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Economie

Berne veut que la pharma rembourse des millions aux assurés

Le CEO de Novartis Vas Narasimhan et le CEO de Roche Thomas Schinecker.
Le CEO de Novartis Vas Narasimhan (à gauche) et le CEO de Roche Thomas Schinecker devront peut-être rembourser des millions à la Confédération.Image: Moment RF

Berne veut que Roche et Novartis remboursent des millions aux assurés

La Confédération veut imposer des ristournes pour les médicaments qui réalisent les plus gros chiffres d'affaires. Si le modèle de calcul était jusqu'ici opaque, nous avons calculé les sommes que la pharma devrait rembourser à l'Etat.
01.04.2026, 05:3201.04.2026, 07:14
Pascal Michel / ch media

C’est devenu un rituel. Chaque année à l’automne, le Conseil fédéral se présente devant les médias pour annoncer la prochaine hausse des primes. L'année dernière, la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, avait indiqué que la prime moyenne augmenterait de 4,4%.

L’explosion des primes reflète la hausse des coûts de la santé. Les médicaments y contribuent également. Selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), ceux-ci constituent, avec des dépenses annuelles de 9,2 milliards de francs, le deuxième poste de coûts de l’assurance de base après les traitements médicaux ambulatoires. En 2014, le coût des médicaments s’élevait encore à 718 francs par habitant. Celui-ci atteint désormais 1024 francs.

Pour freiner cette progression, le Conseil fédéral et le Parlement réclament des rabais de quantité aux fabricants. Cette mesure concerne environ 100 préparations, qui représentent à elles seules un tiers de l’ensemble des coûts des médicaments. Les modèles dits de suivi des coûts ont récemment été mis en consultation par le Conseil fédéral.

Le calcul est opaque

L'idée est que lorsqu’un médicament atteint un certain seuil de chiffre d’affaires, le fabricant doit rembourser un montant déterminé. A chaque seuil supplémentaire, des rabais plus élevés s’appliquent, mais uniquement sur la part du chiffre d’affaires qui dépasse ce seuil. Les rabais vont de 15 à 40% et sont versés dans un fonds de compensation. Ce montant servant ensuite à faire baisser la facture générale pour les assurés.

Le calcul des rabais prévus est complexe et difficilement compréhensible pour les non-initiés. Cela s’explique par le fait que l’OFSP ne divulgue pas les données nécessaires, à savoir les prix nets, invoquant le secret commercial. Contacté, l’Office ne souhaite pas non plus fournir d’exemples de prix concrets. Les effets précis sur les médicaments et sur les fabricants était donc restés opaques jusqu'ici.

Des estimations de l’assureur Helsana apportent désormais un éclairage sur ces calculs. A la demande de CH Media (éditeur de watson), la caisse-maladie a réalisé à partir de cinq médicaments des calculs pour le système de rabais. Il s’agit des trois médicaments ayant généré le plus de chiffre d’affaires en 2024, ainsi que de produits des groupes suisses Roche et Novartis eux aussi bien placés dans le classement.

Les chiffres montrent que les rabais prévus sont substantiels. Prenons l’exemple du médicament anticancéreux Keytruda. l'américain Merck l’a développé pour traiter de nombreux types de cancer, notamment le cancer de la peau, du poumon ou de la vessie. En Suisse, les médecins y recourent fréquemment. Selon les données de Helsana, avec 167 millions de francs, Keytruda était en 2024 le médicament générant le plus de chiffre d’affaires dans le pays.

A l’avenir, le groupe devrait rembourser 45,2 millions de francs, soit environ un tiers de son chiffre d’affaires. Un élément pèse particulièrement lourd, Keytruda dépasse le seuil de chiffre d’affaires le plus élevé fixé à 70 millions de francs. Au-delà de ce montant, Merck doit consentir à des rabais de 40%.

Selon ces estimations, le groupe allemand Bayer devrait lui aussi accorder des rabais à la Confédération. Avec son médicament ophtalmologique Eylea, il a réalisé, selon les données de Helsana, un chiffre d’affaires de 144 millions de francs. Bayer est donc censé rembourser 42,43 millions. Mais ce n’est pas tout. Le groupe réalise aussi de solides ventes en Suisse avec son anticoagulant Xarelto. Ce médicament occupe la troisième place du classement des ventes. Sur un chiffre d’affaires de 88 millions, Bayer devrait accorder un rabais de 17,7 millions de francs.

Le projet élaboré à Berne vise donc en particulier les géants pharmaceutiques Bayer et Merck. Mais Roche et Novartis, dont le siège se trouve à Bâle, devraient également subir des pertes. Roche, par exemple, génère 82 millions de francs avec l'Ocrevus, son traitement contre la sclérose en plaques, et devrait désormais accorder un rabais de 18,25 millions à la Confédération. L'Ocrevus se classe au huitième rang des médicaments les plus vendus en Suisse.

Un peu plus loin dans le classement figure le Cosentyx, un traitement de Novartis contre le psoriasis. Le rabais devrait être d'environ 3,39 millions de francs.

Les conséquences seraient limitées

Au total, la Confédération entend économiser 350 millions de francs par an avec ce système. Mais ce qui peut sembler important ne représente en réalité qu’un pour cent des primes maladie.

Responsable de la politique de santé chez Helsana, Mathias Früh explique:

«Du point de vue des assureurs, il serait souhaitable d'obtenir des remboursements plus élevés. Dans le même temps, il faut un cadre équitable pour que l’innovation reste attractive. Le projet actuel parvient à cet équilibre.»

Mathias Früh estime que l’objectif d’économies de 350 millions de francs est atteignable. Il souligne aussi qu’en cas de hausse des coûts des médicaments, les remboursements augmenteraient automatiquement.

Les conséquences devraient rester limitées pour les groupes pharmaceutiques. Roche et Novartis sont des entreprises actives à l’échelle mondiale et qui ne réalisent qu’une très faible part de leur chiffre d’affaires en Suisse.

Les représentants du secteur ne contestent pas ce constat. Ils mettent néanmoins en garde, avec insistance, contre les modèles de répercussion des coûts. Cela s’explique aussi par les évolutions aux Atats-Unis. Donald Trump souhaite y aligner les prix américains sur ceux de plusieurs pays de référence, dont la Suisse.

Un tel mécanisme ferait baisser les prix aux Etats-Unis si ceux pratiqués en Suisse étaient suffisamment faibles. Et cela toucherait Roche, Novartis et les autres bien plus durement que les rabais imposés en Suisse. Les Etats-Unis restent en effet le marché pharmaceutique le plus important au monde.

La branche s’y oppose fermement

Lors d’un événement organisé récemment par la branche à l’hôtel Marriott de Zurich, Patrick Horber, cadre chez Novartis, a averti:

«Ce dont nous n’avons absolument pas besoin en ce moment, ce sont des rabais de quantité!»

Dans la salle, le public a largement approuvé. Le message était clair, les modèles de répercussion des coûts devraient être abandonnés. Le groupe de travail récemment mis en place dans la filière pharmaceutique doit d’abord analyser la nouvelle situation géopolitique et en tirer des conclusions pour la Suisse.

Mathias Früh n’en est pas convaincu:

«Beaucoup d’indices laissent penser que des intérêts de politique intérieure sont ici en jeu. En fin de compte, l’industrie pharmaceutique ne veut pas payer ces 350 millions.»

Il souligne notamment que ces mises en garde se font surtout entendre en Suisse, alors qu’elles sont peu présentes dans les autres pays de référence des Etats-Unis. Le responsable de la politique de santé chez Helsana ajoute:

«Il n’est pas du tout certain que les Etats-Unis prennent la Suisse comme pays de référence. Nos prix figurent parmi les plus élevés en comparaison internationale, et aux Etats-Unis, il n’existe pas encore de base légale stable pour que les prix soient fixés par l'Etat. Des initiatives similaires ont déjà échoué à plusieurs reprises.»

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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