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«Le moustique tigre finira par arriver partout en Suisse»

«Le moustique tigre finira par arriver partout en Suisse»
Image: keystone/shutterstock

Moustique tigre: comment le Tessin a réussi là où les autres galèrent

Alors que le moustique tigre continue son expansion en Suisse romande, le Tessin a vu la densité de sa population diminuer. C'est le fruit d'un long travail qui sert désormais de référence au reste du pays. Explications.
07.05.2026, 05:3107.05.2026, 07:29

L'arrivée de la belle saison marque la reprise de la lutte contre le moustique tigre en Suisse romande. Si les mesures mises en place ces dernières années ont permis de ralentir la progression de cet insecte, la prévention reste cruciale, indiquent, ce mercredi, les autorités vaudoises et valaisannes. Le moustique tigre pique de jour, de manière agressive et répétée, et est vecteur de maladies comme la dengue, le zika ou le chikungunya.

Sa présence en Suisse romande est relativement récente - il a été détecté, en 2019, en Valais et trois ans plus tard en terres vaudoises. Le Tessin, en revanche, fait face à cet insecte depuis plus de vingt ans. Ce qui lui donne une longueur d'avance vis-à-vis des autres régions. En effet, les mesures appliquées dans le reste du pays ont d'abord été élaborées et testées dans le canton italophone, qui fait donc figure de pionnier.

Eleonora Flacio en sait quelque chose. Cette chercheuse est celle qui a identifié le moustique tigre en Suisse pour la première fois. Aujourd'hui, elle coordonne le système de surveillance «Réseau Suisse Moustiques», qu'elle a contribué à mettre sur pied. Elle nous explique comment le Tessin a réussi à obtenir un résultat unique en Europe. Interview.

Le moustique tigre a été découvert au Tessin en 2003. Comment s’est-il propagé dans le reste du pays?
Le moustique tigre est arrivé au Tessin depuis l’Italie, où il s’est rapidement répandu dès le début des années 1990. Quelques spécimens ont peut-être été transportés au nord des Alpes, mais il est plus probable que la plupart des insectes découverts dans les autres cantons proviennent des pays voisins. Nous avons constaté que, avant d’être détecté en Suisse romande, le moustique tigre s’était déjà implanté dans les régions frontalières françaises.

Eleonora Flacio a identifié le moustique tigre en Suisse pour la première fois.
Eleonora Flacio a identifié le moustique tigre en Suisse pour la première fois.Image: KEYSTONE

Arrêter son expansion est-il donc impossible?
Ces insectes se déplacent avec les véhicules. Dans certaines zones, l’introduction liée au trafic est si importante qu’il devient impossible de freiner leur progression. Le Tessin, par exemple, se situe sur le principal axe autoroutier reliant le sud et le nord de l’Europe, à savoir l’A2.

«On ne peut donc pas ériger un mur pour empêcher les moustiques d'entrer»

Au-delà du trafic, nous savons aussi que la plaine comprise entre Genève et Bâle offre des conditions de température favorables au développement du moustique tigre, tout comme la vallée du Rhône, en Valais. Dans ces régions, il se produira exactement ce qui s’est passé au Tessin.

Qu'est-ce qu'on peut faire, alors?
Le moustique tigre finira par arriver partout, tôt ou tard. Ce que l’on peut faire, c’est agir de manière préventive afin de ralentir sa diffusion et de gérer le problème le plus efficacement possible.

Comment?
Le Tessin a mis en place un système de surveillance préventive dès 2000. A partir de 2017, l’Office fédéral de l’environnement nous a chargés de créer le «Réseau Suisse Moustiques», afin d’identifier les points d’entrée du moustique tigre en Suisse. Une fois sa présence attestée, nous aidons les autorités cantonales à organiser un système de surveillance et de contrôle similaire à celui du Tessin. Ensuite, chaque canton l’adapte à ses propres besoins.

Un moustique tigre.
Un moustique tigre.Image: Shutterstock

Quelles sont les principales mesures mises en œuvre au Tessin?
Les autorités peuvent éliminer les foyers de reproduction du moustique tigre dans l’espace public, par exemple dans les grilles d’évacuation des eaux. Le problème, c’est que la majorité des foyers se trouvent dans les jardins privés. Le moustique passe d’un jardin à l’autre et, si quelqu’un traite son jardin mais que son voisin ne le fait pas, la situation devient très difficile à gérer. Il faut donc instaurer une collaboration entre particuliers, d’autant qu’ils ont un intérêt direct à le faire, puisque ce sont eux qui se font piquer.

Comment les particuliers peuvent-ils éliminer les foyers?
Ils doivent vider régulièrement tous les récipients contenant de l’eau stagnante, comme les soucoupes, les bidons ou les seaux, puis les retourner pour éviter qu’ils ne se remplissent. Il faut ensuite appliquer un produit à base de bactéries que nous fournissons et qui cible exclusivement les larves du moustique tigre.

Quel est le moment le plus efficace pour intervenir?
Agir de manière préventive est primordial. Il faut commencer dès le mois de mai, lorsque les moustiques ne volent pas encore, mais sont déjà présents dans l’eau. C'est là qu'il faut les frapper, en vidant les récipients et en appliquant le produit, une fois par semaine jusqu’au mois de septembre. Il est très important d’agir avec régularité, sinon ça ne fonctionne pas. Il s'agit d’ailleurs de la principale difficulté: parfois on oublie, ou on part en vacances sans demander à un voisin de s'en charger.

«Pourtant, si rien n’est fait, profiter de son jardin devient impossible»

Attendre que les insectes volent est donc déjà trop tard?
Oui, parce que nous ne pouvons pas cibler les moustiques adultes. Il n’existe pas de produits spécifiques pour cela et ceux qui pourraient être utilisés sont interdits en Suisse, car ils tuent tous les autres insectes. Il est possible d’utiliser des pièges, mais ceux-ci ne capturent qu’un nombre relativement limité de spécimens. Ils peuvent aider, mais uniquement après avoir agi de manière préventive.

La population applique-t-elle vos recommandations?
Nous menons des campagnes depuis 2009, mais il faut beaucoup de temps pour atteindre tout le monde. Au fil des années, la majorité des habitants ont intégré cette logique et, par conséquent, la densité des moustiques n’augmente plus. Au contraire, elle diminue légèrement.

«Le Tessin est le seul endroit en Europe où l’on est parvenu à obtenir un tel résultat»

Le bilan est donc positif?
Oui. Il est impossible d’empêcher la propagation du moustique tigre, mais on peut contenir sa densité, au moins localement. Cela demande beaucoup de temps, mais l’exemple tessinois montre que, lorsqu’on insiste, les résultats finissent par arriver.

Y a-t-il d’autres cantons qui appliquent ces mesures avec les mêmes résultats?
A Zurich, il a même été possible d’éliminer le moustique tigre à trois reprises, parce qu’il avait colonisé une zone isolée et circonscrite. Cela ne signifie pas que le problème ne se manifestera plus, mais sa progression a été nettement ralentie. Dans d’autres régions, les résultats sont moins marqués. Les mesures y sont plus récentes et les citoyens ne participent encore que partiellement.

«Le fait qu’il y ait encore relativement peu de moustiques joue également un rôle. En général, les gens nous écoutent lorsqu’ils commencent à se faire piquer»

Et puis il y a des régions qui tentent de rattraper le retard, car le système de surveillance a été mis en place un peu trop tard. Nous pouvons donner des conseils, mais chaque canton reste indépendant.

Au Tessin, vous êtes actuellement en train de tester la technique du mâle stérile. En quoi consiste-t-elle?
Elle consiste à relâcher dans l’environnement d’énormes quantités de mâles stérilisés par rayons X. Ces insectes entrent en concurrence avec les mâles fertiles déjà présents dans la nature et s’accouplent avec les femelles, sans toutefois les féconder.

Cette méthode fonctionne-t-elle?
Elle est très prometteuse. Les mâles ne piquent pas et peuvent aussi pénétrer dans les jardins, ce qui permet de couvrir des zones qui ne le sont pas toujours de manière optimale. De plus, ils meurent au bout de deux ou trois jours, si bien qu’il ne reste rien dans l’environnement.

«Le problème, c’est que cette technique est très coûteuse et complexe, car il faut libérer ces insectes deux fois par semaine, de mai à septembre»

Quoi qu’il en soit, cette méthode est encore au stade expérimental. Nous sommes encore en train d’évaluer si elle fonctionne, comment et dans quels environnements. Même si elle devait être utilisée en Suisse, elle constituerait un moyen supplémentaire dans la lutte contre le moustique tigre. Elle ne sera pas la solution.

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