Pour ce député européen, la Suisse ne laissera pas la libre circulation
Christophe Grudler est originaire de la ville frontalière de Belfort, en France, et siège pour le Modem au Parlement européen. Connaisseur de la situation des travailleurs frontaliers, l'élu s'exprime sur la libre circulation des personnes et les conséquences que pourrait avoir l'initiative pour une Suisse à 10 millions d'habitants.
Dans votre région, certains frontaliers vivent dans des camping-cars, faute de logements disponibles. La libre circulation des personnes pose-t-elle aussi des problèmes côté français?
Christophe Grudler: Un échange intense entraîne toujours des effets positifs et négatifs. C’est normal. Au-delà des avantages pour l’économie et l’emploi, il existe aussi des conséquences moins favorables, notamment la pression sur le marché du logement, que nous connaissons également côté français. Mais le bilan reste globalement positif. La Suisse bénéficie de travailleurs qualifiés, tandis que les frontaliers repartent avec de bons salaires.
La perte de main-d’œuvre est-elle un problème pour la France?
Oui.
Elles investissent dans la formation, puis, un ou deux ans plus tard, ces personnes partent travailler en Suisse. Mais supprimer la libre circulation n’a pas de sens. Des solutions existent.
Lesquelles par exemple?
La Suisse pourrait davantage contribuer à la formation en France dans le domaine de la santé. Si, par exemple, elle finançait une école de personnel soignant, ce serait une excellente initiative. On pourrait aussi imaginer un rapprochement industriel entre la Suisse et la France. Lorsqu’un produit est estampillé Swiss made, cela signifie que 60% de ses composants proviennent de Suisse. Les 40% restants pourraient davantage être produits dans les régions frontalières. Cela renforcerait aussi, selon moi, le fait d'accepter la libre circulation des personnes.
Mais si l’initiative pour une Suisse à 10 millions était acceptée, la libre circulation pourrait disparaître.
Attendons le résultat. Et même en cas de oui, sur le plan juridique, il ne se passerait rien d'immédiat. Par ailleurs, avec le vieillissement de la population,
Mais une chose est sûre, un oui le 14 juin enverrait un très mauvais signal. Cela signifierait en substance 'nous ne voulons plus collaborer avec vous, les Européens'.
Comment l’Union européenne réagirait-elle à une suppression de la libre circulation des personnes?
Dans l’état actuel des accords, la clause sanction s’appliquerait et les accords bilatéraux tomberaient automatiquement. À moins que le résultat de la votation ne soit modifié ultérieurement.
Comment cela pourrait-il se produire?
Si la Suisse adoptait les Bilatérales III en 2028, cela pourrait avoir des conséquences sur la décision liée à l’initiative UDC. C’est du moins mon interprétation.
Un tel scénario est assez inhabituel.
Peut-être. Mais si deux votations populaires aboutissent à des conclusions opposées, il faudra bien trancher. Il reviendrait alors à la politique suisse de déterminer comment interpréter ces résultats.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
