Sport
Tokyo 2020

Tokyo 2020: la Suisse est l'un des meilleurs pays du monde en sport

Jolanda Neff, médaillée d'or aux dépens des Françaises ultra-favorites.
Jolanda Neff, médaillée d'or aux dépens des Françaises ultra-favorites.Image: keystone
Tokyo 2020

Pourquoi la Suisse est l'une des meilleures nations sportives au monde

Les Jeux de Tokyo le montrent une fois de plus: la Suisse est à l'avant-garde. La success story de notre sport a commencé en 1964 avec le plus grand échec olympique de tous les temps.
Cet article est également disponible en allemand. Vers l'article
02.08.2021, 19:0103.08.2021, 14:47
Klaus Zaugg
Klaus Zaugg

Les romantiques peuvent bien nous rappeler de temps en temps que ce n’est pas le nombre de médailles qui est important. Ce qui compte, c’est de participer. Ça, c’est le vrai esprit olympique. Mais c’est une pure absurdité. La monnaie olympique est plus que jamais l’or, avec quelques récompenses en argent et en bronze.

Tout ce qui compte, c’est le tableau des médailles. Ça a toujours été le cas et il en sera toujours ainsi. Ce classement mondial des nations est une source inépuisable de patriotisme. Une fois de plus, il nous montre que la Suisse est l'un des pays les plus performants. Aucun autre, en proportion de sa taille et de sa population, n’est aussi prolifique. Et pas seulement dans les sports olympiques.

Nina Christen est championne olympique de tir.
La spécialiste du tir Nina Christen a remporté l’or à la carabine trois positions.Image: keystone

Maître du monde globalisé

Dans le passé, il y a eu des explications circonstanciées à ce succès. Entre autres avantages, la topographie du pays pour les sports d'hiver et, temporairement, la neutralité de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale, avec ses activités sportives ininterrompues. C'est exact: nous n'avons jamais été aussi performants dans les temps modernes que nous ne l'avons été à Londres en 1948 (20 médailles).

Mais cela n'explique pas pourquoi aujourd'hui, dans un monde globalisé, nous pouvons concourir dans presque tous les grands sports individuels et collectifs. Pourquoi dans ce monde où tant de pays investissent plus d'argent que jamais dans le sport, nous restons au sommet avec des subventions raisonnables.

A Tokyo, nous nous dirigeons même vers un nouveau record de l'ère moderne. La dernière fois que nous avons remporté davantage de médailles, c'était à Helsinki en 1952 (3 x or, 6 x argent, 6 x bronze).

Avec la concurrence due à la mondialisation du sport, qui a commencé dans les années 1950 et 1960 avec les nouvelles nations sportives de l'Est (bloc de l'Est, Japon, Corée, puis la Chine), nous n'étions momentanément plus de taille à lutter. Depuis 1952, nous n'avons jamais remporté plus de neuf médailles aux Jeux d'été.

La honte, puis la révolution

Un coup d'œil en arrière nous explique pourquoi nous avons à nouveau autant de succès. Les Jeux d'hiver de 1964 à Innsbruck sans médaille, notre plus grand échec olympique de tous les temps, a déclenché une onde de choc. Cet échec a conduit à une révolution, à une réorganisation profonde qui a remis notre sport sur pied.

Innsbruck 1964: 72 athlètes, aucune médaille.
Innsbruck 1964: 72 athlètes, aucune médaille.

Les «Jeux d'or de Sapporo» ont suivi en 1972 avec dix médailles. Soit le même nombre qu'en 1948 à Saint-Moritz.

Le facteur décisif de cette réorganisation complète a été la prise de conscience que tout le monde devait travailler ensemble. L'organisation faîtière, la Fédération nationale du sport (aujourd'hui Swiss Olympic), a été renforcée. Cette autorité sportive supérieure (une sorte de «politburo»), également financée par l'État mais indépendante, regroupe tous les intérêts. Elle sait réunir l'économie, la médecine sportive, les sciences techniques, l'État (y compris l'armée) et le sport. Depuis, notre industrie sportive est devenue une sorte de «Suisse SA», dans laquelle les milieux les plus divers apportent leur contribution au succès.

Inauguration de la piste de Macolin.
Inauguration de la piste de Macolin.

Outre le soutien du secteur privé (sponsoring, aides sportives), nos athlètes bénéficient d'une bonne infrastructure financée également par des fonds étatiques et semi-étatiques (armée, Haute école fédérale de sport de Macolin) et ont la liberté de se développer individuellement. Les fédérations (qui jouent un rôle similaire à celui de l'État dans la vie réelle) soutiennent les athlètes. Mais elles ne les traitent pas avec condescendance ni ne les tiennent en laisse, et s'il y a de temps en temps des disputes entre fonctionnaires et athlètes, elles ne font que démontrer le dynamisme de notre sport.

Pas d'élitisme

Le succès a donc beaucoup de parrains et de marraines réunis dans ce «Sport Suisse SA». Mais notre système éducatif, notre mentalité et l'avantage d'être un petit pays jouent également un rôle. Toutes les classes sociales sont représentées parmi nos héros olympiques. Ce qui signifie surtout: des athlètes issus de milieux dits modestes ou qui ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Contrairement à de nombreux autres pays, des parents riches, c'est-à-dire issus de l'élite, ne sont pas une condition préalable à une carrière sportive en Suisse.

Notre système scolaire est le même pour tous au premier niveau. Dans notre pays, si vous avez du talent, le chemin vers le sommet vous est ouvert. Dans le sport comme dans toute autre carrière.

Mujinga Kambudji et Alja del Ponte
Deux Suissesses dans une finale olympique du 100 mètres, Mujinga Kambundji (6e) et Ajla Del Ponte (5e). Totalement impensable il y a quelques années encore.Image: keystone

Cette perméabilité de la société, qui se perd de plus en plus ailleurs en raison des contrastes sociaux, est un secret important de la réussite. Dans ces conditions, relativement peu de talents sont perdus en Suisse.

Les grandes nations – les États-Unis, la Russie ou la Chine en sont des exemples typiques – ont tendance à s'appuyer sur le «principe darwinien» dû à leur énorme réservoir: la loi du plus fort. Seuls les meilleurs survivent.

Du coup, des centaines de talents sont perdus dans le processus de formation. La Suisse, en revanche, se préoccupe de ses talents: dans le sport, comme dans la vie réelle, il existe une deuxième, une troisième et peut-être une quatrième chance. Vue sous cet angle, la Suisse est une sorte de «Disneyland du sport».

Sergeï Aschwanden a remporté le bronze à Pékin après deux échecs aux JO.
Sergeï Aschwanden a remporté le bronze à Pékin après deux échecs aux JO.

Ici et là, on critique l'absence d'une «mentalité de gagnant», en évoquant l'Amérique du Nord ou l'Allemagne. Mais notre «mentalité de gagnant» est largement sous-estimée. Une forme sage de patriotisme se développe dans notre société. Nos stars du sport ont une confiance en eux forte et saine. Pas celle, bruyante, des Américains ou des Allemands, qui brandissent parfois leur patriotisme comme un étendard. Mais une confiance paisible: celle qui nous conforte dans l'idée que nous avons une chance contre n'importe qui dans le monde.

Jérémy Desplanches et Noè Ponti.
Retour au premier plan historique de la natation suisse: Jérémy Desplanches (à gauche) et Noè Ponti remportent le bronze.Image: keystone

Le fait que nous soyons un petit pays ne doit pas être un désavantage. Nos athlètes ont accès à ce qui est probablement la meilleure médecine sportive au monde et n'ont pas besoin de parcourir des centaines de kilomètres comme dans d'autres pays. Et ils ne sont pas obligés de quitter trop tôt leur environnement social et familial pour des possibilités de formation et des carrières.

Une organisation tip top

Le talent d'organisation, en outre, n'est souvent pas assez considéré: nos expéditions olympiques sont si bien organisées que pratiquement aucune énergie n'est perdue, tout fonctionne, et les athlètes bénéficient d'un environnement optimal. Nos «généraux olympiques» (Ralph Stöckli) sont les meilleurs.

Der Huerdenlaeufer Kariem Hussein probiert Schuhe an, waehrend der Kleiderabgabe von Swiss Olympic im Distributionszentrum Dosenbach-Ochsner Sport in Luterbach, am Dienstag, 6. Juli 2021 in Luterbach. ...
Une organisation aligné couvert.Image: KEYSTONE

Le potentiel sportif d'un pays ne dépend pas seulement du nombre de ses habitants. Si c'était le cas, nous n'aurions aucune chance dans ce monde. Ce que nous faisons de notre potentiel est bien plus important.

Et après?

Que signifie Tokyo 2021 pour notre sport? Un énorme gain de prestige. En ces jours d'or, d'argent et de bronze, l'importance du sport est à nouveau reconnue et saluée. Les politiciens de tous bords se sont précipités pour inclure le sport dans leurs discours du 1er août.

Rester nous-mêmes.
Rester nous-mêmes.

Tokyo 2021 est l'occasion de renforcer encore notre politique et d’en améliorer les infrastructures. Il ne s'agit plus de plaider auprès des politiciens et des milieux d'affaires pour organiser des Jeux olympiques dans notre pays. Nous avons renoncé à ce gigantisme. Tout comme nous avons abandonné l'idée de devenir une grande puissance européenne après la bataille de Marignan en 1515. Les candidatures récurrentes font autant partie de notre sport que le tintement des cloches lors d’une désalpe. Pour certaines personnes dans des bureaux joliment décorés et climatisés, elles ne servent qu'à gagner de l'argent grâce à des études, des projets, des plans et des concepts.

Tokyo 2021 inspire et motive toute une génération, aide notre sport dans sa recherche de recettes publicitaires et de subventions étatiques, dans l'agrandissement des infrastructures locales et des centres de performance, et représente un gain de prestige pour notre armée, qui joue un rôle important par sa promotion sportive.

C'est donc avant tout aux différents représentants de notre sport de faire quelque chose de Tokyo 2021 lorsque les projecteurs et les caméras seront temporairement éteints. Le 4 février 2022, le prochain spectacle olympique recommencera avec les Jeux d'hiver à Pékin.

Article traduit de l'allemand par Anne Castella

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