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Les cas de Covid sont à nouveau en hausse en Suisse malgré l'application des 3G et les contrôles stricts.
Les cas de Covid sont à nouveau en hausse en Suisse malgré l'application des 3G et les contrôles stricts. Source: keystone
Analyse

5 stratégies Covid qu'on pourrait appliquer en Suisse

Les cas de Covid sont en hausse, tout comme le nombre d'hospitalisations. Pour l'instant, le Conseil fédéral a opté pour l'attente, parmi les cinq stratégies Covid possibles susceptibles de satisfaire (ou non) la majorité.
23.11.2021, 05:1223.11.2021, 12:19
Vanessa Hann
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Helene Obrist
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Vendredi matin, l'Autriche a annoncé une nouvelle retentissante: dès lundi, l'ensemble du pays tourne à nouveau au ralenti. Tous les magasins restent fermés et l'enseignement en présentiel dans les écoles est suspendu pour les dix prochains jours.

Dans notre pays, on se garde bien de prendre des mesures pour endiguer la propagation du virus. Comme l'a déclaré Alain Berset jeudi devant les médias, la situation est certes inconfortable, mais aucune mesure supplémentaire n'est nécessaire pour le moment. Et ce, malgré l'augmentation du nombre de cas de coronavirus et d'hospitalisations.

Cette absence de décision est sans doute stratégique. Le 28 novembre, les électeurs suisses voteront sur la loi Covid-19. Tant que le projet n'est pas au point, il ne faudra pas s'attendre à voir nos sept sages remuer ciel et terre.

Mais il faudra prendre des décisions importantes au plus tard après la votation. Car ici aussi, il faut s'attendre à ce que les hospitalisations continuent d'augmenter. La Suisse est toujours en tête du classement des pays d'Europe occidentale qui comptent le moins de vaccinés. C'est l'Autriche qui arrive en tête, mais l'écart avec la Suisse est mince.

Graphique: watson.ch · Source: Financial Times

Si le taux de vaccination continue de stagner et que davantage de personnes infectées sont hospitalisées, des stratégies doivent être mises en place. Cinq stratégies Covid sont actuellement en discussion. Voici leur probabilité d'être appliquées.

Vaccination et guérison: les 2G

L'Autriche connaît déjà cette règle (réd: elle s'appelle «la règle des 2G» en allemand: geimpft und genesen). Depuis le lundi 15 novembre, seules les personnes vaccinées ou guéries peuvent participer à la vie publique.

Cette option a déjà été discutée en Suisse, mais avec prudence. Les avis divergent. C'est notamment le cas dans la communauté scientifique. Pour la responsable de la Taskforce Tanja Stadler, cette stratégie est une «alternative aux fermetures», comme elle l'a indiqué à la SRF. Selon le directeur de la santé bernois, Pierre Alain Schnegg (UDC), un certificat en fonction de la vaccination ou de la guérison est une «option envisageable», a-t-il déclaré début octobre à la SRF. «Nous ne pouvons pas mettre en jeu la liberté de la majorité pour la protection d'une minorité», justifie Schnegg. Christoph Fux, médecin-chef en infectiologie à l'hôpital cantonal d'Aarau, partage cet avis. La mesure 2G est une option importante dans la lutte contre le virus, a-t-il proclamé dans l'émission TalkTäglich de TeleM1.

L'infectiologue zurichois Jan Fehr s'exprime avec un peu plus de retenue : «Nous ne favorisons pas la 2G, mais c'est quelque chose qui mérite d'être exploré», a-t-il déclaré début novembre dans l'émission 10vor10. En revanche, les épidémiologistes Christian Althaus et Marcel Salathé ne considèrent pas la 2G comme un objectif à atteindre. La discussion à ce sujet détournerait l'attention des «facteurs importants», a confié Salathé au Blick: davantage de primo-vaccinations et des rappels de vaccination rapides. Lukas Engelberger, président de la Conférence des directeurs cantonaux de la santé (CDS), a également communiqué clairement lors de la conférence de presse de jeudi: «Nous n'avons pas discuté d'un changement de système vers la 2G et nous ne le souhaitons pas non plus».

Sur le plan politique non plus, aucune demande n'a été formulée jusqu'à présent en faveur d'une telle réglementation. Au contraire, des politiciennes suisses comme les conseillères nationales Yvonne Feri (PS), Martina Bircher (UDC) et Ruth Humbel (centre) s'y opposent dans le Zofinger Tagblatt. «La 2G équivaudrait à une vaccination obligatoire», estime la conseillère nationale socialiste Feri.

En bref

La 2G n'est pas totalement abandonnée. Si la situation épidémiologique se détériore en Suisse et que les hospitalisations augmentent, un durcissement pourrait à nouveau être envisagé. Notamment parce que la 2G est une mesure moins sévère qu'un confinement. Néanmoins, les obstacles politiques risquent d'être élevés. Dans les journaux de Tamedia, la spécialiste fribourgeoise en droit public, Eva Maria Belser, a défendu le fait qu'une modification de la loi serait impérative pour introduire la règle 2G.

En réalité, la 2G n'a qu'une influence limitée sur les infections. Il n'y a qu'à regarder la situation en Autriche. La 2G ne freine pas non plus suffisamment le virus. Vendredi, le gouvernement a décrété un confinement de dix jours pour l'ensemble du pays, que les personnes soient vaccinées ou non.

(Encore) un confinement

Le confinement a déjà fait ses preuves. Les magasins ferment leurs portes et tout le monde est assigné à résidence. Jusqu'à présent, personne ne s'est engagé publiquement en ce sens. Des politiciens de tous horizons veulent empêcher par tous les moyens un couvre-feu ou un confinement. Dans une interview accordée au Walliser Bote, la bioéthicienne Samia Hurst-Majno explique: «J'espère vraiment que nous serons capables de maîtriser la situation par d'autres moyens».

Le ministre de la santé Alain Berset a également fait savoir lors d'une conférence de presse jeudi que le Conseil fédéral essayait d'éviter des mesures plus sévères. «Depuis le début de la crise, la Suisse a suivi sa propre voie pour atteindre l'optimum», a lancé le Conseiller fédéral.

En bref

Un confinement pour toute la population, vaccinée ou non, devrait rester une solution de dernier recours. La fermeture des commerces et des écoles a eu des conséquences financières et sociales importantes. A en croire les autorités sanitaires, le confinement interviendrait en dernier recours, après avoir exploré toutes les autres options.

La vaccination obligatoire

Selon la loi sur les épidémies, le Conseil fédéral peut introduire une obligation de vaccination pour «certains groupes de personnes», par exemple le personnel soignant ou les enseignants, qui sont particulièrement exposés de par leur profession. Les cantons pourraient également édicter une obligation en cas de danger particulier, par exemple si le système de santé est directement menacé.

Les entreprises privées peuvent également décider de rendre la vaccination obligatoire pour leur personnel. Swiss est la première grande entreprise suisse à l'avoir déjà fait. Le personnel navigant non vacciné ne pourra plus travailler chez Swiss à partir du 1er décembre.

Le débat sur le fait de rendre la vaccination obligatoire a pris de l'ampleur. Outre l'éthicien médical Mathias Wirth, le président de l'UDC Marco Chiesa s'est également prononcé en faveur d'une vaccination obligatoire pour le personnel médical. L'épidémiologiste Christian Althaus estime lui aussi qu'il est temps de réfléchir à une vaccination obligatoire: «Une vaccination obligatoire temporaire dans le domaine des soins a certainement un sens pour la protection des patients et mérite sans doute d'être examinée», a-t-il déclaré dans une interview avec la NZZ.

La politicienne de la santé, Ruth Humbel, est critique à l'égard de la vaccination obligatoire. Elle ne pense pas que cette option serait susceptible de réunir une majorité. Et Virginie Masserey, responsable du contrôle des infections à l'OFSP, a également déclaré récemment qu'aucune réflexion n'allait dans ce sens. En juillet, la présidente de la commission nationale d'éthique, Andrea Büchler, s'est également prononcée contre cette contrainte. Elle a déclaré à la SRF: «Il peut tout à fait y avoir des conditions pour une vaccination obligatoire - mais ce ne serait pas la bonne chose à faire maintenant».

A l'étranger, les discussions autour d'une vaccination obligatoire battent déjà leur plein. L'Académie allemande des sciences «Leopoldina» s'est clairement prononcée en faveur d'une vaccination obligatoire pour les «multiplicateurs», à savoir le personnel soignant et les enseignants par exemple. Le gouvernement encore en place sous Merkel s'y est jusqu'à présent opposé. En Belgique, tous les soignants doivent être vaccinés d'ici début avril 2022, sous peine d'être suspendus de leurs fonctions.

En bref

En Suisse, la dernière vaccination nationale obligatoire remonte à 1944. Le traitement appliqué aux enfants visait à combattre la variole. Dans les cantons de Genève et de Neuchâtel, la vaccination contre la diphtérie est encore obligatoire aujourd'hui pour les enfants, mais ces deux cantons n'imposent pas la vaccination. Certains employeurs, comme les hôpitaux, exigent également certaines vaccinations. Celui ou celle qui ne veut pas recourir au vaccin doit généralement s'attendre à ne pas obtenir le poste.

L'introduction de l'obligation de vaccination pour certains groupes de personnes n'est donc pas totalement impossible. Mais là encore, la politique est frileuse. On veut éviter autant que possible la contrainte et les menaces dans la lutte contre la pandémie.

Il est plus probable que d'autres entreprises du secteur privé imitent Swiss et misent sur une vaccination obligatoire.

Durcissement des mesures en place

Avec la règle 3G (réd: geimpft, genesen, getestet en allemand, donc vacciné, guéri ou testé) et le pass sanitaire dans les restaurants, les musées, les centres de fitness et autres, d'autres mesures comme l'obligation de porter un masque ou de garder ses distances ont tendance à disparaître. Si la situation épidémiologique se détériore, le Conseil fédéral pourrait donc choisir une voie intermédiaire et renforcer à nouveau les mesures prises jusqu'à présent. Une nouvelle règle sur le travail à domicile, l'obligation de porter un masque malgré la 3G ou une limitation du nombre de personnes lors de manifestations seraient possibles.

Le député zougois Rudolf Hauri a également abordé cette éventualité lors d'une conférence de presse. «Il peut à nouveau y avoir des restrictions concernant les rassemblements de personnes ou le nombre d'invités à l'intérieur. Rien n'est exclu».

En bref

Les politiciens et les autorités sanitaires ne se sont pas prononcés en faveur d'un durcissement des mesures actuelles. Les prochaines décisions du Conseil fédéral concerneront probablement des renforcements mineurs.

La réintroduction d'une obligation de porter un masque malgré la 3G ne demande que peu d'efforts. En effet, il faut encore porter des masques dans les lieux publics, par exemple dans les transports en commun ou pour faire ses courses. Et même une limitation du nombre de personnes dans les restaurants serait certes contraignante pour de nombreux exploitants, mais rapidement réalisable. De même, le home office a déjà fait ses preuves. Cette mesure est facile à mettre en place et pourrait s'appliquer au plus grand nombre.

L'attente

C'est la stratégie actuelle du Conseil fédéral: observer la situation et émettre des avertissements modérés. Le Conseiller national PLR Marcel Dobler estime que la décision de l'OFSP d'attendre avant de prendre de nouvelles mesures est «tout à fait correcte». «En Suisse, nous sommes actuellement loin d'une évolution telle que celle observée par exemple au Danemark, où la situation est grave», poursuit-il dans le 20 Minuten.

Avec son opinion, Dobler fait partie de la minorité. Pour l'infectiologue Jan Fehr, une telle passivité est une stratégie désastreuse. «Nous avons besoin d'un plan d'escalade. La situation générale s'est à nouveau tellement aggravée qu'il faut sérieusement repenser à différents scénarios. Sinon, nous serons à nouveau pris à la gorge», déclare Fehr à watson.

Le Conseiller national vert-libéral Martin Bäumle estime lui aussi qu'il faut agir. «Je préférerais qu'on anticipe, plutôt que d'observer et de réagir toujours trop tard, comme on le fait depuis plus d'un an et demi», déclare Bäumle dans 20 Minutes.

En bref

Il semble que cette stratégie sera encore d'actualité durant les prochains jours, voire les prochaines semaines. Tant que la situation dans les hôpitaux et les unités de soins intensifs est sous contrôle, le Conseil fédéral se gardera de prendre d'autres mesures. Comment mentionné au début, il ne faut pas oublier que l'attente est aussi une stratégie politique. Car le «oui» à la loi Covid-19 le 28 novembre n'est pas encore gagné.

Traduit de l'allemand par Anaïs Rey

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