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Cette course suisse bannit les hommes et il y a une raison

À Berne, les femmes ont le parcours pour elles seules.
À Berne, les femmes ont le parcours pour elles seules.Image: Keystone

Cette course suisse bannit les hommes et il y a une raison

La Course des femmes (Frauenlauf) de Berne a célébré sa 40e édition dimanche. Comme chaque année, l’événement a attiré près de 15'000 participantes. Mais à l’heure où l’égalité progresse dans de nombreux domaines, une course réservée aux femmes a-t-elle encore sa raison d’être?
09.06.2026, 05:3109.06.2026, 05:31
Simon Häring

Au Parlement fédéral, la représentation féminine atteint aujourd’hui un niveau historique, avoisinant les 40%. Dans les universités, les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes. Mais si les avancées sont indéniables, le chemin vers une véritable égalité entre les sexes en Suisse reste encore à parcourir.

Dans le sport suisse, la parité est déjà une réalité dans bien des disciplines. Aux Jeux olympiques d’hiver de 2026 à Cortina d’Ampezzo (84 femmes pour 91 hommes) comme aux Jeux de Paris en 2024 (62 contre 66), les athlètes féminines ont participé presque à égalité avec leurs homologues masculins. Elles ont même remporté plus de la moitié des médailles suisses lors de ces compétitions.

Pourtant, selon Jacqueline Ryffel, initiatrice de la Course des femmes lancée en 1987, un événement populaire exclusivement féminin demeure pertinent aujourd’hui.

«Si cet événement n’était plus nécessaire, comment expliquerions-nous 15'000 inscriptions?»

Son principal argument est simple: la course permet de lever des barrières et facilite l’accès des femmes à la pratique sportive. «Chaque année, jusqu’à 4'000 participantes prennent le départ pour la première fois.» Beaucoup poursuivent ensuite leur parcours dans des compétitions mixtes. Ici, l’accent est moins mis sur la performance que sur l’expérience collective. Nombreuses sont celles qui courent entre amies», souligne-t-elle.

Lorsque la première édition a eu lieu, en 1987, la Suisse ne connaissait toujours pas le congé maternité. Le droit de vote des femmes n’existait que depuis quinze ans et aucune loi sur l’égalité n’était encore en vigueur. Une femme souhaitant exercer une activité professionnelle devait même obtenir l’autorisation écrite de son mari.

Longtemps, la course à pied a été une affaire hautement politique et strictement masculine. En 1967, l’Américaine Kathrine Switzer, alors âgée de 20 ans, s’inscrit au marathon de Boston sous les initiales «K. V. Switzer», les femmes n’étant pas admises. Pendant la course, le directeur de l’épreuve découvre sa présence et tente de l’expulser du parcours. D’autres coureurs s’interposent. Un acte de désobéissance civile qui marquera l’histoire du sport.

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Le 19 avril 1967 à Hopkinton (Massachusetts), Kathrine Switzer, inscrite sous les initiales «K. Switzer», échappe à une tentative d’expulsion grâce à l’intervention de son compagnon de course Thomas Miller.Image: AP NY

La Suisse a elle aussi connu son moment de rupture. En 1973, Marijke Moser s’inscrit à Morat-Fribourg sous un nom masculin. Elle ne parvient jamais à l’arrivée: des hommes l’empêchent physiquement de poursuivre. Plus choquant encore, les organisateurs critiquent publiquement son mari de l’époque, le coureur Albert Moser, estimant qu’il ne «contrôle pas» suffisamment son épouse.

Cet épisode provoque un véritable électrochoc. Le débat public qui s’ensuit et l’élan de solidarité envers la coureuse révèlent une société moins conservatrice qu’on ne l’imaginait. Quatre ans plus tard, les femmes sont officiellement autorisées à participer à la course de Morat. À cette époque, les idées reçues sont nombreuses. Certains affirment encore que les longues distances sont inadaptées au corps féminin et peuvent même provoquer l’infertilité.

Die Schweizer Leichtathletin Marijke Moser, links, mit Spiridon T-Shirt, gewinnt am 2. Oktober 1977 den Murtenlauf von Murten nach Fribourg in der Kategorie der Frauen vor Elisabeth Liebi, rechts. (KE ...
Le 2 octobre 1977, la Suissesse Marijke Moser (à gauche), sous les couleurs de Spiridon, remporte Morat-Fribourg devant Elisabeth Liebi (à droite).Image: KEYSTONE

Mais ce ne sont pas ces préjugés qui motivent principalement Jacqueline Ryffel et Verena Weibel lorsqu’elles créent la Course des femmes en 1987. Leur constat est ailleurs: malgré une tolérance croissante, les femmes restent largement sous-représentées dans les courses populaires.

Dans les épreuves mixtes comme Morat-Fribourg, le Grand Prix de Berne ou la Course de l’Escalade à Genève, elles ne représentent alors que 5 à 8 % des participants. «Aujourd’hui, cette proportion atteint 50%. C’est une immense source de fierté et de satisfaction», affirme Jacqueline Ryffel. Selon elle, la Course des femmes a largement contribué à cette évolution en ouvrant la voie à des milliers de pratiquantes.

Lorsqu’elle repense aux débuts de l’aventure, l’émotion reste intacte. «À l’époque, il n’y avait ni ordinateur personnel, ni Internet, ni réseaux sociaux, et l’offre sportive destinée aux femmes était très limitée. Personne ne parlait de yoga, de Pilates ou de Zumba», se souvient-elle. Son objectif était avant tout concret:

«Notre devise consistait à mettre les femmes suisses en mouvement et à leur offrir un objectif.»

Dès l’origine, l’idée est de créer un espace où les femmes peuvent courir ensemble, sans pression de performance ni jugement. La Course des femmes continue ainsi de porter un message de mouvement, d’égalité et de solidarité dans le sport -des valeurs qui n’ont rien perdu de leur actualité. Les hommes, d’ailleurs, sont les bienvenus. Mais uniquement au bord du parcours, où ils peuvent encourager, applaudir et soutenir les participantes. Car parfois, l’égalité ne consiste pas à être partout, mais à laisser aux autres l’espace dont ils ont besoin.

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source: watson
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