Arbitre pionnier en Valais: «La caméra apaise les tensions»
Bruno Ferreira est entré dans l'histoire du football valaisan samedi en devenant le premier arbitre du canton à être équipé d'une bodycam. C'était lors du match de 3e ligue entre le FC Lens Chermignon et St-Léonard (1-1).
Ce constructeur métallique de 44 ans, passionné par sa fonction d'homme en noir, a adoré l'expérience menée par l’UEFA et visant principalement à protéger les arbitres contre les agressions verbales et physiques. Il a accepté de revenir sur ce match pas comme les autres pour watson.
Bruno Ferreira, expliquez-nous d'abord comment la caméra se fixe au maillot.
Elle possède un aimant qui vient se plaquer contre un gilet que nous portons sous le maillot, de sorte à rester parfaitement dans l'axe même lorsque nous courons ou gesticulons.
La caméra est-elle lourde?
Pas du tout. On la remarque légèrement au début du match, simplement parce que c’est nouveau, puis on l’oublie rapidement. C’est pareil pour son utilisation: au départ, on peut hésiter en l’allumant, sans être certain qu’elle est bien activée, mais ce geste devient très vite automatique.
C'est vrai que la bodycam n'enregistre pas l'intégralité de la rencontre. Elle est activée uniquement en cas de moments jugés «chauds» par l'arbitre. Comment s'allume-t-elle?
Grâce à un petit bouton à droite de la caméra. Le boîtier émet un léger bruit lorsqu'il est enclenché, puis un autre lorsqu'il s'éteint.
L'utilisation de cet équipement doit protéger les arbitres contre les agressions verbales et physiques. Mais le simple fait d'appuyer sur le bouton pourrait-il au contraire envenimer la situation?
Non. Je suis même convaincu du contraire. Quand un joueur comprend que la caméra tourne et repère la lumière rouge qui s'allume, il sait qu'on le surveille et s'assagit aussitôt.
Comment ont réagit les joueurs pour ce qui était une première pour eux aussi?
Ils l'ont très bien pris. Une des deux équipes m'a même dit qu'elle était très favorable à cette nouvelle technologie, car si la caméra protège l'arbitre, elle vient aussi en aide aux joueurs: s'ils sont victimes d'agression pendant un match, ils peuvent avoir recours aux images pour faire éclater la vérité et se défendre. Mais on ne parle pas ici de tacles rugueux ou d'action litigieuse: cette technologie ne s'apparente en aucun cas à une sorte de VAR du football amateur. Elle n'est utilisée qu'en cas d'agressions verbales et physiques.
Vous n'aurez pas la caméra à chaque partie, puisque celle-ci ne sera utilisée que lors des matchs «chauds». Le fait de ne pas l'avoir pourrait-il devenir déstabilisant? Vous pourriez vous sentir plus vulnérable.
Non, je ne crois pas. La caméra sert surtout à nous aider en cas de matchs «chauds», mais tous ne le sont pas. Personnellement en tout cas, ça ne me poserait pas de problème d'arbitrer avec une caméra un week-end, puis sans lors de la journée de championnat suivante.
On ne vous l'a pas demandé tout de suite, mais on aurait pu: pourquoi est-ce vous qui avez été choisi pour ce premier match amateur avec une bodycam?
Parce que j'avais participé moi-même aux tests effectués en octobre dernier à Ardon. L'idée était de pouvoir effectuer les derniers réglages de la caméra en situation de match, notamment d'en régler la hauteur sur la poitrine.
On imagine que c'est un honneur d'avoir été sélectionné.
Bien sûr, c’est une marque de confiance de la part des dirigeants. J’ai aussi à cœur de contribuer à l’évolution du rôle de l’arbitre. C’est dans cet esprit que je donne des cours aux jeunes arbitres et que j’encourage mon fils de 18 ans à poursuivre dans cette voie. Et puis, je constate aussi que dans les matchs des 18-20 ans, la situation est parfois délicate: il arrive que les arbitres soient plus jeunes que les joueurs, ce qui peut rendre les rencontres assez tendues. Dans ce contexte, équiper un jeune arbitre d’une caméra est bénéfique pour tout le monde.
