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Quelqu'un a voulu payer pour supprimer un article sur un drone

On a proposé de l'argent à nos collègues pour supprimer cet article
Un mystérieux personnage a contacté nos confrères…Image: watson

Quelqu'un a voulu payer pour supprimer cet article

Un article sur les activités de l'industrie internationale de l'armement devait disparaître du web. Un intermédiaire était prêt à payer CH Media (éditeur de watson) pour ça. Voici les dessous de cette affaire.
15.03.2026, 18:5615.03.2026, 18:56
Christian Mensch / ch media

La demande concerne une «affaire très sensible», écrit Andrey I.. Mais dans son e-mail adressé à la rédaction d'un des titres de CH-Media (groupe auquel appartient watson) il va droit au but: il souhaite nous racheter un article. Il ajoute:

«Je serais prêt à vous dédommager financièrement si vous retiriez ensuite la publication du site web»

La réponse, à savoir qu'une telle démarche est inacceptable du point de vue de l'éthique journalistique, était évidente dès le départ... tout comme l'intérêt d'en savoir plus sur cette mystérieuse requête et le contexte d'une telle demande.

Ainsi, une série de questions prudentes, auxquelles il a été partiellement répondu, a permis d'obtenir un aperçu surprenant du travail des «Story Killers » («tueurs d'histoires»), qui nettoient le web des publications indésirables. Dans aucun de ses e-mails, Andrey I. n'a signalé que l'article contenait une erreur. Il n'a jamais invoqué le droit à l'oubli; pour cela, il aurait dû justifier son identité en tant que mandant.

Une proposition indécente

Andrey I. n'a pas souhaité dévoiler ses motivations. Interrogé à ce sujet, il a répondu qu'il était «indépendant et transmettait des offres aux propriétaires de sites web et d'articles». Il a par ailleurs insisté sur le fait qu'il garantissait «la plus stricte confidentialité», tout en faisant preuve d'une extrême souplesse quant au mode de paiement. Il s'est dit prêt à contribuer à un projet «ou à d'autres fins» par le biais d'une contribution financière.

Dans une réponse, Andrey I. écrit: «Je pourrais verser au moins 1000 euros à votre média.» A la question de savoir si des rédactions accepteraient une telle offre, il répond immédiatement: «Bien sûr que oui, 90% l'ont fait».

Après une correspondance de plus d'une semaine, Andrey I. a reçu un message clair de la rédaction: pour des raisons de principe, il n'y aurait pas d'accord. Cela ne l'a pas empêché de demander immédiatement si certains passages spécifiques de l'article pouvaient être supprimés. A ce stade, nous avons interrompu l'échange d'e-mails.

Des drones dans le collimateur

Les tentatives de notre «Story Killer» visaient principalement un article publié en janvier 2019 dans Schweiz am Wochenende sous le titre Eine Drohnenbeschaffung im Blindflug, que l'on peut traduire par: «Un achat de drones à l'aveuglette». En ligne, le titre (traduit en français) était: L'armée suisse achète des drones à une entreprise controversée. L'article expliquait que la Suisse avait décidé d'acheter le drone Orbiter 2b de l'entreprise d'armement israélienne Aeronautics Defense Systems (ADS), malgré les critiques existantes à l'encontre de cette entreprise.

Un drone Orbiter 2 de la société israélienne Aeronautic Defense System
Un drone Orbiter 2 de la société israélienne Aeronautic Defense SystemsImage: SDA-ATS

En raison de ses pratiques commerciales, ADS faisait l’objet d’une surveillance politique de la part de l’autorité israélienne compétente et constituait parallèlement, sur le plan économique, une cible de rachat. C’est alors qu’est entré en scène l'agent commercial israélo-monégasque Aaron Frenkel. Frenkel a amassé une fortune de plusieurs milliards grâce à des transactions dans les secteurs de l'immobilier et de l'aéronautique, et opère lui-même dans le secteur des drones militaires par l'intermédiaire de son entreprise Uvision.

Frenkel a également laissé son empreinte en Suisse. Une entreprise de maintenance aéronautique, Altenrhein Aviation, qui appartenait auparavant à Pilatus Werken, fait ainsi partie de sa sphère d'influence. L'entreprise Argus Aviation Technologies, qui visait à produire des drones à Altenrhein même, a été créée au sein de la même structure qu'Altenrhein Aviation.

Argus Aviation en stand-by

Altenrhein Aviation a à nouveau changé de mains en 2022. La société appartenant à Frenkel a transféré son siège social, ainsi que celui d'Argus Aviation Technologies, dans la commune argovienne de Zeiningen. Interrogé à ce sujet, le seul membre du conseil d'administration a déclaré qu'Argus Aviation Technologies n'était «actuellement pas opérationnelle». Il n'a pas pu fournir d'autres informations à ce sujet.

L'article sur les drones a été publié le 12 janvier 2019 dans le journal «Schweiz am Wochenende».
L'article sur les drones a été publié le 12 janvier 2019 dans le journal Schweiz am Wochenende.Image: CH MEDIA

Frenkel est resté lié à la Suisse. L'automne dernier, il a assisté, à Zurich, à un gala de bienfaisance organisé par les Amis suisses de Yad Sarah. Cette organisation caritative israélo-américaine a collecté des fonds pour la rééducation et le suivi médical des victimes de l'attentat terroriste du 7 octobre 2023. Selon l'organisation, le gala a permis de récolter 1,4 million de francs, somme que Frenkel a multipliée par deux en tant que bienfaiteur.

Des milliards pour l'industrie des drones

Andrey I. n'a pas révélé pourquoi, six ans plus tard, il fallait que les informations sur l'achat de drones disparaissent d'Internet. Ce qui est certain, c'est que la militarisation de l'industrie des drones rapporte actuellement des milliards. Et que ADS et Uvision, la société de Frenkel, sont au cœur de ces bouleversements.

Selon la plateforme spécialisée «Calcalist», ADS est sur le point de changer de mains. L'entreprise d'armement américaine Ondas prévoit en effet de la racheter. Cette dernière a récemment intensifié ses activités sur le marché israélien de la défense. Avec un nouvel investisseur important et inconnu, l'entreprise s'est également procuré des capitaux pour poursuivre son expansion.

Uvision est également en pleine expansion. Elle a non seulement conclu des contrats importants avec les forces armées américaines, mais elle fait également son entrée sur le marché européen en tant que partenaire de l'entreprise allemande Rheinmetall. Uvision connaît un succès particulier avec sa série «Hero», des drones kamikazes (ou «munitions rôdeuses» dans le jargon militaire). Selon «Calicast», la grande banque américaine JP Morgan étudie la possibilité d'une introduction en bourse d'Uvision, dont la valeur est estimée à plusieurs milliards de dollars.

Andrey I. nous l'avait bien dit: «Il s'agit d'une affaire très sensible.» (trad.: mrs)

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