Jusqu’à 1,6 million: les salaires des PDG de l’énergie dans le viseur
478 166 francs bruts: c’est le montant que gagnent chaque année les membres du Conseil fédéral. C’est à ce niveau que la Commission de l’énergie du Conseil national souhaite désormais plafonner la rémunération des dirigeants et des membres des conseils d’administration des groupes électriques suisses.
Elle a clairement accepté, par 17 voix contre 4, une initiative parlementaire en ce sens déposée par le conseiller national UDC soleurois Rémy Wyssmann, ont annoncé mardi après-midi les Services du Parlement. Ces règles s’appliqueraient aux entreprises majoritairement détenues par les pouvoirs publics. Cela concerne notamment le leader du secteur Axpo ou encore les Forces motrices bernoises (BKW).
Si la décision est confirmée en plénum par le Parlement fédéral, la direction des entreprises énergétiques devrait consentir à de lourdes baisses de salaire. Le patron d’Axpo, Christoph Brand, perçoit pour l’exercice 2024/25 une rémunération pouvant atteindre un peu plus de 1,6 million de francs. Le CEO de BKW, Robert Itschner, a quant à lui touché en 2024 jusqu’à près de 1,6 million de francs. Ces montants incluent les contributions à la caisse de pension.
Pour Rémy Wyssmann, ces rémunérations sont injustifiées «parce que les entreprises détenues par les pouvoirs publics disposent de facto d’une garantie de l’Etat dans un marché hautement régulé». Le risque est supporté par les contribuables, tandis que les dirigeants bénéficient de salaires excessivement élevés.
Le conseiller national rappelle le bouclier de sauvetage de plusieurs milliards mis en place par la Confédération à l’automne 2022 en raison des turbulences sur le marché international de l’électricité. Axpo risquait alors des problèmes de liquidités, mais n’a finalement pas eu recours à l’aide fédérale.
Les actionnaires d’Axpo, parmi lesquels les cantons de Zurich, d’Argovie et de Schaffhouse, ont déjà pris des mesures pour réduire les salaires de la direction, applicables dès l’exercice 2025/26. Lors d’une assemblée générale extraordinaire en novembre dernier, ils ont adopté un nouveau système de rémunération.
Le salaire maximal s’élèvera à un million de francs par membre de la direction, mais uniquement si tous les objectifs fixés sur trois ans sont entièrement atteints. Pour le CEO, un plafond contraignant a notamment été introduit: sa rémunération se situera entre 750 000 et 1,37 million de francs.
BKW qualifie pour sa part la décision de la Commission de l’énergie «d’ingérence injustifiée dans la liberté économique». L’entreprise ne se considère pas comme une société étatique et souligne qu’une part importante de ses activités n’est pas liée aux marchés régulés de l’énergie et des réseaux. Selon BKW, un plafonnement salarial imposé politiquement et spécifique à la branche la désavantagerait face à d’autres entreprises dans la concurrence pour attirer les talents.
