Pourquoi si peu de gardiens portent une casquette
Scène cocasse samedi dernier en quatrième division anglaise. Aveuglé par le soleil, le gardien de Swindon Town, Connor Ripley, est allé demander à son coach Ian Holloway de lui prêter son béret fétiche, la visière stoppant les rayons lumineux. Le tout sous les rires des spectateurs.
La vidéo fait forcément le buzz sur les réseaux sociaux, la faute à la dégaine peu conventionnelle et très old school du portier. Le compte Instagram «footpackfr» précise qu'après quelques minutes, Connor Ripley a pu se procurer une casquette classique. Porter un couvre-chef lui a visiblement bien convenu: son équipe l'a emporté 2-1 contre Rotherham.
La séquence en vidéo
Un béret pour un gardien, c'est bien sûr insolite. Mais même une casquette classique tout court. Aujourd'hui, quasiment plus aucun dernier rempart n'en porte une, alors que cet accessoire – tout à fait légal pour un gardien – était à la mode jusque dans les années 1970, rappelle So Foot. Bien plus tard, on se souvient aussi du légendaire Oliver Kahn (Bayern Munich) avec un couvre-chef.
A première vue, la casquette présente plusieurs avantages pour un portier, qui a besoin d'une vision optimale pour performer: éviter d'être aveuglé par le soleil, retenir les gouttes de transpiration ou d'eau (en cas de pluie) qui tomberaient dans les yeux, ou encore prévenir une insolation. «Les situations qui pourraient nécessiter une casquette sont devenues très rares», recadre d'entrée Thierry Barnerat, analyste personnel de Thibaut Courtois, gardien du Real Madrid.
Pour l'expert genevois, la principale raison de cette absence des casquettes est liée à la vision:
L'axe du corps change, et c'est tout sauf idéal:
Thierry Barnerat précise qu'un gardien qui jouerait tout le temps avec une casquette, y compris à l'entraînement, n'aurait vraisemblablement pas ce problème, car il aurait développé des habitudes qui lui permettraient de prendre suffisamment rapidement les informations visuelles nécessaires, en dépit de la visière. «Mais il n'y a aucun gardien qui porte tout le temps cet accessoire».
De nombreux témoignages, y compris de psychologues, montrent que les sportifs de haut niveau sont attachés à leur routine: le sentiment de contrôler le plus d'aspects possible apporte du confort mental, condition sine qua non pour performer. Et cela va bien au-delà de la simple superstition.
On comprend dès lors qu'un gardien qui n'a pas l'habitude de porter une casquette ne veut pas tout chambouler. «Beaucoup de gardiens ne supportent pas d’avoir un corps étranger sur la tête, ils se sentent oppressés», témoignait dans So Foot, en 2013, l'entraîneur des gardiens Xavier Henneuse (ex-Reims et Valenciennes).
Sans compter qu'un couvre-chef empêche d'effectuer correctement des têtes, que les derniers remparts sont parfois amenés à faire en dehors de leurs seize mètres. L'Allemand Manuel Neuer, particulièrement audacieux dans ses sorties, en est un excellent exemple.
Il ne faut pas non plus négliger l'effet de mimétisme. Si aucun gardien ne porte une casquette, pourquoi je le ferais? Quand on avait demandé à Kevin Fickentscher (ex-Sion, notamment) pourquoi il tapait ses crampons sur le poteau avant de dégager, comme beaucoup de ses homologues, il avait répondu:
Et si aucun dernier rempart n'arbore durablement de couvre-chef, c'est peut-être aussi une question de look et de regard des autres. Stéphane Ruffier, qui a longtemps défendu la cage de Saint-Etienne, tranchait toujours dans So Foot:
Le média français donnait également l'exemple de l'Uruguayen Sebastian Viera, raillé par les fans et les médias pour sa casquette alors que son club de Villarreal traversait une petite crise sportive en 2006. Il l'a abandonnée du jour au lendemain, en explicitant la raison à Marca:
Pour les gardiens, les casquettes, c'est donc plutôt une prise de tête.
