Comment l'armée suisse pourrait déchirer le PS
Il s’agit de supprimer la suppression: le PS doit-il retirer de son programme ses passages antimilitaristes? «Le PS doit soutenir l’armée», réclame la plateforme réformiste du parti, l’aile libérale et plutôt à droite des sociaux-démocrates. Elle est présidée par le conseiller aux Etats Daniel Jositsch.
Au sein de la direction du parti aussi, on se dit disposé à discuter: «Il est incontestable que la situation militaire doit être réanalysée», affirme le coprésident Cédric Wermuth.
Une première décision interviendra bientôt: samedi prochain, les délégués débattront notamment de la question de savoir si la présentation de l’armée dans le programme du PS correspond encore à la situation géopolitique actuelle.
Deux passages sont particulièrement sensibles, surtout depuis l’invasion russe de l’Ukraine:
- «Les dépenses actuelles pour l'armée suisse doivent être entièrement réaffectées à la promotion internationale de la paix. Une abolition de l’armée par la Suisse serait aussi un signal fort au retentissement mondial qui lui faciliterait une politique internationale de paix crédible.»
- «Le PS milite pour la suppression de l’armée. En attendant d’atteindre cet objectif, l’armée suisse doit être massivement réduite et transformée.»
La revendication de la «suppression de l’armée» est très controversée, y compris au sein du parti. Elle complique fortement l’action politique des socialistes, comme nous le confirme la conseillère nationale socialiste Priska Seiler Graf:
Cette discussion est désormais officiellement engagée. La plateforme réformiste du PS veut que la revendication de la «suppression de l’armée» soit elle-même supprimée.
Une partie du PS veut soutenir l'armée
Dans une motion adressée au congrès du samedi 28 février, la plateforme réformiste souhaite supprimer entièrement le premier passage – l’argent de l’armée pour la paix. Le second passage – «suppression de l’armée» – doit être reformulé comme un engagement en faveur de l’armée: «Le PS s’engage pour une armée efficace, moderne et performante.»
La plateforme réformiste justifie sa demande par la situation sécuritaire «dramatiquement détériorée» en Europe depuis février 2022. L’armée deviendrait ainsi «la dernière réserve de sécurité». Daniel Jositsch, rappelle l’article 58 de la Constitution fédérale:
Le PS, en tant que principal parti suisse défendant les valeurs sociales-démocrates, doit pouvoir continuer à mener une politique crédible, écrit la plateforme. Cela suppose de reconnaître «que nous avons besoin d’une armée». Et d’ajouter: «Le PS doit soutenir l’armée.»
Un programme de parti ne se modifie pas si facilement
Modifier un programme de parti ne va toutefois pas de soi. En coulisses, des discussions juridiques ont porté sur la question suivante: le PS peut-il modifier son programme sur un point isolé?
Pour le coprésident Cédric Wermuth, la réponse est claire:
Entre-temps, la direction du parti et la plateforme réformiste ont toutefois trouvé un compromis pour le 28 février. Daniel Jositsch explique:
La question de savoir si la suppression sera biffée doit être intégrée dans un document de base géopolitique que le PS a déjà décidé d’élaborer et qu’il entend présenter d’ici à 2028. Formellement, le congrès devra l’entériner le 28 février par une résolution de la présidence du PS Suisse intitulée «Pour le droit international et la démocratie plutôt que la politique de puissance et l’autoritarisme». Cette résolution fait partie du document de base.
Daniel Jositsch se dit satisfait. Peu lui importe l’endroit où la suppression sera formellement discutée. «Ce qui compte pour moi, c’est la déclaration du parti.» Il souligne: «Cela constitue de fait une décision préalable.»
«Je me réjouis de cette discussion», affirme le coprésident Cédric Wermuth. Dans le contexte actuel, il est essentiel que le PS se confronte à la nouvelle donne géopolitique. «Les sociaux-démocrates doivent, comme tous les autres, faire face à une situation marquée par des impérialismes de plus en plus violents de la part de la Russie, de la Chine et des Etats-Unis.» C’est pourquoi le PS s’est par exemple prononcé en faveur d’un soutien militaire à l’Ukraine afin de pouvoir opposer une réponse à l’invasion lancée par Vladimir Poutine. (trad. hun)
