Ce nouveau train de nuit privé avance sans les CFF
Derrière les trains de nuit au départ de la Suisse se trouvent les Chemins de fer fédéraux autrichiens (ÖBB) et les CFF, du moins officiellement. Lorsqu’il s’agit d’annoncer de nouvelles lignes ou de présenter de nouveaux trains, les deux entreprises ferroviaires aiment souligner leur collaboration. Mais en coulisses, l’activité est moins reluisante, et pas seulement à cause du linge de lit.
Les ÖBB ont externalisé les services de restauration à bord des trains reliant Zurich à Vienne, Amsterdam ou Hambourg à l’entreprise française Newrest. Il y a un an, celle-ci avait ouvert un site à Zurich, qui s’était rapidement fait remarquer en raison de mauvaises conditions de travail.
Le Tages-Anzeiger avait rapporté des journées de travail de 12 heures et des salaires nets d’un peu plus de 3000 francs par mois. Le Syndicat du personnel des transports (SEV) avait exigé des améliorations.
Mais Newrest a choisi de trancher dans le vif: comme l’a annoncé le SEV mercredi, l’entreprise va licencier l’ensemble de son personnel suisse. Jusqu’à 30 employés sont concernés.
Le Parlement enterre le train de nuit vers Malmö
D'après nos informations, les trains de nuit au départ de la Suisse seront désormais assurés par du personnel principalement employé sur le site Newrest d’Innsbruck. Cela permet à l’entreprise de réduire les coûts. D’après une offre d’emploi, un «steward» y gagne entre 2243 et 2800 euros par mois.
Ces suppressions de postes chez Newrest ne sont que la dernière mauvaise nouvelle pour les amateurs de trains de nuit. En décembre dernier, le Parlement avait décidé de supprimer les subventions pour le train de nuit reliant Bâle à Malmö. L’offre, qui devait démarrer en avril, a ainsi été abandonnée avant même son lancement.
Peu après, une annonce de l’entreprise European Sleeper avait toutefois été accueillie plus positivement. La start-up belgo-néerlandaise avait annoncé le lancement, dès l’été, d’un train de nuit reliant Milan à Bruxelles et Amsterdam.
Il devrait s’arrêter à Brigue, Berne et Bâle. Ce serait le premier train de nuit à desservir la capitale fédérale depuis de nombreuses années. Depuis, le silence est toutefois devenu suspect.
BLS sollicitée
Sur son site internet, l’entreprise maintient la date de lancement au 18 juin. Mais les billets ne sont toujours pas en vente, alors que de nombreux voyageurs ont déjà commencé à planifier leurs vacances d’été. Interrogée, l’entreprise avait d’abord promis des informations pour fin janvier, avant de reporter à une date ultérieure.
Le temps presse pourtant. L’entreprise doit notamment mandater une entreprise ferroviaire titulaire d’une licence en Suisse afin d’assurer la traction du train sur le territoire helvétique. Les CFF ne sont pas disponibles à cet effet, comme ils l’ont clairement indiqué.
En revanche, la compagnie bernoise BLS a bien reçu une demande écrite d’European Sleeper, comme l’a confirmé un porte-parole. Aucun échange n’a toutefois encore eu lieu: le BLS attend toujours une réponse.
Le train passera-t-il finalement par Zurich?
Une porte-parole d’European Sleeper ne souhaite pas préciser les raisons du retard. L’un des problèmes pourrait concerner le tracé prévu via la ligne du Simplon. Selon nos sources, deux obstacles existent.
- Premièrement, la gare de Berne est en travaux pour plusieurs années encore. Il n’est pas certain qu’une voie libre soit disponible.
- Deuxièmement, les chemins de fer italiens modernisent actuellement la ligne entre Domodossola et Iselle. Ces travaux entraînent des fermetures totales de plusieurs semaines, au moins cette année et l’an prochain, notamment du 29 mai au 26 juillet.
L’entreprise examine donc aussi la possibilité de faire passer le train par Zurich et la ligne du Gothard. L’office suisse chargé de l’attribution des sillons ferroviaires confirme qu’une telle option est étudiée. Aucune décision n’a encore été prise, et aucune demande officielle de sillons, c’est-à-dire de créneaux de circulation, n’a encore été déposée.
Le personnel fédéral voyagera-t-il en train de nuit?
Le problème de cette solution est d’ordre commercial. Bien que Zurich dispose d’un bassin de population plus important, le potentiel pourrait être plus élevé à Berne.
En direction de Milan, un train de nuit au départ de Zurich serait peu attractif. Selon European Sleeper, l’arrivée dans la métropole du nord de l’Italie est prévue vers 10 heures du matin. Or, depuis Zurich, il est déjà possible d’arriver à cette heure-là avec le premier train de jour régulier.
Dans l’autre sens, le train devrait être scindé, une partie vers Bruxelles, l’autre vers Amsterdam. Or, un train de nuit circule déjà de Zurich vers Amsterdam, destination touristique plus importante, et il sera en outre exploité avec du nouveau matériel roulant dans le courant de l’année.
Il est donc incertain qu’European Sleeper puisse attirer des clients. Vers Bruxelles, l’affluence touristique est plus modeste. À Berne en revanche, il existe un certain potentiel, notamment parmi les employés fédéraux susceptibles d’utiliser un train de nuit pour se rendre dans la capitale de l’Union européenne.
European Sleeper promet de communiquer des détails la semaine prochaine. Le marché des trains de nuit est marqué par une forte pression sur les coûts, des défis opérationnels et la nécessité de coordonner plusieurs partenaires, des problèmes que le transport aérien, moins cher, ne connaît pas ou dans une moindre mesure.
Le fait que le kérosène ne soit pas taxé confère en outre un avantage supplémentaire à l’avion. Dans ce contexte, le lancement d’un nouveau train de nuit constituerait une rare bonne nouvelle.
Traduis de l'allemand par Tim Boekholt
