Suisse
Crans-Montana

Crans-Montana: un avocat veut saisir les biens des propriétaires

Le Constellation avant l'incendie meurtrier et des bougies en hommage aux victimes. En médaillon, Me Romain Jordan.
Le Constellation avant l'incendie meurtrier et des bougies en hommage aux victimes. En médaillon, Me Romain Jordan.image: montage watson

«Il faut saisir les biens de ce couple»: un avocat des victimes réagit

L'avocat genevois Romain Jordan représente les intérêts de plusieurs familles de victimes dans le drame de Crans-Montana qui a fait 40 morts et 116 blessés. Dans une interview à watson, il pointe les manquements, selon lui, dans l'enquête et critique la prise de position, ce mardi, des autorités de la commune valaisanne.
06.01.2026, 14:3306.01.2026, 20:16

Combien de familles de victimes représentez-vous?
Maître Roman Jordan: Je représente une dizaine de victimes à cette heure, grâce à Dieu toutes vivantes.

Que vous demandent ces familles?
La première demande des familles, c'est qu’on ne ferme aucune porte, c’est qu'on aille jusqu'au bout du raisonnement et c’est qu'on établisse toutes les responsabilités, afin que jamais cela ne puisse se reproduire. L’expérience en matière de catastrophes démontre toujours que le drame est la conséquence d’enchaînement d’erreurs. Cela rime souvent avec plusieurs responsabilités.

Quel type d’erreur?
Il y a, déjà, l'installation de cette mousse acoustique – dans une matière hautement inflammable – au plafond du sous-sol du bar, là où le feu a pris. Tout porte à croire qu’il y avait une connaissance du risque représenté par cette mousse, comme en atteste une vidéo du Nouvel-An 2019-2020 révélée par la RTS, où l’on entend quelqu’un dire à une personne portant une bougie incandescente «Fais gaffe à la mousse». On peut s’interroger ensuite sur l'absence de contrôles de sécurité réguliers de la commune de Crans-Montana, l’organe chargé de cette tâche, curieusement de 2019 à ce jour.

«La commune s’est-elle opposée à l’installation de cette mousse?»

Cette dernière a-t-elle été un sujet avec les autorités? Elle en était en tout cas un au sein de l’établissement.

A ce propos, le Conseil communal de Crans-Montana a, ce mardi matin dans une conférence de presse, reconnu que le bar Le Constellation n'avait plus été contrôlé depuis 2020. Il dit le «regretter amèrement», évoquant un «manquement aux contrôles périodiques sur la période 2020-2025». Quelle est votre réaction?

«On aurait aimé entendre des excuses, a fortiori cinq jours après les faits»

Mes clients notent l’effort de transparence de la commune, mais ils ont pris connaissance avec consternation des informations communiquées lors de la conférence de presse. La quantité effarante des manquements et lacunes dans les contrôles pose avec d’autant plus d’urgence la question de la mise sous enquête de la commune.

«Il est évident que la tentative de la commune de se porter partie plaignante doit être – et sera – rejetée avec force et sans délai. Ce cynisme stratégique était déplacé. Essayé pas pu, pourrait-on résumer»

Pourquoi cette sévérité de votre part?
La commune et l’ensemble des autorités doivent assumer pleinement leurs responsabilités. Que la commune cherche à se présenter en lésée revient à dépouiller les victimes de cette tragédie de leur statut, ce qui est inacceptable dans ces circonstances dramatiques. Il est important que les contrôles soient étendus à tous les établissements, non seulement tenus parles mêmes exploitants que le bar Le Constellation, mais aussi les autres. Le risque qu’un drame se reproduise hante les familles.

Dans une déclaration que vous avez faite précédemment, vous dites regretter que la procédure pénale ouverte par le ministère public valaisan contre le couple de propriétaires du bar Le Constellation porte seulement sur l’homicide par négligence et non pas sur le dol éventuel. Quelle est la différence?
L’homicide par négligence, c'est lorsque, par une imprévoyance coupable, vous ignorez un risque ou que vous l’écartez par imprévoyance, pensant à tort qu’il ne peut pas se réaliser. Le dol éventuel, c'est lorsque vous avez conscience du risque et décidez de le prendre. Vous le connaissez, vous l'acceptez.

«Et donc vous acceptez à titre éventuel que cela puisse mener à un drame»

Vous vous accommodez de cette éventualité. Vous vous dites que quelque chose, un gain économique par exemple, vaut plus que la prise en compte de ce risque réel. Faire des travaux conformes aux règles, fermer votre établissement, face à votre intérêt à rentabiliser ce dernier au maximum. Il faut bien voir que le droit pénal s'intéresse à ce qu'il y a dans la tête de la personne qui commet l'infraction, aux choix qu’elle fait à un moment donné.

Quelle est votre appréciation de l'enquête telle que menée par le ministère public valaisan?
C'est une appréciation à ce stade plutôt circonspecte; il faut aussi dire que nous ne sommes qu’à ses débuts et dans des circonstances exceptionnelles. Le canton d'ailleurs l'a immédiatement reconnu. Le conseil d'État à fort juste titre a déclaré la situation exceptionnelle, ce qui a permis une réaction sanitaire remarquable.

«On peine à saisir la même prise de conscience du côté du ministère public»

Pourquoi dites-vous cela?
Il faut savoir que ce n’est pas la procureure générale, Madame Beatrice Pilloud, même si elle apparaît en première ligne d’un point de vue médiatique, qui mène l’enquête, mais la procureure qui était de permanence au moment des faits, Madame Marie Gretillat, qui a elle-même délégué celle-ci à la police.

«Est-ce que c'est la meilleure configuration? Est-ce que Madame Pilloud, en tant que procureure générale, ne devrait pas prendre le lead?»

Dans le canton de Genève, face à une situation aussi exceptionnelle, on verrait mal le procureur Olivier Jornot ne pas s'en occuper lui-même.

Diriez-vous qu’il y a une forme de torpeur dans la façon dont l’enquête est menée?
Oui, sans doute. Maintenant, on est à cinq jours du drame, et il y a bien sûr beaucoup d’émotion. Il faut certes donner du temps à l'enquête, mais le problème, c'est que ce temps, on ne l'a pas forcément. Les premières heures d'une enquête sont essentielles pour récupérer le maximum de moyens de preuves sans qu'il ait contamination, sans qu'il y ait collusion entre les différents intervenants, tri dans les documents, de courriels effacés, etc. Quand on voit, par exemple, que, au petit matin même des faits, le site web du Constellation, puis la page Facebook et Instagram qui contenait de nombreuses vidéos et photos ont étésuspendus, cela interroge.

«Qui fait cela alors qu’un établissement est encore en train de brûler?»

La procureure générale a dit qu’elle n'incarcérait pas à titre préventif le couple propriétaire, parce que, selon elle, il n'y a pas de risque de fuite, ni risque de collusion. Etes-vous d’accord?
C'est toujours délicat pour une partie plaignante de se prononcer sur des enjeux de détention préventive. Les familles veulent la manifestation de la vérité. L’aspect des garanties économiques demeure aussi incertain, en l’absence de mesures de substitution et donc de garantie financière demandées aux propriétaires. Des séquestres sur leurs avoirs ont-ils été prononcés? J’ai crainte que non. Or, il y aura des dommages substantiels dans cette affaire. Qui va les payer?

«Il est donc surprenant que le ministère public n'ait pas prononcé de séquestre de biens»

Vous dites qu’il aurait fallu saisir des biens de ce couple?
Absolument, et cela n'a pas été fait à ma connaissance.

Portez-vous le soupçon d’une éventuelle complaisance?
Rien ne me permet de l’affirmer, mais il faut s’assurer que toutes les questions seront instruites et posées. C'est là aussi que l'effet de sidération d'une arrestation ou d'une perquisition peut parfois faciliter la manifestation de la vérité.

Savez-vous s'il y a déjà eu des perquisitions d'ordonnées ou de faites dans cette affaire?
A ma connaissance, aucune.

S'il n'y en a pas eu, est-ce surprenant?

«Oui, c'est incompréhensible»

Avez-vous accès au dossier en tant que représentant de parties lésées?
Je attends avec impatience que ce soit le cas. Le ministère public nous l'a promis.

- La bourde de Cyril Hanouna sur le drame de Crans-Montana
Video: watson
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Il nous a tous fait pleurer
Mathias Reynard a livré un discours poignant et précis, qui a fait pleurer l'assistance, avant de rappeler l'importance du sens des responsabilités aux autorités communales de Crans-Montana.
La Suisse est en deuil, ce 9 janvier 2026. L'hommage aux victimes de Crans-Montana a été bouleversant à bien des égards, mais dans la douleur se niche parfois de la beauté. Cet éclat a été rendu par Mathias Reynard, président du Conseil d'Etat valaisan.
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