Cette scène à couper le souffle montre pourquoi Thoune sera champion
Quand Leonardo Bertone a armé sa frappe à 20 mètres du but, juste après le rebond, on a entendu un «Wow!» collectif de stupéfaction dans les tribunes du Parc Saint-Jacques. Et puis le temps s'est figé. Tous les spectateurs, souffle coupé, ont fixé ce ballon qui a volé, volé et encore volé.
Dans ces moments-là, vous savez exactement ce qui va se passer dans la seconde qui suit. Où le ballon va terminer sa course. Vous le sentez, au plus profond de vous. N'importe qui a déjà réalisé un tir lointain parfait au foot, que ce soit dans la cour d'école ou en Ligue des champions, a déjà pu vivre cet instant magique. La montée d'adrénaline et les frissons dans tout le corps avant même que le ballon ait touché les filets. Vous savez qu'il y aura goal. Et même un goal d'anthologie.
Le chef-d'œuvre de Bertone en vidéo
C'est sûrement ce qu'a ressenti le numéro 6 du FC Thoune pendant tout le trajet de son coup de canon jusque dans la lucarne du gardien bâlois, Mirko Salvi. On était alors à la 15e minute de ce match couperet, et les Bernois ouvraient le score avec un geste qui peut prétendre au prix du plus beau but de la saison en Super League.
Au-delà de sa réalisation technique parfaite, cette demi-volée de Bertone prouve une chose: l'énorme confiance qui habite les Thounois, leaders du classement. C'est elle qui leur permettra de réussir le plus grand exploit de l'histoire du foot suisse, en devenant le premier néo-promu à finir champion. Bon ok, on n'y est pas encore (il reste seize journées et Thoune n'a «que» neuf points d'avance sur son dauphin, Lugano). Mais on se mouille: avec l'état d'esprit montré dimanche à Bâle, Thoune sera sacré.
Pour tenter un geste aussi difficile, en première intention, en prenant la balle «comme elle vient», il faut un aplomb total. Combien de fois on a vu des joueurs moins en confiance contrôler le ballon, temporiser ou faire une passe au coéquipier, tout ça pour ensuite perdre le cuir?
Dimanche, cette sorte de syndrome de l'imposteur a plombé plusieurs fois les Bâlois. Par exemple Dion Kacuri, qui n'a pas osé frapper à la 31e minute alors que le ballon lui revenait idéalement dessus, plein axe, avec de l'espace pour armer un tir.
Les Bernois de l'Oberland, eux, n'hésitent pas quand il s'agit de prendre leurs responsabilités. Juste avant le chef-d'œuvre de Leonardo Bertone, sur la même action, l'un de ses coéquipiers avait essayé le même geste (contré par un adversaire).
Animal pas si exotique et genoux sacrifiés
Si on a fait ce déplacement jusqu'à Bâle ce dimanche, c'était pour l'enjeu de ce match couperet. Une défaite des hôtes, et ceux-ci pouvaient quasiment dire au revoir au titre. C'est ce qu'il s'est passé, avec ce revers 2-1 du FCB et ses désormais treize points de retard sur son bourreau du jour.
Mais cette (agréable) virée au Parc Saint-Jacques, dans une ambiance des grands jours (preuve en est un fumigène allumé... dès l'échauffement), c'était aussi et surtout pour découvrir de nos propres yeux ce drôle d'animal qu'est le FC Thoune. Ce néo-promu si exotique pour le sommet de la Super League, que beaucoup d'experts voyaient retourner illico dans son habitat naturel ces dernières saisons, la Challenge League.
Ce qu'on a vu? Exactement ce qu'on imaginait: une équipe qui pète la forme. Un groupe extrêmement sain. Sur et en dehors du terrain. Avec de nombreux signes révélateurs. Il y a donc cette confiance, mais pas que. Le pressing constant des attaquants thounois – qui a failli coûter deux buts aux Bâlois après des pertes de balle près de leur cage – et leurs sprints systématiques pour se replier en défense sont les meilleures preuves d'une détermination de tous les instants.
Celle-ci est insufflée par un entraîneur on ne peut plus rassembleur et motivateur: Mauro Lustrinelli multiplie les kilomètres au bord du terrain (et souvent hors de sa zone technique), pour être au plus près de ses protégés. Il les applaudit sans cesse, vigoureusement. Enlace chaleureusement ceux qu'il remplace et fait la fête au beau milieu des joueurs lors des célébrations de victoire avec les fans. Quitte à sacrifier ses genoux, la chorégraphie exigeant d'être accroupi devant le kop durant de longues secondes.
C'est certain: l'ex-attaquant de la Nati (49 ans), en poste depuis l'été 2022, a su créer une osmose dans son vestiaire. Et tout le club en est imbibé, du soigneur au supporter. Sur le terrain, elle se manifeste notamment par la couverture défensive systématique quand un coéquipier est en délicatesse.
Mais ne vous y trompez pas: Thoune n'est pas qu'une équipe qui fonctionne à la motivation. Il y aussi beaucoup d'intelligence tactique. Le bloc solidaire quadrille parfaitement le terrain. Et s'il y a eu si souvent un pied, une jambe ou un dos pour dévier les tirs adverses, ce dimanche, c'est grâce aux (re)placements rigoureux.
Ajouter à tout cela un excellent gardien (Niklas Steffen a réalisé en tout cas quatre parades décisives, avant de sortir blessé à la 67e minute), une pincée de talent offensif – l'aisance technique de Kastriot Imeri et Elmin Rastoder saute aux yeux – et vous obtenez à coup sûr un candidat au titre.
Pour définitivement désigner Thoune comme LE candidat, il restait un critère à jauger: sa capacité à gérer la pression dans les gros matchs. On a désormais la réponse.
L'ours bernois (de l'Oberland) n'a plus rien d'un animal exotique sur le sommet de la Super League.
