Les fans du FC Saint-Gall poussent les paysans à bout
En voyageant en train à travers la Suisse orientale, on aperçoit régulièrement des façades de maisons, des piliers de ponts ou d’autres structures taguées en vert et blanc. Les lignes ferroviaires semblent particulièrement prisées des supporters du FC Saint-Gall et de leurs bonbonnes.
Plusieurs granges et façades arborent – bien malgré elles – de grandes lettres vertes et blanches, les couleurs de l'adversaire d'Yverdon Sport, ce dimanche (15h00) en demi-finale de la Coupe de Suisse.
Un agriculteur concerné par ce vandalisme a contacté le Sankt Galler Tagblatt, média qui appartient au même groupe que watson (CH Media). Par crainte de représailles, il souhaite rester anonyme.
Pour lui, la situation est plus que pénible, car les fans saint-gallois ne laissent pas seulement de la peinture sur les murs:
L’agriculteur a porté plainte auprès de la police, mais rien ne s’est encore produit.
De la peinture sur des poules
Cet agriculteur du Fürstenland n’est pas un cas isolé. On a identifié une douzaine d’autres exploitants confrontés aux graffitis des supporters de football. Un agriculteur du canton de Thurgovie affirme avoir même retrouvé de la peinture verte sur des poules élevées en plein air. Plusieurs agriculteurs concernés en ont désormais assez et ne veulent plus rester passifs. L'un d'eux menace:
Stefan Rohrer, de l’Union des paysans saint-gallois, connaît le problème. La question a déjà été abordée au sein de l’organisation. Les agriculteurs concernés sont invités à prendre contact avec l’association afin de trouver une solution commune.
Le fléau des autocollants
Mais les exploitations agricoles ne sont pas les seules touchées: les façades d’entreprises sont elles aussi régulièrement recouvertes de peinture. Plusieurs entrepreneurs expriment leur colère: «Nous sommes sponsors du FC St-Gall depuis des années. Mais devoir constamment nettoyer nos façades et gratter des autocollants nous amène à nous demander si nous voulons continuer à soutenir le club», écrit une entreprise basée à Saint-Gall. Les autocollants, omniprésents, sont particulièrement pointés du doigt.
Ces nuisances liées aux autocollants des fans du FCSG sont confirmées par le service des travaux publics de Saint-Gall. Werner Kühne, inspecteur adjoint de la voirie, explique:
Les autocollants et graffitis ne sont pas un phénomène nouveau, mais ils restent agaçants.
Du côté de l’Association des propriétaires immobiliers de Saint-Gall (HEV), on estime que le club doit responsabiliser ses supporters. Son directeur, Robert Stadler, déclare:
Ce vandalisme constitue un problème pour de nombreuses victimes, car elles doivent en assumer les coûts. «En principe, les auteurs devraient répondre des dégâts. Mais dans la plupart des cas, il est difficile d’identifier les responsables», déplore Robert Stadler.
C'est la collectivité qui paie
Le vandalisme est un problème majeur dans le canton de Saint-Gall. Selon Florian Schneider, porte-parole de la police cantonale, les graffitis sont particulièrement fréquents.
La tendance est à la hausse.
La police précise qu’il s’agit d’une analyse du journal des interventions, et non d’une statistique criminelle complète. Il est recommandé aux victimes de porter plainte, faute de quoi les dommages sont souvent pris en charge par les assurances et, en fin de compte, par la collectivité. Schneider ajoute:
Pour identifier les auteurs, la police recoupe différents cas entre eux – à l’image des séries de cambriolages – en s’appuyant non seulement sur des indices classiques, mais aussi sur du matériel visuel.
Le président du FCSG dénonce ces tags
Que répond le FC St-Gall aux critiques des agriculteurs et des entrepreneurs? Interrogé, le club renvoie à des déclarations faites par son président Matthias Hüppi lors d’une grande interview accordée en décembre dernier.
A l’époque, les Brodeurs avaient fait la une après qu’un groupe de supporters a déployé un tifo portant l’inscription «ACAB» («All Cops are Bastards», en français «Tous les flics sont des bâtards») lors d’un match à Thoune, et semé le chaos dans un train spécial. Avant le départ, ils avaient également tagué une façade près de la gare principale de Saint-Gall:
«Lorsque des individus cagoulés, comme samedi dernier avant le départ du train spécial, taguent une façade en plein jour, cela ne va pas. Mais qui doit et peut empêcher cela?», déclarait alors Matthias Hüppi. Le président du club saint-gallois disait beaucoup apprécier le sigle «FCSG», tout en précisant:
Il ajoutait également recevoir directement les plaintes des propriétaires. De nombreuses zones du stade, le Kybunpark, ont été volontairement mises à disposition pour des créations artistiques. «Cela a insufflé une vie supplémentaire au stade. Pourquoi cela ne suffit-il pas?» A ses yeux, il s’agit là de questions fondamentales touchant à la nature d’une sous-culture, qui dépassent le cadre de cet entretien.
Ne reste plus qu'à espérer, pour les agriculteurs et habitants de la région d'Yverdon, que les supporters du FC Saint-Gall oublient ce dimanche leurs bonbonnes et autocollants à la maison.
Adaptation en français: Yoann Graber
