. Le 2 mars 1991, Gottéron s’impose 8-9 lors du quatrième quart de finale à Ambri (4-5, 1-2, 3-2). Le président Jean Martinet vit la fin de rencontre accroupi dans la tribune de presse, incapable de regarder davantage son gardien encaisser but sur but. Après le 8-7, les chronométreurs d’Ambri laissent même filer quelques secondes à chaque arrêt de jeu, tentant de préserver leur avantage jusqu’au bout.
Ces souvenirs, Dino Stecher les évoque alors que nous sommes assis au restaurant du Campus Perspektiven, où évolue le finaliste de la MyHockey League (Hockey Huttwil). Notre interlocuteur dirige les lieux depuis plusieurs années. Après des passages mouvementés comme entraîneur et assistant à Bienne, Olten et Bâle, il semble enfin avoir trouvé sa place.
