Le conflit entre Tidjane Thiam et son ancienne employée domestique s’invite une nouvelle fois devant la justice. Le 9 juillet, les deux parties se retrouveront devant le Tribunal cantonal de Zurich.
En cause: le recours déposé par l’ancien dirigeant de Credit Suisse contre un jugement rendu il y a près d’un an. Le 6 août 2024, le Tribunal de district de Meilen, dans le canton de Zurich, a en effet acquitté la quadragénaire des accusations de tentative de contrainte.
Au cœur du litige: des arriérés de salaire que l’ex-employée réclame pour ses années de service dans la villa de Herrliberg, que possédait Tidjane Thiam à l’époque. Une période qui l'aurait rendue dépressive, selon ses propres mots: elle devait toujours se rendre disponible, sans jamais prendre de vacances. A l’issue de cette collaboration, elle a demandé à l'homme d'affaires plus d’un demi-million de francs pour clore le différend. Refus catégorique de ce dernier, qui a contre-attaqué en justice.
La justice n’a jusqu’à présent pas donné raison à Tidjane Thiam. Avant d'innocenter la gouvernante des accusations de chantage, elle a déjà condamné l'ex-banquier, en septembre 2023, dans une procédure civile devant le tribunal de Zurich: il devait alors verser à son ancienne employée plus de 200 000 francs.
Or, selon les informations disponibles, cette somme n'a toujours pas été versée. L’ex-employée a en revanche dû avancer plus de 100 000 francs de frais d’avocats et de justice.
Mais le vent pourrait tourner. Comme l’a révélé récemment le portail Inside Paradeplatz, l’avocat de la quadragénaire roumaine a obtenu le gel de deux comptes bancaires suisses au nom de Tidjane Thiam. Il s’agirait de comptes détenus à la fois auprès d’UBS, qui a absorbé Credit Suisse, et de la CIC Suisse, filiale du Crédit Mutuel français. Sur le compte UBS, environ 50 000 francs ont été bloqués, selon une source proche de l’ex-employée.
Sollicitées par la Schweiz am Wochenende, les deux banques n’ont pas souhaité faire de commentaire. La CIC invoque le secret bancaire et précise qu’elle ne peut ni confirmer ni infirmer l’existence d’une relation commerciale. Cette procédure de gel, dite de séquestre, permet à un créancier, ici l’ex-gouvernante, de faire bloquer des avoirs d’un débiteur s’il existe un risque qu’ils soient déplacés ou soustraits.
Il faut pour cela prouver l’existence d’une dette et d’un motif valable, comme une domiciliation à l’étranger ou une tentative frauduleuse d’échapper à ses obligations. Le blocage, toutefois, n’est que temporaire si aucune procédure de poursuite n’est lancée, et le débiteur peut s’y opposer légalement.
Tidjane Thiam n’a toujours pas l’intention de verser les montants exigés, selon Inside Paradeplatz. L’ancien dirigeant de Credit Suisse affirme être victime d’une campagne de diffamation. Il ne s'est pas présenté à l’audience d’août 2024, pas plus que ses avocats, et a exprimé son indignation deux jours plus tard sur Instagram.
Pour Tidjane Thiam, le tribunal a ignoré les preuves qu’il a fournies. Il estime que le jugement est erroné, que la presse européenne fait preuve de partialité et que certaines minorités exploitent l’affaire à des fins politiques. Il conclut:
Reste à voir si la justice lui donnera raison. Si le Tribunal cantonal confirme l’acquittement, Tidjane Thiam pourrait encore porter l’affaire devant le Tribunal fédéral.
Adapté de l'allemand par Tanja Maeder