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Football: pourquoi si peu de gardiens portent une casquette

STUTTGART, GERMANY - APRIL 21: Goalkeeper Oliver Kahn of Bayern throws his cap away during the Bundesliga match between VfB Stuttgart and Bayern Munich at the Gottlieb-Daimler stadium on April 21, 200 ...
Oliver Kahn, mythique portier du Bayern Munich et de l'Allemagne, était une exception. Image: getty

Pourquoi si peu de gardiens portent une casquette

Les couvre-chefs sont extrêmement rares chez les derniers remparts, alors qu'ils sont réglementaires et pourraient être utiles. Cela s'explique.
05.11.2026, 18:5705.11.2026, 18:57

Scène cocasse samedi dernier en quatrième division anglaise. Aveuglé par le soleil, le gardien de Swindon Town, Connor Ripley, est allé demander à son coach Ian Holloway de lui prêter son béret fétiche, la visière stoppant les rayons lumineux. Le tout sous les rires des spectateurs.

La vidéo fait forcément le buzz sur les réseaux sociaux, la faute à la dégaine peu conventionnelle et très old school du portier. Le compte Instagram «footpackfr» précise qu'après quelques minutes, Connor Ripley a pu se procurer une casquette classique. Porter un couvre-chef lui a visiblement bien convenu: son équipe l'a emporté 2-1 contre Rotherham.

La séquence en vidéo

Vidéo: twitter

Un béret pour un gardien, c'est bien sûr insolite. Mais même une casquette classique tout court. Aujourd'hui, quasiment plus aucun dernier rempart n'en porte une, alors que cet accessoire – tout à fait légal pour un gardien – était à la mode jusque dans les années 1970, rappelle So Foot. Bien plus tard, on se souvient aussi du légendaire Oliver Kahn (Bayern Munich) avec un couvre-chef.

A première vue, la casquette présente plusieurs avantages pour un portier, qui a besoin d'une vision optimale pour performer: éviter d'être aveuglé par le soleil, retenir les gouttes de transpiration ou d'eau (en cas de pluie) qui tomberaient dans les yeux, ou encore prévenir une insolation. «Les situations qui pourraient nécessiter une casquette sont devenues très rares», recadre d'entrée Thierry Barnerat, analyste personnel de Thibaut Courtois, gardien du Real Madrid.

«Aujourd'hui, les tribunes des stades sont particulièrement hautes et coupent le soleil. Aussi, on joue désormais très souvent le soir. Et les projecteurs n'éblouissent pas.»
Thierry Barnerat 
BERLIN - AUGUST 21: Keeper Oliver Kahn of Munich in action during the DFB German Cup match between MSV 1919 Neuruppin and Bayern Munich on August 21, 2005 at the Olympic Stadium in Berlin, Germany. (P ...
Oliver Kahn a été professionnel de 1987 à 2008.Image: getty

Pour l'expert genevois, la principale raison de cette absence des casquettes est liée à la vision:

«La visière obstrue la vision périphérique haute, qui est primordiale pour prendre des informations. Pour un gardien, regarder le ballon ne suffit pas, il faut par exemple aussi observer le corps d'un attaquant pour anticiper l'action. A douze mètres, avec une visière, c'est impossible. Conséquence? Le gardien doit lever la tête, et c'est toute sa posture qui est modifiée.»

L'axe du corps change, et c'est tout sauf idéal:

«Le gardien n'est plus dans son axe favorable et habituel, celui qui permet d'obtenir la plus grande vitesse de réaction»

Thierry Barnerat précise qu'un gardien qui jouerait tout le temps avec une casquette, y compris à l'entraînement, n'aurait vraisemblablement pas ce problème, car il aurait développé des habitudes qui lui permettraient de prendre suffisamment rapidement les informations visuelles nécessaires, en dépit de la visière. «Mais il n'y a aucun gardien qui porte tout le temps cet accessoire».

De nombreux témoignages, y compris de psychologues, montrent que les sportifs de haut niveau sont attachés à leur routine: le sentiment de contrôler le plus d'aspects possible apporte du confort mental, condition sine qua non pour performer. Et cela va bien au-delà de la simple superstition.

On comprend dès lors qu'un gardien qui n'a pas l'habitude de porter une casquette ne veut pas tout chambouler. «Beaucoup de gardiens ne supportent pas d’avoir un corps étranger sur la tête, ils se sentent oppressés», témoignait dans So Foot, en 2013, l'entraîneur des gardiens Xavier Henneuse (ex-Reims et Valenciennes).

Sans compter qu'un couvre-chef empêche d'effectuer correctement des têtes, que les derniers remparts sont parfois amenés à faire en dehors de leurs seize mètres. L'Allemand Manuel Neuer, particulièrement audacieux dans ses sorties, en est un excellent exemple.

DORTMUND, GERMANY - NOVEMBER 07: Bayern's goalkeeper Manuel Neuer heads the ball ahead of Dortmund's Thorgan Hazard during the Bundesliga match between Borussia Dortmund and FC Bayern Muench ...
Manuel Neuer dans ses œuvres.image: getty

Il ne faut pas non plus négliger l'effet de mimétisme. Si aucun gardien ne porte une casquette, pourquoi je le ferais? Quand on avait demandé à Kevin Fickentscher (ex-Sion, notamment) pourquoi il tapait ses crampons sur le poteau avant de dégager, comme beaucoup de ses homologues, il avait répondu:

«C’est devenu un réflexe. Mais je le fais aussi sur synthétique. Maintenant que j’y pense, c’est con! (rires) Ouais, c’est vraiment comme un toc... Aucun entraîneur ne m'a conseillé de faire ça, j'ai simplement voulu imiter mes idoles que je regardais à la TV quand j'étais junior.»

Une histoire de haut-parleurs et de sifflets👇

Et si aucun dernier rempart n'arbore durablement de couvre-chef, c'est peut-être aussi une question de look et de regard des autres. Stéphane Ruffier, qui a longtemps défendu la cage de Saint-Etienne, tranchait toujours dans So Foot:

«Il y a aussi une question de style, il faut être honnête, c’est pas forcément super beau»

Le média français donnait également l'exemple de l'Uruguayen Sebastian Viera, raillé par les fans et les médias pour sa casquette alors que son club de Villarreal traversait une petite crise sportive en 2006. Il l'a abandonnée du jour au lendemain, en explicitant la raison à Marca:

«J’ai toujours porté ma casquette par superstition depuis que je suis passé professionnel. Cependant, j’ai réalisé que le public ne l’aime pas et que cette casquette génère la controverse, alors j’ai décidé d’arrêter de la porter en match. Je ne veux pas créer d’atmosphère négative.»
Mario Sebastian Viera, Villarreal goalkeeper (Photo by Michael Regan - PA Images via Getty Images)
Sebastian Viera a abandonné sa casquette fétiche en 2006, à cause des moqueries des médias et des fans. image: getty

Pour les gardiens, les casquettes, c'est donc plutôt une prise de tête.

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source: keystone / peter schneider
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