Suisse
Economie

Voici l'erreur que font souvent les Suisses avec leur argent

Les Suisses font l'une de ces deux erreurs en investissant

Bien investir n'est pas trivial, mais ce n'est pas non plus une science complexe. Tout le monde pourrait apprendre à le faire, mais peu s'en préoccupent, et le plus souvent, c'est quand il est trop tard.
23.11.2025, 11:5523.11.2025, 11:55
Daniel Zulauf / ch media

Beaucoup de Suisses sont réticents aux actions. Cette constatation, loin d'être nouvelle, est une fois de plus confirmée par une étude récente de la Haute école de Lucerne. Un sondage représentatif mené auprès de 2005 personnes âgées de 18 à 79 ans montre que seule une personne sur deux investit librement son capital d'épargne (en dehors de la prévoyance professionnelle et du pilier 3a) dans des titres comme des actions, des fonds ou des obligations.

Les moins enclins sont les jeunes sans formation universitaire (42%), disposant de peu de patrimoine et de faibles revenus. Les retraités, en revanche, sont ceux qui investissent le plus.

Problème sociétal

Ce qui semble logique et rarement remis en question constitue en réalité un véritable problème sociétal, qui dépasse largement les frontières de la Suisse. L'évolution démographique dans la plupart des pays industrialisés (encore) prospères tend à déstabiliser les systèmes de retraite et à accroître les charges financières pour les générations plus jeunes. La forte dette de nombreux Etats rend d'autant plus urgente l'initiative d'une prévoyance efficace par les jeunes eux-mêmes.

En principe, il existerait un moyen simple d'atténuer au moins ce problème: si la population bénéficiait d'une éducation financière adéquate, elle aurait une idée concrète de l'évolution d'un capital investi par rapport à un capital non investi sur le long terme. Les gens comprendraient également les opportunités et les risques liés à l'investissement, tout comme ceux liés à l'absence d'investissement.

Mais le niveau de culture financière de la population reste préoccupant. L'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économiques, dont la Suisse est membre, constatait il y a deux ans, dans un état des lieux sur les connaissances financières de ses pays membres, que seulement un tiers des individus possèdent un savoir de base suffisant. Si 84% connaissent la définition de l'inflation ou de la dépréciation monétaire, un tiers d'entre eux sont incapables d'appliquer ces notions à leur propre situation financière.

Il se peut que le niveau de connaissances financières en Suisse soit en moyenne un peu plus élevé. Mais cela n'est pas certain, et surtout, comme ailleurs, il reste très inégalement réparti. L'étude de la Haute école de Lucerne montre à quel point le savoir financier diffère entre les personnes ayant déjà investi et celles qui n'ont aucune expérience en la matière.

L'ignorance engendre la peur

Parmi les personnes interrogées ayant déjà investi, plus du double se déclaraient prêtes à prendre des risques avec leurs placements. Ce qui est en réalité une évidence quand on vise un rendement. En revanche, parmi celles qui n'investissent pas, plus du double par rapport aux investisseurs affirmaient être nerveuses dès les plus petites pertes.

«La peur résulte d'un manque de connaissances», explique le professeur d'économie Erwin Heri de l'Université de Bâle. Dans le passé, il a notamment été responsable de la gestion du capital de Winterthur Assurances et dirige depuis onze ans le portail Fintool, qui offre aux investisseurs autodidactes une entrée accessible dans le monde des marchés financiers. Il explique:

«Investir sur les marchés financiers n'est pas totalement trivial, mais ce n'est pas non plus aussi compliqué que cela en a l'air.»

Certaines questions, selon lui, sont «simplement sans pertinence», comme celles concernant l'objectif de rendement sur un ou deux ans. A court terme, les fluctuations des marchés financiers sont imprévisibles. Erwin Heri raisonne sur des horizons de dix ans et plus. Sur ces périodes, investir en actions s'avère généralement rentable, comme le montre l'histoire des dernières décennies.

Il est évidemment certain que les cours des actions peuvent fortement fluctuer. Mais selon Erwin Heri, le surrendement que ces placements procurent par rapport aux obligations d'Etat dites sans risque n'est rien d'autre qu'une prime de risque. Historiquement, celle-ci se situe entre 4 et 6%.

Comme le rendement des obligations fédérales suisses à dix ans est désormais proche de zéro et devrait y rester encore longtemps selon lui, un portefeuille d'actions doit à long terme générer un rendement de 4 à 6%:

«C'est beaucoup, et peut-être plus que ce qu'un investisseur pourrait générer lui-même s'il envisage de percevoir son argent via la caisse de pension en vue de la retraite»
Erwin Heri

Les taux utilisés par les caisses de pension pour convertir le capital de prévoyance en rente s'élèvent d'ailleurs encore, dans de nombreux cas, à environ 5%.

Pourtant, 44% des futurs retraités souhaitent, au moment de la retraite, retirer tout ou partie de leur capital de prévoyance pour l'investir eux-mêmes, révèle l'étude de la Haute école de Lucerne. Beaucoup surestiment probablement leurs propres compétences, ce qui traduit également un manque de connaissances. Cependant, cette surestimation est un phénomène particulièrement répandu chez les investisseurs aisés, ce qui limite dans une certaine mesure les répercussions négatives pour la société.

En revanche, la plupart des personnes à faibles revenus ou peu fortunées souffrent du problème inverse: elles ne se sentent pas capables d'investir et s'abstiennent donc même de placer de petites sommes qu'elles auraient pu et dû investir par le passé. C'est ainsi que l'écart entre riches et pauvres s'est creusé au fil des décennies, la répartition inégale des connaissances financières ayant largement contribué à ce phénomène.

Traduit et adapté par Noëline Flippe

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