Sport
Hockey sur glace

Hockey: on a retrouvé Dino Stecher (Fribourg-Gottéron)

L’ancien gardien de Fribourg, Dino Stecher, dans «sa» patinoire de Huttwil.
L’ancien gardien de Fribourg, Dino Stecher, dans «sa» patinoire de Huttwil.Image: klaus zaugg

On a retrouvé le bouc émissaire de Fribourg-Gottéron

Dino Stecher (62 ans) continue de porter le poids des trois défaites consécutives des Dragons en finale. Rencontre avec un gardien au destin tourmenté.
22.04.2026, 05:2922.04.2026, 05:29
Klaus Zaugg
Klaus Zaugg

Il était l’un des meilleurs gardiens de son époque. Mais le 16 juillet 1950, lors du dernier match de la Coupe du monde, Moacyr Barbosa encaisse deux buts dans le stade du Maracanã à Rio, construit spécialement pour l’événement, devant plus de 200 000 spectateurs. Le Brésil s’incline 1-2 face à l’Uruguay, qui décroche le titre mondial. Le pays sombre alors dans une profonde dépression. Une tragédie nationale.

Le gardien Moacyr Barbosa devient le bouc émissaire. Il confiera un jour:

«Pour un meurtre, on est gracié après vingt ans. Moi, j’ai écopé de la perpétuité»
Moacyr Barbosa
Fussball, WM 1950, Finale, Uruguay - Brasilien 2:1, Maracana Stadion, Rio de Janeiro, 16.07.1950
Alcides GHIGGIA (URU, nicht im Bild) erzielt das 2:1 gegen Torwart Moacyr BARBOSA (BRA)
Moacyr Barbosa a encaissé le but du 2-1 lors de la finale du Mondial 1950.Image: fotogloria

Une figure de Gottéron rappelle Moacyr Barbosa. Dans les années 90, les Dragons ont perdu la finale des play-offs trois fois de suite (1992, 1993 et 1994). Le bouc émissaire porte un nom: Dino Stecher. L’un des meilleurs gardiens de son époque a lui aussi été condamné à une forme de «perpétuité», une sanction avec laquelle il a depuis longtemps fait la paix. Pour preuve, en cas de 6e match à la BCF Arena le 28 avril prochain, Dino Stecher sera dans les tribunes.

«Je le vois comme ça: c’est grâce à moi que nous avons atteint la finale à trois reprises, et pas à cause de moi que nous l’avons perdue trois fois», dit-il, d'un air détaché.

Goalie Dino Stecher, HC Fribourg-Gotteron, abgeschirmt von zwei seiner Verteidigern, haelt den Puck sicher unter Kontrolle, aufgenommen im April 1992 in einem Plyoff Finalspiel gegen den SC Bern im Al ...
Stecher a atteint la finale trois fois.Image: KEYSTONE

Dino Stecher reconnaît toutefois qu’à l’époque, il n’avait pas pris les choses de la même manière:

«La première finale, en 1992 contre Berne, c’était avant tout l’apothéose de la saison, une immense fête. Le fait de ne pas avoir décroché le titre comptait finalement peu. Un an plus tard, lors de la deuxième finale contre Kloten, c’était vraiment autre chose: les attentes étaient élevées, et la déception d’autant plus grande.»
«Lors de la troisième finale, en 1994, à nouveau face à Kloten, nous n’avions aucune chance. J’étais déjà désigné comme bouc émissaire. C’était comme si tout le monde s’attendait à la défaite. Comme on savait déjà que j’en porterais la responsabilité, cela semblait intéresser personne.»

On a rarement vu, dans le hockey moderne, un joueur être ainsi enfermé dans le rôle de bouc émissaire. Dino Stecher se souvient:

«A un moment, je n’en pouvais plus. Dans ces conditions, je n’avais plus d’avenir à Gottéron. Je suis allé voir le président pour lui demander de résilier mon contrat de manière anticipée, alors qu’il courait encore sur une saison.»

C’est ainsi qu’à l’été 1994, il rejoint le ZSC – qui ne s’appelait pas encore les ZSC Lions. Non sans une part de manœuvre habile en coulisses: «Le président m’a dit: "D’accord, on met fin au contrat. Mais il nous faut une bonne raison. Tu dois expliquer que tu pars à cause de l’entraîneur". J’ai refusé de donner cette explication».

Dino Stecher aujourd'hui.
Dino Stecher aujourd'hui.Image: klaus zaugg

Le gardien a ainsi quitté Fribourg par la petite porte, sept ans après une arrivée relativement inattendue. Dino Stecher ne devait pas jouer à Gottéron puisqu'il s’était déjà engagé avec Lugano. Mais le président fribourgeois de l’époque, Jean Martinet, était venu le chercher en hélicoptère pour des négociations. Le jeune homme, impressionné, avait finalement changé ses plans et rejoint le HCFG.

L’entraîneur s’appelait Paul-André Cadieux. Quand Dino Stecher évoque cette période, une chose transparaît clairement: il appréciait son coach. «"Pole" n’était pas un grand psychologue. Mais c’était une autre époque.» Ce qui lui manquait en finesse, il le compensait largement par l’exemple et la passion. «Et il a toujours été honnête et direct.»

«Cadieux ne pouvait pas faire autrement»

Mais comment expliquer qu’un entraîneur ne soit jamais remis en question après trois finales perdues d’affilée? Sans doute parce que Paul-André Cadieux, décédé à l’automne 2024 à l’âge de 77 ans, était une véritable icône du hockey suisse. Sa légende s’était construite à Berne, où il avait remporté quatre titres en tant qu’entraîneur-joueur. A Fribourg, ville épiscopale, un jeu de mots circulait: «On pense Cadieux». Une formule inspirée du «On ne pense qu’à Dieu».

Dino Stecher estime que le problème tenait à une orientation résolument offensive. Une philosophie largement dictée par Slava Bykov et Andrej Khomutov. Ces deux attaquants soviétiques, parmi les meilleurs du monde, ont enflammé la ligue dès l’automne 1990, tournant à leurs meilleures périodes à près de deux points par match. Tous deux ont depuis été naturalisés et vivent dans le canton de Fribourg.

«Paul-André est encore aujourd’hui le seul entraîneur de notre hockey à avoir voulu gagner un titre avec un jeu purement offensif. Ce n’est tout simplement pas possible. Les championnats se gagnent par la défense. Mais il ne pouvait pas faire autrement: nous avions deux des meilleurs attaquants du monde dans l’équipe…», avance Dino Stecher.

Freiburg-Goalie Dino Stecher in Aktion, aufgenommen am 9. Oktober 1993 in Lugano beim Nationalliga A Eishockeyspiel HC Lugano gegen den SC Freiburg. (KEYSTONE/Str)
Stecher est resté à Fribourg jusqu'en 1994.Image: KEYSTONE

Un match résume à lui seul cette folie offensive, et vaut à Stecher un record unique: il reste à ce jour le seul gardien à avoir encaissé huit buts tout en remportant une rencontre de play-offs. Le 2 mars 1991, Gottéron s’impose 8-9 lors du quatrième quart de finale à Ambri (4-5, 1-2, 3-2). Le président Jean Martinet vit la fin de rencontre accroupi dans la tribune de presse, incapable de regarder davantage son gardien encaisser but sur but. Après le 8-7, les chronométreurs d’Ambri laissent même filer quelques secondes à chaque arrêt de jeu, tentant de préserver leur avantage jusqu’au bout.

Ces souvenirs, Dino Stecher les évoque alors que nous sommes assis au restaurant du Campus Perspektiven, où évolue le finaliste de la MyHockey League (Hockey Huttwil). Notre interlocuteur dirige les lieux depuis plusieurs années. Après des passages mouvementés comme entraîneur et assistant à Bienne, Olten et Bâle, il semble enfin avoir trouvé sa place.

Plus d'articles sur le sport
Comment le FC Lugano est devenu un grand prétendant au titre
Comment le FC Lugano est devenu un grand prétendant au titre
de Timo Rizzi
Drones, caméras embarquées: l’aviron fait sa révolution
1
Drones, caméras embarquées: l’aviron fait sa révolution
de Julien Caloz
Ce triathlon suisse prépare «une première mondiale»
Ce triathlon suisse prépare «une première mondiale»
de Tobias Gfeller
Ce célèbre consultant romand a une méthode étonnante pour bosser sa diction
1
Ce célèbre consultant romand a une méthode étonnante pour bosser sa diction
de Yoann Graber
Le sport suisse pourrait perdre beaucoup d'argent
1
Le sport suisse pourrait perdre beaucoup d'argent
de Rainer Sommerhalder
Alcaraz change un détail de sa tenue pour une raison insolite
Alcaraz change un détail de sa tenue pour une raison insolite
En hausse, les paris questionnent «l'intégrité» de la lutte suisse
En hausse, les paris questionnent «l'intégrité» de la lutte suisse
de Martin Probst
Le crack du FC Sion pourrait voler un record à Servette
Le crack du FC Sion pourrait voler un record à Servette
de Romuald Cachod
Le FC Lugano a trouvé une astuce pour contourner une mesure des CFF
Le FC Lugano a trouvé une astuce pour contourner une mesure des CFF
de Gregory Remez
Ce golf romand a une astuce pour garder ses greens verts
Ce golf romand a une astuce pour garder ses greens verts
de Julien Caloz
Ce Romand a trouvé un moyen radical pour supporter la chaleur
Ce Romand a trouvé un moyen radical pour supporter la chaleur
de Julien Caloz
Ce transfert inattendu laisse Xherdan Shaqiri bien seul à Bâle
Ce transfert inattendu laisse Xherdan Shaqiri bien seul à Bâle
de Céline Feller
Ce trail romand a trouvé un concept qui fait un carton
Ce trail romand a trouvé un concept qui fait un carton
de Julien Caloz
«Pour diriger Gottéron, j'ai dû me calmer dans les tribunes»
«Pour diriger Gottéron, j'ai dû me calmer dans les tribunes»
de Yoann Graber
La Swiss League pourrait vivre une grande révolution
1
La Swiss League pourrait vivre une grande révolution
de Klaus Zaugg
«On a refusé d'inviter Swiatek»: le plus grand tournoi de Suisse a 10 ans
«On a refusé d'inviter Swiatek»: le plus grand tournoi de Suisse a 10 ans
de Yoann Graber
Romano veut jouer pour l’Italie, mais il reste un obstacle
Romano veut jouer pour l’Italie, mais il reste un obstacle
de Julien Caloz
La lutte suisse se bat pour ne pas tomber dans les travers du foot
La lutte suisse se bat pour ne pas tomber dans les travers du foot
de Martin probst et Marcel Kuchta
Servette sur le point de réaliser le casse du siècle
1
Servette sur le point de réaliser le casse du siècle
de Romuald Cachod
Le classement Kassensturz des vinaigres balsamiques
1 / 5
Le classement Kassensturz des vinaigres balsamiques

1re place: le vinaigre balsmique Ponti de Migros

Note: 5,1/6

Prix par 100ml: 1.80.-

source: screenshot migros
partager sur Facebookpartager sur X
Le futur Premier ministre hongrois se moque de Viktor Orbán
Video: watson
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Cette star de la moto suisse rêve d'un dernier coup d'éclat
Dominique Aegerter (36 ans) n’est plus qu’un pilote de fond de grille en championnat du monde Supersport. Mais cela pourrait bientôt changer.
Au milieu des années 2010, Dominique Aegerter comptait encore parmi les sportifs suisses les plus populaires. Vainqueur du Grand Prix d’Allemagne en Moto2 et rival de Tom Lüthi, il faisait le spectacle dans le paddock des Grands Prix. Après la fin de son aventure en GP, il est parvenu à prolonger sa carrière à partir de 2021 sur la scène du Superbike. Il a remporté le championnat du monde Supersport en 2021 et 2022 et, dans la foulée, également la «Coupe du monde des tondeuses à gazon» en 2022, autrement dit la Coupe du monde des motos électriques.
L’article