Le départ de Patrick Fischer ne change rien pour la Nati
Patrick Fischer a mené la Suisse trois fois en finale du Mondial, notamment lors des deux dernières éditions. Véritable figure de notre hockey. Irremplaçable. N’est-ce pas alors une thèse pour le moins audacieuse que d’affirmer que son remplacement avec effet immédiat – par son désormais ex-assistant Jan Cadieux – n’aura aucune influence sur les performances des Suisses lors du Mondial?
Une chose est sûre: si Jan Cadieux – qui a dirigé son premier match ce jeudi, une rencontre amicale perdue 3-1 contre la Slovaquie – devait échouer dès les quarts de finale, l’excuse est déjà toute trouvée. On entendrait alors que l’agitation provoquée par le «cas Fischer» nous a coûté le titre mondial. Ou encore: «Avec Patrick Fischer, nous serions au moins revenus en finale!» Et la position de Jan Cadieux sera immédiatement remise en question.
L'aura des cadres du vestiaire
L’échec fait partie du sport. Et il est possible que Jan Cadieux ne dépasse pas les quarts de finale pour son premier Mondial. On ne le répétera jamais assez: le hockey sur glace est un jeu imprévisible sur une surface glissante.
Mais le remplacement express de Patrick Fischer par Jan Cadieux ne sera pas la cause d’une éventuelle déception. Parce que le hockey sur glace est, à juste titre, considéré comme le dernier véritable sport d’équipe. Dans ce jeu dur d’hommes rudes, le vestiaire est un lieu de force incomparable. Ce qui devrait logiquement mener à l’argument suivant: si Patrick Fischer, magicien des vestiaires, manque à l’appel, plus rien ne sera comme avant.
Mais à court terme, cela ne se vérifie pas non plus. L’atmosphère dans le vestiaire de l’équipe de Suisse ne dépend pas uniquement de l’entraîneur principal. Dans cette pièce sans fioritures, au cœur de la patinoire, siègent au sein de notre équipe nationale des leaders qui, par leur charisme, rayonnent encore davantage parmi leurs pairs que Patrick Fischer, que n’importe quel entraîneur.
Il s’agit de Roman Josi et Nino Niederreiter, des figures aguerries avec plus de mille matchs en NHL, le championnat le plus exigeant du monde. Nico Hischier, capitaine et leader à New Jersey. Son coéquipier Jonas Siegenthaler, un dur à cuire et défenseur solide qui s’impose en NHL face aux meilleurs joueurs de la planète.
Timo Meier, également à New Jersey, l’un des attaquants de puissance les plus redoutables au monde. Et tous sont multimillionnaires. Le tumulte médiatique ne les ébranle pas le moins du monde.
Deux personnalités très différentes
Le secret du succès de Patrick Fischer tient aussi au fait qu’il a su rassembler autour de lui ces titans du hockey mondial. Tous veulent de toute façon jouer pour l’honneur de la Suisse. Et d’autant plus que leur ami «Fischi» a su, année après année, faire en sorte que participer au Mondial avec lui et se retrouver entre eux soit tout simplement un plaisir. Une véritable romance de vestiaire, au meilleur sens du terme. En quelque sorte une fête de fin de saison version sportive.
On se risque du coup à ce pronostic: l’état d’esprit de l'équipe ne deviendra pas négatif à cause de l’éviction de Patrick Fischer, et même les dirigeants de la fédération, dont on peut attendre toutes les bévues, ne parviendront pas à altérer l’ambiance. Au contraire, la devise sera:
Le nouveau sélectionneur Jan Cadieux est certes, dans son caractère et sa manière d’agir, presque l’opposé de Patrick Fischer: presque timide, introverti, entièrement concentré sur son travail, voire acharné. Une différence comme entre le feu et l’eau. Mais il n’est pas pour autant un rabat-joie. Tout le monde l’apprécie et le respecte, y compris les titans de la NHL. Il est le successeur idéal de Patrick Fischer. Parce qu’il est authentique dans sa manière d’être et ne cherchera pas une seule seconde à imiter son prédécesseur. Quiconque tenterait de ressembler à Patrick Fischer se rendrait ridicule.
Jan Cadieux n’est pas le prochain Fischer. Il est le premier Cadieux. S’il ne parvient pas à répondre aux attentes avec l’équipe lors du Mondial, cela tiendra simplement aux aléas de ce sport: une erreur du gardien ici, un rebond capricieux du palet là.
Tout indique que les Suisses réussiront encore leur premier Mondial sans Patrick Fischer. A moyen terme, la situation est quelque peu différente: «l’âge d’or» avec plusieurs talents de classe mondiale touche à sa fin.
Une telle constellation de joueurs comme Roman Josi, Nino Niederreiter, Janis Moser, Nico Hischier, Timo Meier, Jonas Siegenthaler, Kevin Fiala ou Philipp Kuraschew dans la même génération, à laquelle s’ajoute le «gardien du siècle» Leonardo Genoni, ne se reproduira pas de sitôt. Une époque où le sélectionneur national peut se permettre de ne pas convoquer Lian Bichsel ne reviendra pas de sitôt.
Maintenant, place au Mondial à domicile, avec le match d’ouverture contre les Etats-Unis le 15 mai à Zurich!
Adaptation en français: Yoann Graber
